‹ Rosalie; comédie en un acteChapitre 8 sur 13 · SCENE IV Les Mêmes, ROSALIE · texte numérisé non relu

SCENE IV Les Mêmes, ROSALIE

ROSALIE, paraissant, l'air effaré.

Madame, c'est une tasse !

M'"" BOL

Vous avez cassé une tasse ?

M. BOL

Du beau service?

Oui, monsieur !

M"^'' BOL, avec éclat.

Comment avez-vous fait? c'est pas possible. Un service tout neuf! vous l'avez fait e.\près, maladroite! Vous la payerez cette tasse, vous entendez, vous la payerez cette tasse !

C'est pas ma faute, elle s'a échappée.

M. BOL

Oui, eh! hien, vous la payerez tout de même... (Montrant Rosalie.) Cette effrontée qui osait me demander une augmentation. Elle sera jolie, votre augmentation, allez!

Quant à votre sortie de dimanche, vous pouvez vous brosser. (Rosalie se met à pleurer.) Ah ! et puis ne pleurez pas, vous êtes assez laide, inutile de vous enlaidir encore, pour

quand vous irez ouvrir. (Rosalie veut s'essuyer les yeux avec son

tablier.) Touchez pas à votre tablier, pour le salir.

M. BOL

Vous n'avez donc pas de mouchoir, triple sotte?

ROSALIE, pleurant.

Je l'ai oublié dans la cuisine.

M""^ BOL

Naturellement! ah ! saleté que vous êtes... non jamais, jamais, je n'ai vu une idiote pareille.

M. BOL

C'est bien la peine de payer des domestiques pour les avoir aussi bêtes que ça.

M. ET m'"'' bol, ensemble.

Buse ! imbécile ! Idiote !...

(On ciilenrl sonner. Brusquement M. et M"' Bol s'arrêtent d"invectiver Rosalie et se regardent effarés.)

M. DOL, sursautant.

Chut ! ()n a sonné.

m'"" bol, il mi-voix.

C'est Poulot. (Elle va devant la glace s'arranger les cheveux.)

M. BOL, à Rosalie.

Eh bien! vite, allez ouvrir... et rappelez-vous tout ce

que nous vous avons appris... allez!,.. (M. Bol apercevant le tablier sur le fauteuil.) Oïl ! Ce tablier !... (Il le prend et va le fourrer précipitemment dans le secrétaire, puis il se retourne et, stupéfait, il s'aperçoit que Rosalie n'a pas bougé.) Eh bien !...

m'"'' BOL, à Rosalie.

Qu'est-ce qui vous prend?

ROSALIE, très calme.

J'irai pas ouvrir.

M""" BOL

Vous n'irez pas?.,.

M. BOL

Ah ! ça, vous êtes folle, lîosalie ; on a sonné, allez ouvrir !

ROSALIK, liMijoiirs très cainie.

Non! j'irai pas.

M. BOL, t'Ciimant de rage.

Vous n'irez pas ! Non ! Mais c'est à se tuer! c'est Poulot! Monsieur Poulot! que vous faites attendre, malheureuse !

ROS.\LIE, même jeu.

J'irai pas.

m'"" bol, L'ciimaiit.

Mais pourquoi 'misérable! {A son mari.) Écoule, va ouvrir.

M. BOL

Comme çà... en habit. L'antichambre est obscure, il me prendrait pour un domestique.

Jl""' BOL.

Alors, j'y vais. (Elle se dirige vers la porte du fond.)

M. lîOL, la faisant redescendre.

Y penses-tu, ce serait ridicule, nous aurions l'air de ne pas même avoir de bonne. (A Rosalie.) Rosalie, cette plaisan terie n'a que trop duré... Allez ouvrir... .Te vous l'ordonne- Doiir la deuxième fois.

ROSALIE, même jeu.

Non !

(Oa entend un second coup de sonnette.

M. BOL, sursautant.

r II a resonné. Vous entendez! Il s'impatiente! il va s'en aller! Rosalie! au nom de tout ce que vous avez de plus sacré, allez ouvrir.

RO.SALIE, même jeu.

Non !

m""' bol.

Mais pourquoi ? tète de buse! pourquoi?

M. BOL, ;i M"'" liol.

Écoute, ne la brusque pas... (A Rttsalie, et pleurant presque.)

