CHAPITRE XXX
n'y a qu'à se réjouir avec eux. Leur union tardive ne fait règle pour personne.
Ces trois ménages forment aujourd'hui un tableau réjouissant. Ds constituent un petit groupe qui réunit ses forces dans le but de répandre autour de lui la lumière de l'Evangile. Âmy Lorand en est le chef aimé et vénéré. De temps en temps, il doit remettre son neveu à Tordre , quand le vieil homme pousse encore le jeune père de famille à des emportements passagers. Mariée depuis quatre ans et demi seulement 9 Jenny a déjà trois enfants , deux filles et un garçon. Pour la première fois , Rosette est en espérance de famille.
La mère Gottrau passe des nuits blanches à l'idée qu'Amy Lorand , lui aussi , pourrait avoir un héritier direct. Cette inquiétude la brûle parfois ; mais elle se garde bien d'en parler, et cela augmente encore Tintensité de son angoisse.
René se tire assez bien d'affaire, à force de travail. Son oncle lui a prêté mille francs pour acheter un attelage.
Les autres gens de Croeet continuent leur même genre de vie. Pendant la guerre de 1870, alors que le sang ruisselait en France sur vingt champs de bataille et que les prisonniers mouraient de faim, la jeunesse du village donna un bal, pour employer de cette manière l'argent obtenu de quelques époux. Une telle conduite, partout où elle a eu Ueu, mérite bien d'être flétrie.
Souky Meroud est veuve. La Manon file pour les
Maubert et vient , de temps en temps , assister à une lecture chez eux , le dimanche au soir. Villioud travaille peu et boit passablement. Cornélie ne vient plus à Croset ; elle s'est brouillée avec sa famille , depuis que Lothaire a épousé Fanny JuUiard. Cornélie voulait lui donner une riche allé de la Varaude , dont il ne s'est pas soucié. Jean-Jules et son père continuent leur commerce, disant plus de mensonges que de vérités.
£t les années s'écoulent; et les enfants grandissent. Et la crainte de Dieu, Tamour du bien et l'horreur du mal ne sont encore la part que du petit nombre. Aussi, tout chrétien doit-il répéter avec nous du fond du cœur : « Dieu ! que ton règne vienne sur la terre ! »
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