SCÈNE III
Les Mêmes, BÏFFTEAKINI.
TROTTFORT.
Mais, voici notre înaître-d'hôïel, M. Bifïtéakini.
BÏFFTEAKINI.
Eh bien... messieurs... on dit qu'il arrive!... tant mieux; car mes sauces languissent, mes entrées n'ont plus d'accord, mes coulis ne sont plus en harmonie, et je crains de manquer le final...
TROMBONINI.
Voilà le seul homme chez qui j'aime à dîner!... Un cuisinier mélomane !... admirateur de Rossini...
BIFFTE4KINI.
Et, élève de VeçJ ! encore un Italien celui-là! Nous lui devons de fameuses compositions ! quand je pense à ce dînet ! quelle gloire pour mon restaurant ! quel honneur pour mon salon de deux cents couverts !
Air. de P recule et Taconnel.
*-ï De Rossini partisan fanatiquet
J'aime à chanter ses airs et ses rondeaux , Tous ses finals ont un pouvoir magique ; Leur souvenir me suit jusqu'aux fourneaux.
Maître divin l Ah l combien ta me touches ,
Humble traiteur j'admire ton talent;
Et je l'envie en un point seulement ,
C'est que ton nom remplit toutes les bouches,
Et que mon art n'en peut pas faire autant.
Et qu'est-ce qui a eu l'idée de ce dîner... c'est moi ! Je vous ai dit : messieurs , comment le fêter ! en lui donnant à dîner! qu'est-ce qui flatte les\ grandes réputations ? c'est un dîner! souvent même qu'est-ce qui les fait? c'est un dîner! il est vrai qu'aujourd'hui, il s'agit d'uiïe réputation toute faite ! mais cet égal ! ça consolide ; deux cents personnes ! à vingt francs par tête ! comme ça sonne !... comme c'est musical!...
TROTTFORT.
Un instant!... il y a moins d'exécutans que vous ne pensez !
BIFFTEAKLNI.
Ah ! mon Dieu ! combien en manque-t-il ?
TROTTFORT.
Une soixantaine !
BIFFnTAKINI.
Une soixantaine !... les barbares!... Il n'y a plus de goût en France ! soixante louis qu'ils me faut perdre'... Ça dérange tout un morceau d'ensemble !... Madeleine... Madeleine...
SCÈiNE IV.
Les Mêmes , MADELEINE.
MADELEINE
Qu'est-ce que c'est... mon père?
BIFFTEAKIIVI.
Changement de mesure !... Ote soixante couverts !... Qu'on dise encore que Paris est l'asyle des beaux-arts ! j'en suis honteux pour mes compatriotes ! Ote cent vingt bouteilles...
MADELEINE
Pourquoi donc !
BIFFTEAKINI.
Pourquoi donc ! je te dis soixante musiciens de moins. Ote cent vingt bouteilles... deux par tête ce n'est pas trop !...
MADELEINE
Ali! ça, mon père! pourquoi tout ce remue-ménage.
BIFFTEAKINI.
Pourquoi ! je ne veux pas seulement te le dire ; elle ne me comprendrait pas ! Croiriez-vous, monsieur, que j'ai fait tout au monde pour cette enfant la ! je me suis ruiné pour lui donner une éducation au-dessus de son état... je l'ai mise pendant trois mois cuisinière chez un professeur du Conservatoire... Eh bien, elle n'a jamais pu mordre a la musique... elle n'est bonne qu'a la cuisine !
J'y suis née... je veux y rester J
BIFFTEAKINI.
Vous l'entendez ! il n'y a pas moyen de l'en faire sortir, après trois mois de solfège , elle a plus vite fait une sauce tës qu'une roulade...
MADELEINE
Qu'est-ce qu'ils m'ont appris à votre Conservatoire ? m'ont-ils donné de la voix ?
BIFFTEAKINI.
Ils ne t'en ont pas donné... parce que tu n'en avais pas!
MADELEINE
Eh bien ! alors, comment voulez-vous que je chante ? Faites donc une omelette sans œufs !...
BIFFTEAKINI.
Dieu !... quand je t'entends parler comme ça ! Moi aussi j'ai fait la cuisine , et ca ne m'empêche pas de songer à la musique! je tourne la broche le matin, et le soir je vais aux Bouffes... avec des billets gratis, que j'achète à moitié prix !.., Âbîquel plaisir! ou pour mieux dire : que piacere quand je vois la Qazza ladra, ou Tancredi, ou il Bar-