Voyons, Rosalie, écoutez-moi ; il y a une raison : pourquoi faites-vous ça, pourquoi mettez-vous vos maîtres dans l'embarras ?

R0S.4LIE, même jeu.

Pourquoi que vous m'attrapez tout le temps, vous? pourquoi que vous voulez me faire payer une tasse, puisqu'elle s'a échappée ?

M. BOL

Eh ! bien, vous ne la payerez pas, cette tasse, na! Ètesvous contente? maintenant, allez ouvrir!

ROSALIE, même jeu.

Non !

M"'" BOL, à Rosalie.

Ah ! tête de bois !

M. BOL, à sa femme.

Tais-toi donc... (A Rosalie, très doucement.) Puisque je VOUS

dis que vous ne la payerez pas, la tasse, qu'est-ce qu'il vous faut de plus, mon Dieu? Tenez! votre sortie de dimanche, vous l'aurez; vous pourrez sortir, tout de suite, après déjeuner, vous ferez votre vaisselle le lendemain, nous dînerons, au restaurant, Madame Bol et moi, pour vous

donner tonte la journée. — Maintenant ! allez ouvrir ! Rosalie ! allez ouvrir !

Si vous croyez que c'est drôle de n'avoir jamais d'augmentation.

M. BOL

Vous en aurez.

On dit ça...

(On entend sonner deux fois.) M. liOL, de plus en plus a!,'ité.

Oh! jamais on n'afaitattendreun hommecommeea, c'est fou. (A Rosalie, et suppliant.) Vous l'aurez, votre augmentation, tenez.' je vais vous la donner tout de suite... C'est cinq francs que vous demandiez par mois... les voilà.

(il lui lend une pièfc de einij francs.)

m""' BOL, à Rosalie, rpii ne boui^'e pas.

Eh ! bien, prenez-les !

(Rosalie empoche la pièce.) M. liOL.

Maintenant, dépêchez-vous !

ROSALIE, hésitant.

C'est que...

M. BOL

Quoi! c'est pas tout?

ROSALIE, très digne.

Je ne veux plus que madame m'attrape.

M. BOL

Elle ne vous attrapera plus !

ROSALIE^ même jeu.

Je ne veux plus qu'on me dise que je suis laide, bête, idiote, etc...

M. BOL

Écoutez, Rosalie, on ne vous dira plus rien. (A sa femme, et brutalement.) N'est-ce pas ? mais dis-lui donc que tu ne lui diras plus rien.

m"'*" bol.

C'est entendu !

M. bol.

Mainlenant, Rosalie, allez!

ROSALIE, même jeu.

On a beau être bonne, on a sa dignité.

M. BOL

Quoi? Qu'est-ce que vous voulez de plus... des excuses?

Voulez-vous des excuses?

(Rosalie fait signe que oui.)

Je vous fais mes excuses !

Pas vous î... (Montrani M-"" Bol.) Madame!

M. BOL, à sa femme.

Tu entends!

m"'* bol.

Ah ! jamais de la vie.

(On entend frapper à la porte.) M. BOL.

Il a frappé, c'est sur! il va s'en aller. Quelle misère! (A sa femme.) Mais fais-lui donc des excuses... Qu'est-ce que ça peut te faire ?

m'"^ bol.

Tu es bon, toi!

M. BOL, à M-"» Bol.

Tu es encore plus têtue qu'elle. Si Poulot s'en va, ce sera de ta faute. Ah ! Seigneur! pourquoi me suis-je marié.

m"'* bol.

C'est de ma faute, maintenant !

M. lîOL, à M""" l'>ol, et uieDaraiit.

Que ce soit de ta faute ou pas de ta faute, fais-lui des excuses pour qu'elle aille ouvrir.

Mais elle n'ira pas ouvrir; elle demandera autre chose.

ROSALIE, avec fermeté.

Non!

M. BOL

Tu entends? et Rosalie quand elle a dit non, c'est non ! Allons, va !

m"'° BOL, avec eiïort.

Rosalie... je vous fais mes excuses...

M. BOL, à Rosalie.

Maintenant, vite, vite.

C'est bon, j'y vais. (Elle se diri!,'-e vers la porte, puis s'arrête.

Ah!...

M. BOL, dùfaillaut.

Quoi encore?...

ROSALIIv.

Faudra-t-il dire que vous y êtes?

M. BOL, avec un sourire forcé.

Mais oui, ma fille, mais oui.

(Rosalie sort.)

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