‹ Rutebeuf. Deuxième éditionChapitre 22 sur 42 · SATIRES PERSONNELLES · texte numérisé non relu

SATIRES PERSONNELLES

Satires personnelles.

En rassemblant les éléments épars de la biographie de Rutebeuf, nous avons analysé la plupart des satires personnelles, celles où il se moque de luimême, des siens, de son débiteur Brichemer. Ce sont là ses poésies les plus originales. Avèc quel

‘accent de pénétrante mélancolie il nous parle de

son « fol cœur », comme plus tard Villon regrettera sa « jeunesse folle »! Quelle peinture spirituelle et touchante il fait de son dénûment, de son espérance, chaque jour déçue, en un lendemain meilleur!

On retrouve la même note dans une pièce charmante, la plus courte de ses œuvres (elle n'a que douze vers), le dit des Ribauds de Grève. C'est la « chanson des gueux » du xine siècle; le poète, à l'entrée de la mauvaise saison, adresse ses compatissantes railleries aux pauvres ribauds de la place de Grève : à peine vêtus, ils souffriront du froid, ils sentiront les piqûres de la neige, ces « blanches mouches » de l'hiver.

Ribauds, bien êtes-vous à point :

‘Les arbres dépouillent leurs branches, Et vous n'avez de robe point,

Vous en aurez froid à vos hanches.

Combien vous plairaient les pourpoints, Et les suvcots fourrés à manches!

Vous allez en été si vifs,

Et en hiver si engourdis!

Vos souliers n’ont pas besoin d'huile, De vos talons faites semelles.

Les noires mouches vous ont points, Maintenant vous poindront les blanches!

La Dispute de Charlot et du Barbier de Melun est dirigée contre deux confrères de Rutebeuf. Car « le barbier de Melun » est un surnom. Il s’agit d’un ménestrel, comme Charlot le Juif, et non d'un

barbier.

L'autre jour m'en allais jouer

Devers l’Auxerrois Saint-Germain, Plus matin que n’en ai coutume (Point n'aime à me lever matin).

Je vis Charlot sur mon chemin, Tenant le Barbier par la main,

Et bien ils montraient toutefois

Qu'ils n'étaient pas cousins germains.

Le Barbier traite Charlot de mécréant et de juif. Celui-ci riposte en reprochant au Barbier les boutons suspects qui ornent son visage. Les injures se

croisent :

Barbier sans rasoir, sans ciseaus, Qui ne sais tailler ni raser,

Tu n’as ni bassins ni serviettes,

Ni de quoi réchauffer eau claire; N'est rien au monde que tu vailles.……

— Charlot, tu as toutes les lois,

Tu es juif et chrétien,

Tu es chevalier et bourgeois,

Et, quand tu le veus, clerc ès arts...

Ils se traitent mutuellement d'entremetteurs ; puis Charlot raille de nouveau le visage bourgeonné du

Barbier :

Barbier, or viennent les groseilles; Les groseillers sont bourgeonnés :

Je vous rapporte la nouvelle

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