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PREMIÈRE PÉRIODE

La Norwége, qui forme, avec la Suède, la presqu'île nommée Scandinavie, fut peuplée, ainsi que cette dernière contrée, d'habitants venus d'Asie à une époque bien antérieure à notre ère. Suivant les plus anciennes annales Scandinaves, Odin confia le gouvernement de la Norwége à Seming, son fils ou son lieutenant ^ mais la tradition se

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tait sur le nom des successeurs de ce chef, et le véritable fondateur du royaume fut Nov, dans lequel on voit communément, et avec assez de vraisemblance, un persoimage historique. Fils d'un roi puissant, souverain de la Finlande, il partit, dit-on, vers l'an 200, pour atteindre le ravisseur de Goé, sa sœur, qui s'était réfugié dans la Norwége, et ce fut à cette occasion qu'il fit la conquête du pays.

Les (ils de Nov se partagèrent son royaume. Ces partages continuèrent de génération en génération, et quelques siècles plus tard, vingt petits rois indépendants se disputaient le territoire de la INorwége. En 875 seulement, Harald aux Beaux Cheveux, de la famille des Inglinges, força tous ces petits chefs à se soumettre sans retour : ceux qui refusèrent d'accepter sa domination, allèrent chercher jusque sous le pôle une terre où ils pussent vivre dans leur sauvage liberté. L'Islande, découverte depuis quelques années (868), reçut un grand nombre de colons norwégiens qui y portèrent les mœurs et la langue des Scandinaves. C'est là surtout, dans cette région solitaire et glacée, que se sont conservés les poèmes ou sagas qui avaient pris naissance dans la mère-patrie.

Les Orcades, les Hébrides, Hetland et Feroë, furent aussi occupées, à la même époque, par des fugitifs de la Norwége. Quant au roi Harald, dont l'ambition avait provoqué tous ces exils, il porta ses armes jusqu'à la mer Blanche, et dans le grand Océan sur les côtes d'Angleterre et d'Ecosse. L'un de ses parents, Rolf, banni parce qu'il exerçait la piraterie pour son propre compte, fit voile pour la Gaule, s'empara de la seconde Lyonnaise, et devint, sous le nom de Rollon, le premier duc de Normandie (887). Fortune brillante, qui devait éclipser celle de tous les souverains de la Norw ége.

310 HiSTOfBE DE NORWEGE.

Harald, si l'on en croit des documents toujours incertains lorsqu'il s'agit d'un pays et d'une époque si reculés, ne mourut qu'en 936, après un règne de soixante-treize ans. Sou fils Érick, qui lui succéda, mérita le surnom de Hache de sang, pour avoir tué ses frères de sa propre main. Un seul, Hakan, élevé en Angleterre par le roi Athelstane, avait échappé au meurtre de sa famille ; informé de l'indignation que les crimes d'Érick avaient soulevée dans la Norwége, il s'embarqua sur une flotte que lui avait fournie le souverain d'Angleterre, et fut accueilli, à son arrivée sur les côtes de la Scandinavie, avec un tel enthousiasme , qu'Érick , abandonné de tous , s'enfuit dans les Orcades, où il fit quelque temps le métier de pirate.

Ainsi proclamé par les suffrages unanimes de la nation (936), Hakan ou Haquin affermit par sa prudence la couronne qu'il venait d'acquérir. En 940 et 941, il réunit les hommes les plus sages du royaume pour lui donner des lois et consolider la paix. Voulant, en même temps, protéger le pays contre les attaques du dehors , il fit construire des forts, établit des signaux le long des côtes, et divisa toute la Norwége en districts maritimes, afin de pouvoir équiper rapidement une flotte nombreuse, si les circonstances l'exigeaient. Toutefois, malgré la vénération qui l'entourait, il ne put introduire en Norwége la religion chrétienne, dans laquelle il avait été élevé par Athelstane. « La nation, lui dit un député, vous a reconnu roi pour « conserver ses hbertés et non pour la réduire en servi- « tude ; les dieux de la Norwége sont aussi anciens que le « monde; nos pères les ont servis, et plutôt que d'aban- <c donner leur culte, nous renoncerons à t'obéir. » L'assemblée contraignit ensuite le roi à prendre part aux sacrifices,

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à vider la coupe de Thor et à manger de la chair de cheval.

