‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 3 sur 122 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

tif^ de cartes^ de i)lans d'opérations. L'auteur, bien au courant de tout ce qui a été publié dans toutes les langues sur son sujet, a en outre dépouillé les archives russes de la guerre et de Tétat-major. Son livre est tout militaire. Pour ces cinij années de lutte, il ne nous fait grâce ni d'une marche ou d'une contre- marche, ni d'une étape, ni d'un conseil de guerre, ni d'un état des provisions dans les magasins de l'armée russe. Après chaque manœuvre, chaque combat, chaque bataille, il reprend l'opération pour la critiquer en détail, rechercher en quoi elle est intéressante pour les hommes du métier, si c'est au point de Yiie positif ou au point de vue négatif, c'est-à-dire si elle est à imiter ou à blâmer. Cet ouvrage n'est point d'une lecture facile; mais il ne peut être que fort instructif pour les militaires, et surtout pour les élèves militaires, auxquels il est spécialement destiné. Pour l'historien, il est très précieux, en ce sens que celui-ci ne risquera plus de se représenter l'armée russe de la guerre de Sept ans comme une armée russe quelconque ; il ne pourra la confondre ni avec celles de Pierre le Grand et Anna Ivanovna, dont elle est l'héritière, ni avec celles de Catherina II, Paul ou Alexandre dont elle est la devancière. Si nous persistons ensuite à nous figurer des régiments ou des batailles de fantaisie, la faute n'en sera pas à M. Masslovski : c'est que nous aurons oublié tel règlement de 1755 ou de 1756 qui fit des dragons que commandaient Apraxinj ou Fermer de tout autres dragons que ceux qu'avait commandés Miinich ou que commandera ensuite Potemkine.

Il eût été regrettable qu'un ouvrage de cette importance, précisément parce qu'il est trop énorme pour être traduit, restât ignoré du lecteur français. Après lui avoir em-

VIII PBÉFAGE.

priinté quelques épisodes que j'ai arranges pour la Nouvelle Revue, j'ai pensé qu'il serait utile de le faire connaître plus complètement.

Cependant^ dans le présent livre on trouvera autre chose que dans l'ouvrage de M. Masslovski. Celui-ci est très sobre sur tout ce qui ne touche pas à la technique de l'art militaire. Il néglige les anecdotes^ même celles qui seraient les plus instructives sur l'esprit et les mœurs de l'armée. Il n'a aucune recherche du pittoresque^ môme dans ses récits de bataille. De parti pris^ il a laissé de côté beaucoup de mémoires, de correspondances^ qu'il suppose connus du lecteur russe; mais, comme ils seront peut-être nouveaux pour le lecteur français*, j'en ai fait largement usage. Enfin j'ai trouvé aux Archives des affaires étrangères de France des rapports inédits d'attachés militaires, français ou autricliiens^ auprès de l'armée russe

1. Par exemple, M. Masslovski s'est livré (t. I^r^ appendice, p. 34-49) à une critique très serrée, très savante, très judicieuse, des Mémoires de Bolotof, ofTicier au rogiment d'Arkhangol, écrivain diffus et volontiers compilateur, mais entin témoin oculaire do plu^^ieurs engagements. Tout en tenant grand compte de cette critique, il faut reconnaître cependant que ces Mémoii^es sont pleins de vie, et à certains égards, de sincérité, tout au moins de naïveté, et qu'ils donnent une impression très forte de la réalité. Comment raconter Gross- Jœgersdorf sans donner quelquefois la parole à ce témoin, si prompt à l'aveu de ses frayeurs et de ses enthousiasmes?

D'autre part, dans une guerre où, en déiinitive, Frédéric II reste au premier plan, comment perdre de vue un seul instant ses Mémoires, sa Correspondance surtout, où il révèle les choses et se révèle lui-même avec une sincérité inattendue, qui contraste avec les contradictions voulues, les réticences machiavéliques, les faussetés calculées, où la passion, haine ou crainte, éclate librement, où Ton retrouve Frédéric II tout entier, avec son ardeur pour la gloire, son tempérament de batailleur, un mélange singulier de dureté et d'humanité, avec l'esprit le plus éveillé et le plus subtil, avec le sentiment le plus vrai et le bel esprit le plus rafTuié, avec un humour si fantasque, et où il se montre si souvent, dans la franchise d'effusions intimes, vraiment grand et héroïque? Le témoignage !e plus sur est encore celui qu'il porte de lui-môme. Et comment négliger tel de ses contemporains allemands, qui l'ont approclié do si près, comme Henri de Gatt?

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