‹ Roumanie, dA̓ndrinople a̓ Balta-Liman (1829-1849). Règne de BibescoChapitre 12 sur 121 · A SON AVÈNEMENT AU TRONE · texte numérisé non relu

A SON AVÈNEMENT AU TRONE

Le Prince dit à l'Assemblée qu' <« il est temps d'arracher du sein de la Patrie les mauvais germes qui s'y sont développés de nouveau,,, » II conseille le repentir aux coupables; u demain », ajoute-Il, « s'élèvera, plus forte que la Mienne, la voix de la loi qu'il Me faudra faire respecter %i.

TRADUCTION

14/26 février 1843.

Messieurs,

La position à laquelle l'amour de Mes compatriotes M'a élevé et la confiance des deux hautes Cours, la pompe et les honneurs qui M'entourent, ce siège où Je suis assis, et, au-dessus de tout, la joie et l'espérance qui brillent dans vos yeux, devraient ne faire naître en Moi qu'un sentiment de bonheur. En vérité, Je n'en éprouverais point d'autre si Je ne songeais qu'à la pureté de Mes intentions, à l'amoul» ardent que J'ai nourri pour ma Patrie, à la volonté constante que J'ai de suivre le chemin de la justice, sans en dévier.

Mais, vous connaissez tous, Messieurs, les difficultés des circonstances dans lesquelles Je prends les rênes du gouvernement : ce sont ces difficultés qui viennent troubler Mon âme, au milieu de toute cette allégresse. Ne croyez pas, pourtant, que cette

inquiétude soit de nature à Me décourager et à M 'enlever tout espoir d'améliorer le sort de Notre Patrie. Non, jamais Je n^ai eu plus de motifs d'avoir confiance dans l'avenir. Il suffit de nous rappeler ce que nous étions il y a un an et ce que noiA sommes aujourd'hui. Combien nons étions tombés bas dans l'opinion publique, et combien nous nous sommes relevés !

Soyons sages et sachons apprécier notre position politique ; contentons*nous des bienfaits que nous devons à une sollicitude haute et éclairée ; dépouillons toute passion personnelle ; unissons-nous tous pour marcher vers un seul et même but, le bienêtre général, et soyons certains que nos espérances dans l'avenir seront encore dépassées. En ce qui Me concerne, Je n'épargnerai ni fatigue ni sacrifices , quand il sera question de Mon devoir et du bonheur de la Patrie. Prince, Je serai l'homme que vous avez connu comme ministre et membre de l'Assemblée générale : juste envers tous, Je récompenserai le bien et punirai le mal.

Il est temps d'arracher du sein de la Patrie les mauvais germes qui s'y sont développés de nouveau, et qui auront bientôt tari toute source de prospérité, si l'on ne se hâte de les faire disparaître. Aujourd'hui, pour la dernière fois. Ma voix s'élève pour conseiller le repentir à ceux qui persisteraient encore dans des habitudes vicieuses ; demain s'élèvera plus forte que la Mienne la voix de la loi qu'il Me faudra faire respecter.

Messieurs, en rentrant au sein de vos familles, faites-leur connaître toute la pensée de votre Prince ; respectez la loi et l'autorité qui a besoin de son concours ; donnez-Moi l'occasion, — par de louables actions, — de vous témoigner tout l'amour que Je vous porte.

DISCOURS DU PRINCE A l'ouverture de l'assemblée générale ordinaire.

Le Prince espère que rAssemblée lui prêtera tout le concours nécessaire à la réalisation de ses projets.

TRADUCTION

19 février/3 mars 1843 {Bull, of., n* 14).

c Messieurs les Députés de l'Assemblée générale,

En vous rappelant aujourd'hui pour vous entretenir de vos travaux habituels, Je ne chercherai pas à vous exprimer ce que J'éprouve au fond de Mon âme, en Me voyant, de nouveau, au milieu de ceux qu'hier encore J'appelais avec joie mes collègues, et à la même place d'où Ma voix s'est élevée avec la leur pour réclamer un soulagement aux maux de notre Patrie. Messieurs, pour l'Assemblée générale, l'année qui vient de s'écouler aura été belle; elle laissera un souvenir éternel dans les annales de notre histoire par le calme, la sagesse, le patriotisme et la dignité dont vous avez fait preuve. Pour Moi, elle sera de glorieuse mémoire, parce que, dans ces circonstances désastreuses, il m'a été donné d'être un de vos collaborateurs.

C'est ce même esprit, — dû à votre impulsion — qui a sans doute présidé aux sages travaux de la dernière Assemblée générale extraordinaire qui, en élisant un des membres de votre Assemblée de 1842, a voulu mieux faire éclater la reconnaissance et l'allégresse de tous les habitants du pays.

Faites en sorte , Messieurs , que dorénavant , votre conduite réponde à ce commencement digne d'éloge et à la bonne opinion que vous avez su acquérir dans le monde. Votre fardeau sera léger, en ce qui dépendra de l'autorité; car vous trouverez, de sa

part, toute Tassistance désirable et conforme aux lois. Elle trouvera aussi, J*espère, en vous, la bonne volonté qui est indispensable pour la réalisation de Nos projets. Mais, Messieurs, Je conserve Tespoir que nos relations, bien qu'elles aient changé de nature, n'en resteront pas moins ce qu'elles ont été dans le passé; et que cette Assemblée écoutera la voix de son Souverain avec ce même sentiment d*afTection qui lui faisait accueillir, l'an dernier, la parole de son secrétaire.

Je ne vous parlerai pas. Messieurs, de Mes principes, pensant que vous les connaissez suffisamment; mais tenez pour certain qu'ils resteront invariables. Je ne vous ferai pas la description de Tétat actuel du pays, car vous l'avez fait en détail dans l'adresse de Tannée dernière, et, depuis, la situation provisoire des affaires n'a pu apporter que de nouveaux embarras. J'espère cependant qu'à la session prochaine Je serai assez heureux pour vous faire part de l'accomplissement de la plus grande partie de la tâche que nous avons à remplir pour répondre aux espérances générales. »

A lire attentivement ce discours, il semble que le Prince pressente déjà Vopposition systématique de la Chambre — les ennemis mêmes de Son Altesse la signaleront dans leurs écrits — aux projets de réforme les plus utiles au pays. Or il importe de le dire et de le prouver avant d'aller plus loin : les pressentiments du Prince n'étaient que trop justifiés. Cette année même, que devaient marquer de leur empreinte souverainement humaine, libérale et morale, les lois sur l'affranchissement des Bohémiens de l'État et des particuliers, sur le bien dotal et sur l'exploitation des mines, MM. Jean Ghica, Nicolas Balcesco"et deux autres personnes de leurs amis, faisaient le serment au camp de Filaret de tout faire pour détruire Bibesco, l'Élu de la nation (i).

(i) Voir les Souvenirs d'exil, par M. Jean Ghica, p. 40.

ABOLITION DE L'ESCLAVAGE

(première loi du 2 2 MARS 1843)

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