Le peuple, dans sa farouche ardeur pour le vieux culte d'Odin, détruisit les nouvelles églises et massacra les prêtres, sans que Hakan, menacé à cette époque par les lils d'Erick, Hache de mng, pût réprimer ces violences. Vaincus en diverses rencontres, les fils d'Érick, grâce au secours d'Harald à la Dent bleue, roi de Danemarck, finirent, dans une de leurs descentes en Norwége, par surprendre Hakan. Celui-ci, blessé d'un coup de flèche, mourut en désignant pour lui succéder Harald, le lils aîné de son frère Érick (955) ; mais ces secousses réitérées affaiblissaient le pouvoir suprême, et favorisaient l'ambition des anciens vassaux, qui n'avaient jamais perdu l'espoir de ressaisir leur indépendance. Harald ayant fait périr en trahison le iarl ou comte Sigurd, le plus puissant d'entre eux, tout le peuple de Drontheim et de la partie septentrionale de la Norwége, que Sigurd tenait en fief, se souleva sous la conduite du iarl Hakan, son fils (970). Celui-ci, avec l'aide du roi de Danemarck, à qui il sut inspirer des craintes sur les prétentions de Harald, parvint à se défaire du meurtrier de Sigurd; et, soutenu par une flotte danoise, il s'empara de la Norwége, qu'il gouverna sous le titre de vassal et de lieutenant du roi de Danemarck (978).

Après de violents démêlés avec son suzerain, Hakan, encouragé par le mariage de sa fille avec le roi de Suède, Érick le Victorieux, se déclara souverain indépendant de la Norwége. Il avait jusqu'alors, afin de gagner des partisans à sa cause, dissimulé les passions farouches qui le dominaient; mais lorsqu'il crut avoir réduit tous ses ennemis, il souleva le pays par ses cruautés, et périt

bientôt sous le poignard d'un des esclaves de sa maison (995).

Quelques années auparavant (982), un Islandais nommé Érick Rade (le Roux), découvrit une côte couverte d'une riche végétation, qu'il appela Groenland (pays vert). Les Islandais y établirent une colonie entre les soixanteneuf et soixante-quinze degrés de latitude nord. C'est la côte orientale du Groenland actuel, qui, restée inaccessible pendant plusieurs siècles , a été de nouveau découverte en 1822 par le capitaine Scoresby. Leif, fds d'Érick Rade, poussa plus avant, et découvrit encore au sud du Groenland une autre contrée arrosée par des fleuves riches en saumons et couverte d'une espèce de blé sauvage. Beaucoup de savants ont cru, et il est vraisemblable , que le plus grand de ces fleuves n'était autre que le Saint-Laurent. Ainsi l'Amérique aurait été découverte cinq siècles environ avant Christophe Colomb.

Le successeur de Hakan II fut Olof Trygvason, arrièrepetit-fils de Harald aux Beaux Cheveux (995). Proscrit et errant dans sa jeunesse, il avait été baptisé par un moine de Cornouailles, qui lui prédit qu'un jour il régnerait sur la Norwége. Cette prédiction, ainsi qu'on le voit, s'accomplit ; mais la rigueur déployée par le nouveau souverain dans ses travaux apostoliques, excita partout des mécontentements, et provoqua des révoltes. Olof fut, en outre, poursuivi par la vengeance d'une femme, Sigrid, qu'il avait outragée, et qui, mariée plus tard au roi de Danemarck, Suénon, excita contre la Norwége tous les ressentiments de son mari. Olof ayant péri dans une bataille navale, Suénon s'empara de la partie méridionale de la JNorwége (1000), mais les habitants proclamèrent unani-

LUTTE COVTIIK i.i: DWKM \IU:K (1)95-1 Ofifl). 313

nieiiient Olot' 11, dit le Gros, qui descendait, comme Olof P»", de Harald aux lieaux Cheveux.

Oiof n soutint une lutte énergique contre Canut le Grand, qui régnait sur l'Angleterre et le Danemarck, et qui voulait aussi maintenir la Norwége sous sa dépendance. Olof, bnttu à la fm, se retira en Russie, tandis que Canut se faisiiit procl.uner roi de rsorwége. Le moment n'était pas >enu, toutefois, où le joug danois devait s'appesantir sur ce pays. Canut, qui portait alors trois couronnes, en avait confié une à son fils naturel, Suénon, qu'il envoya en Norwége. Mais Suénon opprima le peuple, qui rappela de Russie Magnus P*', fdsd'Olof H. Ce prince força Suénon à se réfugier en Danemarck, où il mourut en 1037.

