SCÈNE IV
MAD. MURAI, M. FLAMEL.
M. FLAMEL
Je vous demande pardon, madame, de vousavoir si longtemps fait attendre, La politique ne connaît guère la galanterie, guère la politesse, même, hélas !
MAD. MURAL
Je ne suis de retour que depuis quelques mi- nutes : l'attente n’a pas été longue.
M. FLAMEL
J'ai jeté un coup d'œil sur vos papiers... un coup d'œil m'a suffi, Vous pouvez demeurer tranquille, D'abord, la prescription couvre tout de son égide. Nul ne peut vous troubler dans la possession de vos biens. Il est inutile de chercher davantage, la prescription est là pour le défendre.
MAD. MURAL
Mais celui qui a vendu la propriété à mon père
n’était pas possesseur de bonne foi.
M. FLAMEL
Tant pis pour lui; il portera toute la faute. MAD. MURAL, La charité ne nous oblige-t-elle pas...
220 ROUGX ET BLEU.
M. FLAMEL
À nous dépouiller au profit des autres ?
M. MURAL
A rendre leurs biens à ceux qui les ont perdus par la malhonnêteté des autres ?
M. FLAMEL
Jamais, Madame ; c'est un accident dont vous n'êtes pas responsable,
MAD, MURAL
Cependant, si j'étais à la place de ceux qui ont perdu ces biens, je serais heureuse qu'on me les rendit,
M. FLAMEL
Je le crois ; mais ceux qui posséderaiont vos biens de bonne foi, depuis trente ans, ne seraisnt pas tenus de vous les rendre, et ils ne vous les rendraient point. Ils ne seraient pas tenus légalement. Les biens mal acquis pèsent toujours sur la conscience des héritiers. La prescription ne change pas la nature du vol.
MAD. MURAL
Alors je puis chasser comme importuns, ces doutes, ces tourments qui surgissent souvent ?
Vous bonne fo dant je … comme je mieux qu me les lai
Aussi ] (Elle sort.