‹ Rouge et bleu: comédiesChapitre 9 sur 86 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

LES MÊMES, MADAÏiE MÔNTOUR.

MAD. MONTOUR, repoussant son mari qui se précipite

dans ises bras.

Cesse donc cette mise en scène.. ..tu n'es pas

sincère ; et si j'étais restée sous les eaux (^JElUe

s^essuie lès yeux,)

M. MONTOUR*

Voyons, ma chérie, console-toi ; je n'ai pas voulu te causer de (a peine. Est-ce parce que je n'ai pas couru assez vite ?. . • . Tu sais bien que je t'aime pourtant,

et que j'ai peur de l'eau ; je ne sais pas nager.

Nous serions restés au fond tous deux. Ça aurait été plus héroïque, je l'avoue, mais on n'est pas maître de la peur. Va, viens, allons 1 nous allons recommencer.

ïttAD. MONTOUR, avec dépit.

Oui, nous allons recommencer, moi à me cacher SOUS le voile des eaux, et toi, à écrire des vers amoureux sous le voile des bois. (^Elle lui jette son quatrain.)

M. MONtOUR.

Moi, des vers amoureux ? {A part*) si je pouvais plonger! (Haut). Mais tu n'étais pas en danger du tout, chère Adèle, et si je te criais de.... (Il fait le signe de plonger.) c'était par mesure de prudence : le bois est infesté de cb&sseurs.

24 sous LES BOIS.

OLIVE

Oai, et an coup tire au hasard ....

MAD. MONTOUB,

Les chasseurs ont des yeux .... puisqu'ils visent.

M. MONTOUE.

Et c'est précisémeut pour cela que... (J/ fait le signe de plonger,)

MAD. MONTOUR.

Jaloux, va ! gros jaloux !

M. MONTOUE.

C'est qu^je t'adore sur la terre et. . . . dans Teau.

MAD. MONTOUB.

Bt SOUS la forêt, c'est Caroline que tu adores ?

Pour moi tu n'as jamais rimé deux lignes.

M. MONTOUE.

J'aurais rimé tout un poème si j'avais pu trouver des mots pour récrire .... Et ces quatre vers que j'ai jetés en me jouant, sur ce papier indis.... sur ce papier blanc, c'est à toi qu'ils s'adressent. - . .C'est toi que je voyais en les traçant. Je te voyais à travers les branches.

MAD. MONTOUE.

Mais il me semble que je ne m'appelle pas Caix>line.

SOàK^ HUITIÈME 2B

M. MONTOUB.

Caroline est là pour la mesure seulement. Si j'avais écrit Adèle, la mesure aurait été trop courte d'an pied,

MAD. MONTOlîR, duceai£nt.

Que me chantes-tu là avec .ta mesure trop courte ? tous les vers ne sont pas de même longueur. Regarde. (Elle ouvre le livre).

OLIVE

Et puis, papa, vous auriez pu, sans doute, ai^ec v^n peu de travail, arranger ce quatrain de manière à y mettre Adèle.

M. MONTOUE.

Pas facilement . . . .écoute.

Chantez mon Adèle ...»

Chantez ma. . . .douce Adèle, oiseaux à la vive ailot

MAD. MONTOUR.

Eh bien ! est-ce que ça ne rime pas, cela ?

M. MpNTOTÇE.

Oui, à Thëmistiche, mais c'est défendu.

MAD. MONTOUR.

Défendu ?. . . .C'est plaisant ... .Où est 1q mal ?

Page 1