MONSEIGNEUR
S. A. le Prince de Metternich a bien voulu me mettre en rapport avec M. de Humlauer, conseiller aulique et chargé spécialement de traiter les affaires qui sont du domaine du commerce et de l'industrie, toutes les fois qu'il y a litige entre le Gouvernement autrichien et ceux d'autres États, soit sur le mode d'application des échanges, soit suf leur manutention, par conséquent, sur l'esprit, l'exécution des traités de commerce passés avec l'Autriche. M. de Humlauer ayant, pour ainsi dire, la haute main sur la politique commerciale observée par le Cabinet Impérial au dehors, je ne pouvais être mieux adressé, et j'ai eu hâte de profiter de la permission que M. le chancelier m'avait donnée de communiquer avec lui. Esprit éclairé et parfaitement entendu sur tout ce qu'il y a d'abusif dans les traditions qui régissent, en quelque sorte encore, les rapports commerciaux jque les Principautés sont tenues d'entretenir avec l'étranger, M. de Humlauer est allé presque au-devant de moi, et ne m'a nullement caché qu'il voyait avec regret les difficultés contre lesquelles le Gouvernement valaque avait à lutter, et qu'il ne demandait pas mieux que de pouvoir contribuer à l'en délivrer; qu'il s'en occuperait, qu'il ne doutait pas d'y réussir, mais que ce n'était pas l'ailaire d'un moment, et qu'il fallait lui laisser du temps ; que c'était tout ce qu'il me priait de lui accorder pour l'instant. J'ai dû m'y résigner, quoique j'eusse profondément à cœur de voir mettre un terme à cet état d'incertitude, qui pèse si péniblement sur le
pays, et quoique j*aie désiré d'être autorisé d'annoncer à Votre Altesse que la question des douanes, ainsi que celle sur le droit de patente, viennent d'être réglées dans le sens d'une parfaite réciprocité, conformément aux principes de justice, aux idées reçues chez les nations civilisées. Il ne dépendait pas de M. Humlauer de me donner cette autorisation, de m'accorder ce plaisir, autrement il l'aurait fait, car il est dans le vrai, il comprend que la situation est des plus embarrassantes, et qu'il est temps d'en sortir; il comprend que les intérêts de l'Autriche sont autant engagés dans ces questions que ceux des Principautés elles-mêmes.
C'est grâce à Votre Altesse qu'il a été mis à même de bien former son jugement, de se pénétrer de la nécessité qu'il y va des intérêts des deux pays de mettre un terme aux réclamations que j'ai été appelé à soutenir, à faire valoir à plusieurs reprises. C'est dans la lettre que vous, Monseigneur, aviez daigné me faire tenir, que M. de Humlauer a puisé des renseignements qui lui étaient encore inconnus, renseignements qui ont servi à l'engager à s'occuper sérieusement, très sérieusement même, de ce que les dispositions bienveillantes du Gouvernement autrichien, — dont j'ai eu l'honneur de parler tant de fois, — prennent consistance et ne se bornent plus à l'expr.ession de simples vœux.
M. de Humlauer ayant désiré, pour meilleure information, avoir copie de la lettre, je me suis prêté à sa demande, et Votre Altesse l'approuvera, j'en suis sûr. Ce qui a surtout attiré l'attention de M. le conseiller aulique, ce sont les procédés pleins de cordialité dont le Gouvernement russe use envers les Principautés dans cette circonstance comme dans bien d'autres, et que Votre Altesse a eu soin de relever. M. de Humlauer en a ressenti une certaine satisfaction, et j'ai lieu de croire qu'il y appuiera pour se rendre raison des préjugés surannés, — assez vivaces et puissants, sinon absolus, — afin de retarder la solution des questions que, lui, pour sa part, tient à amener le plus tôt possible. — Il
serait donc à désirer que je sois mis au courant de tout ce qui a trait aux dispositions du Gouvernement de Russie de venir en aide aux Principautés, pour qu'elles ne soient plus tenues dans un régime si menaçant et pour leur commerce et pour leur industrie. J'ose prier Votre Altesse de vouloir bien y avoir égard, et de me mettre à même de pouvoir en parler avec connaissance de cause : la tâche qui m'est imposée m'en deviendra beaucoup plus facile. Je dois ajouter que M. de Humlauer fera incessamment son rapport qui donnera la mesure à quel point on sera disposé à concourir à ouvrir aux Principautés des voies de prospérité (i) . Je suis avec un profond respect, Monseigneur, de Votre Altesse le très humble et très obéissant serviteur.
Signé : PhilIPPSBORN.
CORRESPONDANCE GÉNÉRALE