‹ Rosalinde;Chapitre 4 sur 14 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

MAXIME, adossé à la cheminée.

Votre testament?

ROSALINDE, assise sur le canapé près de la cheminée.

Hélas! oui, mon pauvre ami, je vous ai connu trop tard...

je souffre horriblement.

(Elle essaye de tousser.)

MAXIME

Oh ! mon Dieu!

ROSALINDE, tristement.

Qui pensera à moi, qui me regrettera, personne ! sur ma

tombe, je veux qu'on place de ces fleurs que monsieur Jean-Jacques Rousseau vient d'inventer.

MAXIME

Des pervenches.

Et une simple croix, avec ces seuls mots : Rosalinde, 1760.

Oh ! mais cela ne sera pas, Rosalinde.

Je vous ai affligé, pardonnez-moi 1 Vous m'aimez donc?

MAXIME

Si je vous aime ! tenez, ce soir, à l'Opéra, il y avait des gens qui disaient •. La Rosalinde a bien dansé. La Rosalinde 1 J'aurais voulu broyer ces gens- là; votre nom dans toute autre bouche que la mienne me semble un blasphème, et je n'ose parler de vous qu'avec mon bon ange 1

Dites-moi ces choses-là à genoux, sur ce coussin.

M AXIMEj obéissant.

C'est si bon d'aimer! Je suis orphelin, Rosalinde, j'ai été élevé par ma grand'mère en Touraine, dans un château du temps des croisades, au milieu des armures de mes glorieux ancêtres frappés en Terre-Sainte. Tout cela était bien triste* et, le soir, en voyant du haut de la tourelle les amoureux cueillir des fleurs dans la campagne, je me sentais seul, et je rêvais; je suis venu à Paris, je vous ai vue et maintenant j'existe; mon vieux précepteur, qui n'y entend goutte, m'écrit que l'amour est un mensonge et un piège du démon. Et moi; je lui ai répondu : Vous vous trompez! l'amour, c'est la croyance, c'est toute la vie, c'est un coin du ciel, c'est le

sourire de Dieu 1 N'est-ce pas que c'est moi qui ai raison ! Ah ! Rosalinde, je vous aime! je vous aime !!!

(Il couvre ses mains de baisers.)

ROSALINDE, se levant.

Vous avez là un insolent précepteur, mon ami. Tiens,

Nanine a oublié le cliampagne.

(Ils descendent en scène.)

MAXIME

Je n'avais jamais aimé; mais vous, vous avez aimé, Rosalinde?

Moi, jamais; j'ai cru aimer; mais, voyez-vous, Maxime, je me ferais couper, de grand cœur, le petit doigt que voilà, et tout de suite, pour n'avoir jamais cru aimer. Vous êtes rêveur!

MAXIME, ému.

Non!

Allons, riez, je le veux, colonel !

MAXIME, se relevant.

Appelez -moi Maxime comme tout à l'heure. Il y a si longtemps que l'on m'appelle colonel, j'étais au berceau quand on m'acheta un régiment; comme mon frère de lait était très-gourmand, ma nourrice lui disait toujours : Assez, Pierrot, c'est au tour du colonel. (Lui tendant la main.) Appelez-moi Maxime, Rosalinde.

Cher Maxime ! (Regardant la pendule.) Une heure du matin ; nous allons souper, n'est-ce pas? Aimez-vous le Champagne ?

MAXIME, vivement.

Oui, mais n'en prenons pas.

La raison?

MAXIME

J'en ai bu une fois chez ma tante la présidente, et si vous saviez ce qui en est advenu ?

Parlez.

MAXIME

Oh ! je n'oserai jamais dire...

Mais si fait... cela vous a rendu audacieux?

MAXIME

Oh ! oui, j'ai...

Vous avez?...

En dansant le menuet, j'ai pris ma cousine par la taille, et... et je l'ai embrassée...

Tout cela?

MAXIME

Ma grand'mère a pleuré et mon précepteur en a fait une maladie.

Pour un baiser; est-on collet monté en province! Je vais chercher du Champagne?

MAXIME

Non... non...

ROSALINDE, riant.

Votre cousine n'est pas là, colonel, et votre précepteur

n'en saura rien.

(Elle sort en riant par le fond.)

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