SCÈNE XI. JEAN, PAUL
JEAN, allant vers Paul.
J'ai couru chez toi : une bonne nouvelle à l'apprendre I et je ne t'y ai pas trouvé, puisque tu étais ici. J'arrive ici et je tombe dans les pattes de mon vieux maître qui veut me faire porter sa livrée, au lieu de tomber dans tes bras.
PAUL
Sa livrée? . pour aller avec soq carosvse?
JEAN
Un caprice de sa troisième.
PAUL
Quand à celui-ci il esi assez inoffensif. mais il
devient contagieux : tout le monde s© le paie, le monde qui roule gros Si j'étais riche ....
JEAN
Si tu étais riche ?
PAUL
Je me vengerais d'avoir été pauvre.
JEAN
Ce serait une pauvre vengeance. Je croyais que tu allais me dire autre chose.
Oui, d'elle. Ta viens de la quitter, n'est-ce pas? et le père Ducap ae trompe quand il pense que tu es en t6te^-t6te avee sa femme.
Il ne se trompe pas par la chose, maie il se trompe Bur le motif. Je le conterai cela bientôt; ponr l'instant parlons de Cerisette.
JEAN
Parlons de Cerisette.
Je vîend, en effet, de la quitter. Elle Toniait m* faire BOrtir par le jardin. Un prétexte ponr cueillir nne fleur, pour effeuiller une maignerite. Mais madame 7 était rendue déjà, et sos belles dents blanches déchiraient le velours des cerises avec un dépit mal dissimulé. Nous avons eu peur f j'ai fait volte-face.
C'était pmdent, il ne faut jamais surpreiidrt femme qui croque des cerises.
PRKJÇIfR ÀGTK. 79
PAUL
Je ne dëeespérerais point ei je possédais un peu plus de biens. Snis-je assez naïf do te faire cet aveu ?• • • • Enfin nous nous connaissons.... Peut-être s'amuset-elïe un peu à nos ddpens ....
Si ce n'est que cela ton bonheur n'est peut-être pas éloigné.
!Nou8 ne pouvons paë TépouBer tous deux cependant.
JJBAN.
Aîors, mon bon Paul, épouse-la. . . . je m'elface. . • •
PAUL
Vrai, tu t© résignerais à la perdre. . . . pour que je la tlpgye ?
JEAN
Kë suis-je pas ton ami, ton frère, je pourrais dire ?
PAUL
Oui, nous sommes plus que des amis, nou^ çon[iT]p^& des frèi'es. Ton père m'a recueilli, moi orphelin, et il est devenu mon père.. ..Ta mère nous a bercés
l'eofaDt de eoa amour et l'âDlaDt du hasard, les mêmes sourires et les mêmes baisers. . . . Oh I jamais je Le paierai assez cher ses ineffables caresses I jamais assez sa soUicitade et ses soins I Et si ta me demaadeB de renoDcer à la maiD de Cerisetle, si lu m'enjoins de ne lui laisser plas jamais comprendre que je l'adore, je te le promets, j'obéirai.
Et puis, moD cher Jean, te l'uvouerai-je 1 Souvent le souveair de Juliette, ta sœur, revient à ma pensée, et quelque chose me dit soudain que nous pouvons être heureux l'un et l'autre.
JEAN, ourrant use bias à Paul.
O mon ami, mon frère, combien tu es digne de mon affection ! Ce n'est point pour revendiquer un droit, ou te faire souvenird'une obligation que je t'ai appelé mon frère I Je ne veux pas te demander le prix des joies du foyer..,. Je suis, comme toi, capable d'accomplir un sacrifice, et mon bonheur est de te savoir heureux. Si lu ne peux en aimer d'autre que Cerisette, je ne te demande pas d'étouffer ton sentiment. Si elle te choisit, je i-especterai son choix et ta féiicité.
PAUL
Ton dëvoûment ne m'étonne p.is, mais il me remplit d'admiration.