‹ Rutebeuf (volume 2)Chapitre 28 sur 37 · SCÈNE XV. — Théophile, L'ivêQtJE · texte numérisé non relu

SCÈNE XV. — Théophile, L'ivêQtJE

Théophile baille la charte à l'évêque. Celui-ci la lit au peuple. Il ajoute que Théophile a été délivré par Notre Dame, et il termine en conviant les spectateurs à se lever pour entonner le Te Deum lau" damus.

Il est certain que ce drame est faible. C'est Tenfance de Tart. Rien n*est préparé, tout se fait par coups de grâce subits, aussi bien le retour de révêque à de meilleurs sentiments que le repentir de Théophile et même le pardon de Notre Dame. La partie du drame la mieux traitée est la scène III, où nous assistons aux hésitations de Théophile avant le pacte. Le style est médiocre; Rutebeuf n'a pas rencontré d'inspiration comme celle de son prédécesseur Jean Bodel, qui, devançant Corneille, fait dire à un jeune chevalier chrétien :

Seigneur, si je suis jeune, ne m'ayez en dépit : Car on a vu souvent grand cœur en corps petit.

Le rôle de Théophile a un côté comique : ses objurgations contre Dieu, dans la première scène, étaient de nature à provoquer l'hilarité. D'ailleurs le mélange du comique et du tragique est tout à fait dans le caractère de notre vieux théâtre, en cela plus près de la réalité que le théâtre classique avec sa séparation absolue des deux genres.

On a conservé, du xiv® siècle, un grand nombre

de Miracles de Notre Dame dramatisés, analogues à celui de Rutebeuf. Au xv» siècle seulement on voit se multiplier les mystères proprement dits, en même temps que les œuvres comiques de tous genres. Le progrès de l'art dramatique n'est guère sensible que dans celles-ci. La comédie, chez nous, aurait pu se passer de la Renaissance, et on conçoit Molière succédant directement à l'auteur de Pathelin. Mais l'inspiration antique a vraiment renouvelé de fond en comble notre théâtre sérieux, qui était resté à peu près stationnaire durant des siècles, et qui n'offre, pendant tout le moyen âge, que des beautés éparses de détail.

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