Parvenu fort jeune au trône (1036), Magnus I*^*", dès le commencement de son règne, rencontra un adversaire redoutable dans Harde Knut, qui, après la mort de son père, Canut le Grand, prétendit des droits à la couronne de Norwége. Toutefois, ce danger fut écarté par une convention qui stipulait que les deux rois resteraient amis, et que, si l'un d'eux venait à mourir sans enfants, le survivant hériterait de son royaume.

L'année même de cette convention (1042), Harde Knut ou Canut mourut, et Magnus fut reconnu roi de Danemarck sans opposition ; mais un prince danois, nommé Suénon, qu'il chargea du gouvernement en son absence, se rendit bientôt indépendant; Magnus, en mourant (1047), confirma son usurpation par l'abandon qu'il lui fit de ses propres droits à la couronne de Danemarck.

Cette renonciation volontaire de la part du roi de Norwége ne fut pas reconnue par son oncle et son successeur, Harald le Sévère^ frère d'Olof IL La guerre se poursuivit longtemps entre les deux pays, avec des chances diverses,

314 HISTOIRE DE NOBWÉGE.

lorsque Harald en fut détourné par une expédition en Angleterre, où il périt en 1066.

Des deux fils qu'il laissait, l'un, Magnus II, ne vécut que jusqu'en 1069; l'autre, Olof III, ou le Saint ^ prince législateur et pacifique, se rendit célèbre par les efforts qu'il fit pour adoucir les mœurs grossières de son peuple. Cette tâche ne fut point continuée par Magnus III, son fils, qui lui succéda en 1093. La vie de ce prince s'écoula dans de continuelles aventures contre l'Ecosse et contre l'Irlande. En 1 1 02, il s'empara de Dublin ; précédemment il avait conquis les îles Hébrides, Orcades, d'Anglesey et de Man, dont il forma un roj^aume particulier, sous le titre de royaume des Iles ; mais la mort ne lui permit point de consolider cette conquête. Il périt jeune, surpris dans une de ses incursions en Irlande par une troupe ennemie (1103), et ne laissant, pour lui succéder, aucun fils légitime.

La couronne fut alors décernée à Sigurd, son fds naturel, qui, après un règne peu fécond en événements, la transmit à son fils Magnus IV, prince avare, orgueilleux et ivrogne (1134). Haï et méprisé du peuple, Magnus IV se vit obligé de partager le royaume avec Harald IV, qui prouva juridiquement, en marchant sur un fer rouge, qu'il était, lui aussi, fils naturel de Magnus III. Bientôt, aidé du roi de Danemarck, Harald battit son rival, lui fit crever les yeux et couper une jambe; mais le nouveau souverain ne justifia point son usurpation par son habileté dans le gouvernement. Sa faiblesse à défendre le pajs désolé par les pirates vandales, lui attira le mépris de la nation, et fraya ainsi le chemin du trône à un aventurier qui, se donnant pour le fils de Magnus III, réunit un nombreux parti, surprit Harald, et l'assassina dans les bras de l'une de ses maîtresses (U 36),

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Sigurd, c'était le nom de l'assassin, avait été élevé par un prêtre, et était même entré déjà dans les ordres sacrés : ce qui lui fit donner le surnom de diacre transfuge. Avec lui commence pour la Norwége une époque de trou])les et de désordres dont le tableau fatiguerait le lecteur, sans l'instruire. Qu'importe cette longue suite de rois sans renom, se disputant cliaque lambeau du territoire, se traitant réciproquement comme des voleurs et des bandits, et ne laissant à la postérité aucun fait digne de mémoire.

Après trente ans de luttes dans lesquelles figurent Inge V'\ Sigurd m, Eystein, Magnus V, Hakan 111, un puissant seigneur, Eriing, porta au trône son fils Magnus VI, qui fut élu, grâce au concours des prêtres et des évêques (1164). Après s'être reconnu, lui et ses descendants, vassaux de saint Olof, il déclara qu'il laissait le choix futur des rois à l'archevêque, aux évêques, et aux hommes les plus distingués de la nation. Chaque jour, néanmoins, vo} ait naître de nouveaux prétendants à la couronne. L'un d'eux, Eystein, petit-fils de Harald IV, gagna quelques partisans, auxquels on donna par mépris le surnom de Birkébéniens, parce que, contraints de fuir dans les forêts, ils avaient, à défaut de chaussures en cuir, les pieds entourés d'écorce de bouleau. Ces fugitifs, souvent vainqueurs dans des combats d'escarmouche contre les soldats de Magnus VI, avaient essuyé une sanglante défaite en 1177, et leur chef Eystein était mort, lorsque le parti abattu fut relevé par l'un des plus grands hommes de la Norwége.

