‹ Ruelles, salons et cabarets (volume 3)Chapitre 20 sur 23 · CLÉANTE · texte numérisé non relu

CLÉANTE

Osez-vous bien, après cela, vous présenter aux yeux du monde?

HARPAGON

N^ as-tu point de honte, dis-moi, d^en venir à ces débauches-là » de te précipiter dans des dépenses effroyables, et de faire une honteuse dissipation du bien que tes parents t'ont amassé avec tant de sueurs?

FILTPIN.

En Grève?

AMIDOR.

Scélérat , tu répliques encor ; Toy, ttt seras coffré demain dans Saint-Victor, Tiens-le pour tout constant, maudit enfant prodigae, Je rompray ton commerce , ainsi que ton intrigue^ Et ta verras dans peu si je me sçay venger D'un traître de valet qui t'ayde à les forger.

FILÏPIN.

Nfostre fortune est faite , et nous aurons grand' joye De ces louys tout neufs sortant de la Monnoye.

ERGASTE

Tay-toy , k railkrie icy n'a plus de lieu.

GLÉAKTE4

Ne rougîssez-vpus point de déshonorer votre condition par les commerces que vous faites , de sacrifier gloire et réputation au désir insatiable d* entasser écu sur écu, et de renchérir, en fait d'intérêt « sur les plus infâmes subtilités qu* aient jamais inventées les plus célèbres usuriers?

HARPAGON

Ote-toi de mes yeux, coquin, ote-toi de mes yeux.

CLÉAXTE.

Qui est plus criminel, à votre avis, ou celui qui achète un argent dont il a besoin , ou bien celui qui vole un argent dont il n'a que faire?.

FIUPIN.

Peste soit l'usurier et le fesse-çaathieu!

ERGASTE

Dieux! que dira Corinne, et que luy puis-je dire?

FILIPIN.

De l'accident bizarre il faut la faire rire ; C'est de quoy, ce matin, j'entends les estrener. Puisque nous n'avons point d'argent à leur donner.

ERGASTB.

Il en faut bien trouver^ n'en fût-il point au monde. C'est sur ton seul esprit que mon espoir se fende, Mon pauvre Filipin, ne m'abandonne pas« Tu sais ma passion , tu vois mon embarras.

Retourne chez Mison^ va revoir le notaire*

HARPAGOX.

Retire-toi, te dis-je, et ne m'échauffe pas les oreilles. (SetiL) Je ne suis pas fâché de cette aventure, et ce m'est un avis de tenir Fœil plus que jamais sur toutes ses actions.

FIUPIN.

§uyvez-moy seulement et nous ferons affaire , Venez agir vous-mesme , enfln tout ira bien ; Mais si je suis pendu, je ne responds de rien.

D'un beuveur d'eau , comme avez debatu , Le sang n'est pas de glace reveslu , Mais si bouillant et si chaud au contraire»

Que chaque veine en eux est une artère Pleine de sang, de force et de vertu.

Le feu par Teau foiblement combattu , Croissant sa force, au lieu d'estre abbattu , Va redoublant- la chaleur ordinaire D'un beuveur d'eau.

Tousjours de preux le renom ils ont eu , Ils ont l'estoc bien ferme et bien pointu , Chauds en amour, et plus chauds en colère.

Si que ferez fort bien de vous en taire , Qu'un de ces jours vous ne soyez battu D'un beuveur d'eau.

Un beuveur d'eau , pour aux dames complaire I Suivant l'amour dont le seul feu l'éclairé , Se voit tousjours sobre, courtois et doux; Et ne sçauriez si tost boire dix coups Qjf'encor plus tost il ne le puisse faire.

Venus d'Amour la gracieuse mère Nasquit de l'eau sur les bords de Cythcre ,

Aussi son fils favorise sur tous Un beuveur d'eau.

Il entend mieux ses loix et son mistère , Il sçait jouir ^ et discret sçait se taire, A le rein ferme , et fermes les genoux ; Et trente-six yvrognes comme vous , Ne valent pas en Tamoureuse affaire Un beuveur d'eau*.

' Noos nons contentom àe citer nn des àeva, rondeaux dont nous avons parle p. 37.

u Le cardinal de Richelieu , malgré tout son esprit , a eu de grands accès de folie. Quelquefois il s^ imaginait être cheval, sautait autour d^un hillard en ruant et hennissant; cela durait une heure : puis ses gens le couchaient et le couvraient hien pour le faire suer. A son réveil Faccès était passé , et il n^y paraissait plus, n

(Mémoires de la princesse Palatine, édit. de 1832, p. 333.)

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