‹ Rouen; étude d'une agglomération urbaineChapitre 1 sur 168 · Ï>REMIÈRE PARTIE LE SITE DE ROUEN · texte numérisé non relu

Ï>REMIÈRE PARTIE LE SITE DE ROUEN

Levain viLi.F.. — Rouen.

LA POSITION GÉOGRAPIIIQIE DE IIOUEN

D'après Ralzel. le sile ou situation lopograpliique et la position ou situation géographique sont les éléments naturels qui décident en dernier ressort de la fortune des villes. Mais, tandis que le site intervient comme agent secondaire dans 1 accomplissement de leur destinée, la position est la condition nécessaire et souvent suffisante do leur grandeur. La position géographique de Rouen lui peimettai! d espérer le plus hel avenir'.

La haie et la vallée de la Seine ouvrent une porte sur 1 intérieur de la V'rance. Au point de vue de l'activité humaine, la valeur de cette ouverture vient de son déhouché sur la Manche, route maritime de l'Europe septentrionale aux Amériques. Venus plus tard à la civilisation que les races du Sud. les riverains de la mer du \ord et de la Baltique sont entrés dans l'histoire avec plus d'impétuosité. Dans leur course vers l'Ouest, vers les bons pays, les Saxons et les Northmans trouvaient, pour la première fois, en entrant en Seine, des condi-

I. Ratzcl : Die gcOp'ra|>liiï.che Lagc ilcr grosson Sladlc, dans Kk-iiK- Scliriften. Miinclicii iiiul Hcriln, 1906, p. 438, lii')i ; et : Politisclif fîcograpliic. Miniclicii und Leipzig, I<'^'.i7, ]>. ^'2<). Cf. Clouzot : Le Prohlimo de la formation des villes, La G., X\. iQOf), p. iG5. — Pour les indications abrégées, se reporter à la bibliographie, qui indique en regard l'énoncé complet.

Position géographique de Rouen: /ig"26 i<)' lai. Nord, l'^l!^'^■3i' long. < tiicst.

'l Li: SITi: OE HOUKN

li(»ns (rexlstencc inoillcuro. Sans doute, sur leur parcours, daulros lleuvos prc'scntaionl un accès aussi aisé, une pénélralion sans danger à l'intérieur du continent, mais aucun ne hai'.Miait fies contrées si riantes cl si profondément liuinanisées. liahilué à la lif^ueur du climat natal, à l'ingratitude du sol, un Saxon ou un AViking sentait mieux qu'un Romain la douceur de vivre. La conquête des pirates du Nord ne fut pas limitée à l'invasion d'une classe dominante, elle fut suivie d'un véritable peuplement, (hiand la |iiovincc qu'ils avaient colonisée fit retour à la France, leurs navigateurs et leurs marchands continuèrent des visites plus pacifiques, mais tout aussi fructueuses. Semblablement, pour un marm venu de l'Océan et cinglant vers l'Est, la îSeine était le premier lleuve qui permît d'entrer très loin dans les terres. Le jeu périodique des marées facilitait la navigation; la richesse et le nombre des villes assuraient l'écoulement des cargaisons. « Sans sortir de là (des quais de Rouen), écrit un vieux chroniqueur rouennais, on sçaura ce qui se passe dans l'univers' ».

(( iMais, d'autre part, depuis qu'il existait en Gaule des rapports généraux, cette vallée avait joué le rôle d'un débouché commercial actif. Strabon note l'embouchure comprise entre le Licuvin et le pays de Caux comme le principal siège des relations avec l'île de Bretagne. Des villes y avaient brillé de bonne heure : Lillebonne. Ilarfleur (l'ancien Caracolinum), Rouen". » Plus en amont, alors (pie les voies de terre, au profil abrupt, défoncées, coupées de forets, rendaient les couununications dangereuses avec la capitale, la Seine était la seule route (pii permît de conduire jus(|u'au cirur de la Fiance, d aj^por- Icr aux populations nombreuses du bassin de Paris les approvisionnements indispensables. Ses bateliers formè-

I. l'iirin : i>2.'i. p. 3. — L(>s cliilTres en ilaliques renvoient à la i)ibliogr;ipliie : nu )• Iroiivcra, a\i numéro cirrespundanl, le litre complot ilo l'ouvrapi'. ■j. Vidal de la lîlaclie : La France, l'aris, 1908, p. i6/|.

LA POSITION GEOC.HAIMIIOl E OK ROUEN 0

1-enl. (lès les premiers temps de riiisloire, des sociélés prospères. Ces naafes firent la forlune des villes riveraines (( La mer, dil Farin, apporte les richesses à llouen... On penl dire que llouen est 1 entrepôt de tout le eoinmeiee tpie la Fiance lait snr l Océan. Et on prétend ([ue celle ville disliibne plus de vivres en un mois (|u il n'en est consommé, l'espace d un an, dans une grande province'. )) F^a Seine, écrira plus lard Mielielel, est le lleuve l'rançais par excellence.

llouen se trouvait au poinl de contact de deux régimes liydrogra[)hiques et de deux navigations : la lluviale et la maritime. Mais d autres villes établies sui' la rivière jouissaient de ces propriétés. Le Ilot remontait plus en amont et il paraissait plus avantageux de s arrêter le plus loin possible dans les terres. Elbeuf, également située au sommet d'un méandre, également visitée par la mer, Elbeul pouvait prétendre au rôle de méliopole. Mais elle n'avait pas, comme Rouen, le privilège de n tenir la position extrême ofi il est encore lacile de traverser le lleuve. C'était là que. pour la dernière fois, les rapports étaient aisés entre les pays situés au nord et au sud de la Seine'. » Une grande voie liumainc passait à Rouen. Elle peimeltait de tiaverser, sans dilliciiltés, les forets si touffues qui bordaient le lleuve. Les Néolitliiques 1 avaient repérée ; les Romains la consolidèrent. Son importance économi(}ue a persisté dans toute l époque Insloricpae. Au nord, elle se dirigeait vers les plaines picardes où abondaient le blé et la laine : au sud. elle donnait accès aux gras pâturages de Rasse-.Norinandie : plus au sud, elle communiquait avec les greniers inépuisables de Beauce et du pays char train.

La position géogra[)hi(pie de Rouen est donc la plus belle que Ton puisse espérer j)our l avenir d une agglomération urbaine. l']lle présente les avantages d'un carrefi)ur

Page 1