‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 147 sur 177 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

trer chez moi sans donner à votre fille ou à vous, madame, Texplication que je vous dois. Rosette consentirait-elle à l'entendre en votre présence ?

^ J'ignore de quoi il peut être question entre vous, dit la mère ; je pense bien qu'il n'y a rien de fâcheux. Je vais dire à ma fille que vous êtes là.

Au bout d'un instant elle reparut avec Rosette, celleci pâle, le regard sérieux et l'air ému. Tous trois s'assirent. Charles prit la parole.

— Rosette, dit-il, je n'ai pu dépasser votre maison sans revenir aussitôt vous prier de m'écouter un moment. Dans les choses du cœur et de l'âme , si l'on peut parler, il ne faut pas hésiter à le faire, quel qu'en doive être le résultat. Au point où j'en suis à votre égard , je vous dois toute la vérité : la voici. Rosette, je n'ai pu vous voir et m'entretenir avec vous depuis quelque temps, sans vous aimer d'une ardente aiTection.Tout d'abord je n'en ai pas compris la force ; mais je n'ai pas tardé à être convaincu qu'il me serait im* possible de renoncer à cet amour, sans être profondément malheureux. Les visites de M. Alpaca et ce qui m'en est revenu du village, m'ont frappé au cœur. C'est pour cela uniquement que je n'ai pas osé revenir chez vous, depuis que ces visites ont eu lieu. Je ne me fais aucune illusion sur ma position. Seul de ma famille, et plutôt pauvre que dans l'aisance, je n'ai personne pour m'appuyer, rien sur quoi je puisse extérieurement compter dans la démarche trop hardie que je fais. Si vous étiez pauvre et moi riche, je mettrais à vos pieds tout ce que je pourrais posséder. Et cependant, croyez-le

bien, je ne tiens pas àla richesse. Ce que j'aime en vous, c'est vous-même, votre personne, votre caractère, vos sentiments. En vous le disant de la manière la plus franche, je mets mon sort entre vos mains. Vous me voyez au fond du cœur, tel que je suis. Si vous me repoussez, comme vous en avez le droit, je ne vous eu aimerai pas moins, tant que cela me sera permis. Seulement, je saurai ce qui m'attend , et je demanderai à Dieu la soumission.

A mesure qu'il parlait , Charles avait retrouvé une assurance ferme et digne. Il se sentait dans le vrai , dans une situation qui, à chaque mot prononcé, s'éclairait et devenait toujours plus nette. Quand il eut fini, il regarda Rosette, baissa ensuite les yeux et attendit ce qu'on lui répondrait. Très émue , M"» Pasche restait silencieuse ; Rosette^ enfin, parla :

— Vous avez bien fait de vous expliquer franchement, dit-elle. Je vous en remercie. Tout en réservant la pensée de ma mère , voici quelle est la mienne. Votre affection m'est chère aussi ; j'ai pour vous, pour votre caractère d'homme et de chrétien , une grande estime. La position temporelle n'a pas, à mes yeux, une très grande importance. Mais je n'épouserai jamais celui qui ne m'aimerait pas pour moi uniquement. Par conséquent, la question de fortune , autant que j'ai le droit de le dire devant ma mère, ne sera pas un empêchement. Je veux la certitude d'être aimée , aimée à fond ; voilà ce qu'il me faut. Plusieurs, avant vous, Charles, m'ont dit qu'ils m'aimaient, et cela dans des termes passionnés. Je ne les ai pas crus sur pa-

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