Cet homme était Sverrer. Né, à ce qu'il croyait, dans les rangs du peuple, il avait été destiné à l'état ecclésiastique, lorsque, en 1176, sa mère vint lui déclarer qu'il était de sang royal et frère de Hakan III. Retiré en Suède,

316 HISTOIKE DE KORWÉGE.

lorsque les Birkébéniens \inrent le forcer à se mettre à leur tête, Sverrer, après avoir erré quelque temps dans les forêts et dans les montagnes de la Norwége, rétablit l'ordre et la discipline dans sa troupe, et résolut enfin d'enlever la couronne à Magnus VI. Défait dans plusieurs rencontres, il finit par triompher en dépit des prêtres et de l'archevêque, qui avaient promis le salut éternel à tous ceux qui périraient en combattant les Birkébéniens. Sverrer prit alors le titre de roi (1 177), et s'empara de Drontheim, pendant que Magnus YI se réfugiait en Danemarck, où il fut bien accueilli par Canut VI. Après avoir tenté plusieurs fois contre son rival la fortune des armes, Magnus, vaincu dans une bataille navale, périt en cherchant à se sauver à la nage (l 184) ; Sverrer s'affermissait, au contraire,' sur le trône qu'il avait usurpé, en épousant Marguerite, fille d'Érick le Saint, roi de Suède.

Cette alliance n'empêcha pas le clergé de conspirer contre la puissance de Sverrer. Celui-ci, résolu à défendre vigoureusement ses droits, retint une partie des revenus que les prêtres s'étaient alloués, et comme l'archevêque Érick tonnait du haut de la chaire contre les Birkébéniens, Sverrer, dans une diète tenue en 1193, fit restreindre les privilèges de rarchevêque, au risque de provoquer contre lui-même les colères de l'Église. Elles éclatèrent en 1 198, par une bulle d'Innocent III, qui prononçait l'interdiction de Sverrer et de tous ses partisans. Mais les rois de Suède et de Danemarck, auxquels il avait été enjoint d'exécuter ce que prescrivait l'interdit, ne jugèrent pas à propos d'obéir aux ordres du pape. Sverrer battit, en 1201, les rebelles qui s'étaient levés à la voix du clergé, et sentant bientôt approcher sa fin, il voulut encore une fois se montrer au peuple assis sur son trône, afin de convaincre la

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multitude de la fausseté des prédietions de révéque d'Opslo, INicolas, qui avait auuoncé que Sverrer serait dévoré par des chiens.

Ce prince mourut le 9 mars 1202, laissant de son fds aîné Sigurd, mort aAant lui, un enfant au l)er{'eau nommé Guttorm, et un second fils, Hakan IV, qui fut proclamé roi. Celui-ci se réconcilia avec le clergé, rappela les exilés, et, entre autres, l'archevêque ; mais il ne prolita pas longtemps du calme inespéré dont jouissait la Norwége, après tant de troubles. Il succomba après deux ans de règne, empoisonné, dit-on, par sa belle-mère; et le paj^s, livré aux prétentions rivales de plusieurs compétiteurs, retomba dans tous les désordres de l'anarchie.

Après Guttorm, qui mourut encore enfant, et Hakan V, son cousin, qui eut le titre de roi sans avoir l'empire, les Birkébéniens élurent, en 1217, Hakan VI, fds naturel de Hakan IV. La mère du nouveau prince, qui n'était âgé que de treize ans, justifia la naissance royale de son fils par l'épreuve du feu, très en usage à cette époque. Néanmoins, jusqu'en 1240, Hakan eut à lutter contre des prétendants nombreux, que soutenaient des factions aux ordres du clergé ou des grands.

Lorsque Hakan VI eut détruit tous ses rivaux, il put donner ses soins à l'administration de son royaume. H éleva des forteresses, fonda des villes, garantit par des lois la liberté individuelle, et étendit si loin l'estime de son nom, que saint Louis lui offrit, dit-on, le commandement d'une partie de sa Hotte, quand il entreprit sa croisade en Egypte. Le pape Innocent IV, pour donner à Hakan un témoignage particulier de sa considération, lui envoya le cardinal Guillaume, évéque de Sabine, qui sacra le roi à Bergen, en 1247, Deux ans plus tard, Hakan eut

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