‹ Rosalie; comédie en un acteChapitre 3 sur 13 · SCÈNE PREMIÈRE M. BOL, I\r^ BOL · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE M. BOL, I\r^ BOL

M. BOL. (Il est en habit. Il finit d'allumer les candélabres sur la cheminée.)

Dans une demi-heure, il sera ici.

jjme gQL^ mettant quelques fleurs dans un vase sur la table.

S'il est exact !...

M. BOL

C'est l'exactitude même; au lycée, je me rappelle, on

(*) Pendant toute la durée de cet acte, M. Bol ne doit jamais s'asseoir.

disait : « Exact comme Poulot ;>. Jamais, une seconde, tu m'entends, jamais une seconde de retard. Quand il vous dit : « Je serai là à huit heures », à huit heures tapant, il arrive. Exact, Poulot! Ce n'est pas un homme : c'est un chronomètre.

m"'" bol.

Et à part ça, il est gentil?

M. BOL

Charmant! tu verras... Pas fier du tout, véritablement exquis. Tu penses ! il y avait quinze ans que nous ne nous étions vus quand nous nous sommes rencontrés, hier; eh! bien, il m'a, tout de suite, reconnu : «Oh! mon pauvre vieux, s'est-il écrié, ce que tu as changé! ce que tu as vieilli! »

M""= BOL

Peuh ! cela n'est pas très aimable.

M. BOL

Comment ! pas très aimable... mais tu es folle, Eulalie; ce ne serait, peut-être, pas très aimable, de la part d'un monsieur quelconque, mais de la part de Monsieur Poulot, qui possède une très grosse fortune, qui a je ne sais combien de mille livres de rentes, c'est, au contraire, très aimable.

jr° BOL.

Qu'est-ce qu'il fait, ton Monsieur Poulot?

M, BOL

Il dirige une importante maison de cuirs ; il est en relation avec toutes les grandes administrations ; c'est lui qui leur fournit les ronds de cuir. En un mot, c'est un bomme qui peut nous être excessivement utile. Il est très riche, très influent. Il s'agit donc de lui plaire. Est-ce qu'on sait? Poulot peut, un jour ou l'autre, me commanditer, me lancer dans une grosse affaire, parler de moi à mes chefs, me faire avancer et même me faire décorer. Il est garçon; il se peut très bien qu'il prenne l'habitude de venir ici, puis, que, peu à peu, une douce intimité se crée entre nous. Montrons-nous donc diplomates et faisons en sorte de nous l'attirer, comprends-tu ?

m"'^ bol.

Mais oui, je comprends parfaitement.

M. BOL

II faut entourer la tasse de thé qu'il a bien voulu accepter, de prendre, ce soir de toutes les séductions dont nous sommes capables. Il faut, qu'en sortant d'ici, Poulot se dise : « Jamais, je ne suis allé dans une maison aussi agréable, jamais je n'ai vu femme aussi charmante que madame Bol, et homme plus spirituel que monsieur Bol. » En un mot, il faut le recevoir admirablement! Ne fais donc pas la tête et sois le plus aimable possible.

m""' bol, très pincée.

Mon ami, j'ai pour habitude de bien recevoir les gens; quant à faire la tête, je ne sais pas ce que cela veut dire.

M. ROL

C'est entendu! Et, surtout, ne nous disputons pas!... Voyous! as-tu tout préparé?

m"'^ bol.

Tout ! Le tlié est dans la théière, les petits fours sont dans les compotiers ; j'y ai même ajouté quelques fruits confits.

M. BOL

Tu as bien fait. Voilà une excellente idée.

m""' bol.

Je l'assure que, quand je m'en mêle, je sais recevoir aussi bien que n'importe qui.

M. bol.

Eh bien ! mêle-t'en, mêle-t'en... Ah! recommande que l'eau soit bien chaude; impossible d'avoir du thé buvable sans eau bouillante.

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