ACTE I , SCENE I
Vous souvient-il encor d'une reine de France Dont la main protectrice adopta votre enfance? Etranger, sans appui sous le ciel des Anglais, M'oubliez-vous ?
ARTHUR
Eh! puis-je oublier vos bienfaits, Les lieux chers et sacrés où je reçus la vie? O touchans souvenirs ! ô France ! ô ma pairie ! Doux pays où j'ai vu, faible et pauvre orphelin, Par vos soins généreux s'embellir mon destin ! A la cour de Louis s'éleva mon jeune âge ; De mes premiers plaisirs la séduisante image Vit dans mon souvenir et charme encor mon coeur Là, j'appris sous vos yeux à sentir le bonheur; Là, déjà pénétré d'une naissante ivresse , J'enviais de nos preux la gloire enchanteresse; Devançant l'avenir, mon bras aux jeux guerriers Eut voulu défier nos vaillans chevaliers ; Et le prix du vainqueur, devenant ma conquête , Par vos mains en espoir ornait déjà jna tête.
Alors aucun ennui n'obscurcissait vos jours, Et le ciel de vos ans semblait bénir le cours. Soumis à votre empire et séduits par vos charmes , Les Français...
ÉLÉONORE
Eux aussi virent couler mes larmes , Et depuis qu'un divorce à leur injuste roi Pour venger mon offense a retiré ma foi, Depuis qu'aux bords anglais un nouvel h y menée A la main de Henri tient la mienne enchaînée, Un doux espoir d'abord a suspendu mes pleurs. Le sort me prodiguant ses trompeuses faveurs, Et de mon nouveau sceptre écartant les orages, Pour la seconde fois m'offrit d'heureux présages. C'en est fait ; des soupçons malgré moi renaissans Depuis hier, Arthur, ont agité mes sens; Je souffre, je languis, mais j'aime à vous en croire, Arthur de mes bienfaits a gardé la mémoire. Eh bien! qu'il me réponde, et me prouve aujourd'hui Que la reconnaissance est un devoir pour lui.