ACTE DEUXIÈME
dras cependant que j'éprouve aujourd'hui une légère méfiance et que je tienne à la surveiller un peu. Tu devrais interroger ton fils.
DESGLOS.
Cela ne me regarde pas. Tu oublies que Georges, ayant vingt-neuf ans, est libre de ses actes et doit savoir ce qu'il veut faire, ou bien, il ne le saura jamais, ce qui peut encore arriver.
MADAME GKANGER.
Alors, tu te désintéresses de son mariage?
DESCLOS
Je ne m'en désintéresse pas, mais je ne veux pas m'en mêler. D'ailleurs, marié ou non, je ne crois pas à l'avenir de ce garçon.
MADAME GRANGER, indignée.
Tu ne crois pas à l'avenir de ton iils?
DESCLOS
Du tout. Il a une certaine intelligence, je n'en disconviens pas, et même quelque savoir, mais aucune idée, aucune expérience de la vie! Or, l'expérience de la vie, tout est là !
M AD AMI-: GRANGER
Tu dis des bêtises!
DESGLOS.
J'adore tes expressions. J'ai réfléchi pendant trente ans, et c'est moi qui dis des bêtises ! C'est exquis !
MADAME GRANGER
Que Georges se marie, et dans trois ans, il aura une clientèle superbe... Ilcsi déjà le médecin <!<>s Hélion, qui sont millionnaires.
A.GTE DEUXIÈME 133
DESGLOS.
Ils sont millionnaires, mais ils ne sont jamais malades.
MADAME GRANGER
Sil fallait désespérer parce qu'un garçon de vingt-neuf ans n'a pas fait sa fortune !
DESGLOS.
À vingt-neuf ans, j'étais convaincu que j'aurais un jour cent mille livres de rentes! Ah! ah!.. Nous étions là quelques camarades d'école... Si on leur avait demandé : « Qui d'entre vous doit occuper un jour la plus belle position? » — Ils auraient répondu à l'unanimité : « C'est Desclos! » Eh bien! qu'est-il arrivé?..
Ah! ah! c'est fort drôle!.. 11 est arrivé qu'ils sont presque Loùs devenus riches, et que je vis en province avec imis mille
francs par an!
MADAME GRANGER
Ce n'est pas une raison parce que tu es aigri...
DESOLOS.
Aigri, moi!.. Pas du tout! Je trouve, au contraire, cela excessivement comique, d'un comique supérieur... Il yen a un dont on parle pour le ministère des finances... Il s'appelle Troulier... C'est admirable !