LE BANC
Et je sentais mes veines Fourmiller, toutes pleines Du sang libre et joyeux Des fiers aïeux I
De ce moment suprême Je fixe en ce poëme, (Témoin pour l'avenir,) Le souvenir I
2 mai 1884.
c4 cM.-'B. .^ V^chtophile
.S -TU le cerveau plein de rêves?
Dans Tombre sais-tu voir encor La fleur des espérances brèves Fleurir de gueules sur champ d'or >
Amant obstiné des ténèbres, Dis-nous si ton œil épia L'horreur des visions funèbres.
Blêmes sur fond de sépia >...
A M.-B..., NYCHTOPHILE. l8i
Comme une lanterne magique, Quand le cauchemar menaçant Fait, au mur de la nuit tragique, Flamboyer ses fresques de sang,
As-tu Torgueil et le courage De fixer d'un œil assuré Le spectre qui te dévisage Du fond de l'Inconnu sacré?...
— Salut à vous, Nuits solitaires I Sous vos plafonds d'ébène et d'or Le sommeil est plein de mystères :
Le secret d'outre-tpmbe y dort.
Un destin muet y recèle Le passé près de l'avenir; Et le germe à naître s'y mêle Aux fantômes du souvenir !
l82 REMEMBER.
Puis, que le Rêve Instruise ou mente,
Et qu'importe au poëie doux?
Il fuit la Bêtise infamante
Dans le Dormir clément aux fous,
Et, nocturne visionnaire, i
Loin, loin de la réalité, i
Dans un éden imaginaire Il s'exile avec volupté I
Octobre 1884.
Les Idéals vivants
xA Jules Lagneau.
ON, VOUS n'êtes pas morts, dieux des races anciennes, Vous en qui s'incarna, parfaite, la Beauté :
Hors de nos cœurs, épris de vos grâces païennes, Votre faste vous crée une immortalité !
O Rêves du poëte, en vous la Forme sainte
A revêtu son mode impeccable et divin :
Dans TAbsolument Beau votre gloire est empreinte,
Que la Raison pédante a blasphémée en vain. —
Quand sombrera le monde au gouffre des désastres^ Vous, de votre splendeur humiliant les astres, Pardessus les débris, vous planerez encor :
— Sur l'homme ingrat qui vous abreuva d'invectives. Vos immortelles voix s'élèveront, plaintives. Modulant un sanglot dans un suprême accord 1
Mai 1884.
Le dieu Terme
EU souriant, salut ! — O Terme, je t'envie :
A tes côtés abonde et s'écoule la vie ; Ses formes ont passé, passent ou passeront.
Mais tu demeureras — toi qui n'es qu'une pierre - Bloc inerte et durable, en ton manteau de lierre.
Sans que le faix des ans ride ou courbe ton front I
Diane
RÉs d*un buisson fleuri de lilas, dans le parc, La jambe en l'air, décente et très hautaine, et belle Dans sa double candeur de vierge et d'Immortelle, Diane en marbre blanc brandit au ciel son arc.
Elle est éblouissante ainsi, la Chasseresse Cambrant en plein soleil son torse immaculé ; Et le zéphyr d'avril, comme un galant ailé, La lutine amoureusement — et la caresse.