‹ Ruy BlasChapitre 18 sur 98 · ACTE /, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE /, SCENE V

Pendant que don Saliusie a parlée U marquis de Santa-Cruz^ den Aîvar de Bazan y Benavides^ vieillard à mouetacke blanche et à grande perruque^ s'est approché d'eux.

Le Marquis de Santa-Cruz {à don saiiuste).

Vous l'expliquez fort bien.

S'il est votre cousin, il est aussi le mien. Don Salluste.

C'est vrai, car nous avons une même origine»

Monsieur de Santa-Cruz.

// lui présente Ruy Bias.

5 Don César.

Le Marquis de Santa-Cruz. J'imagine

Que ce n'est pas celui qu'on croyait mort. Don Salluste. Si fait.

Le Marquis de Santa-Cruz.

9 II est donc revenu } Don Salluste. Des Indes.

Le Marquis de Santa-Cruz {examinant Ruy Bios).

En effet !

Vous le reconnaissez } Le Marquis de Santa-Cruz.

Pardieu ! je l'ai vu naître !

Don Salluste {bas à Ruy Bias).

Le bonhomme est aveugle et se défend de l'être. 15 II vous a reconnu pour prouver ses bons yeux. Le Marquis de Santa-Cruz {tendant la main à Ruy Bios),

Touchez là, mon cousin.

Ruy Blas {s' inclinant). Seigneur...

Le Marquis de Santa-Cruz {bas à don Saiiuste et lui

montrant Ruy Bias). On n'cSt paS mieUX !

A Ruy Bias.

Charmé de vous revoir !

Don Salluste {bas au marquis et le prenant à part).

20 Je vais payer ses dettes.

Vous le pouvez servir dans le poste où vous êtes. Si quelque emploi de cour vaquait en ce moment,

Chez le roi,^-chez la reine... — |

Le Marquis de Santa-Cruz (*«*).

Un jeune homme charmant !

25 J'y vais songer. — Et puis, il est de la famille,

Don Salluste (3«).

Vous avez tout crédit au conseil de Castille. Je vous le recommande.

// quitte le marquis de Santa-Cruz^ et va à d'autres seigneurs^ auxquels il présente Ruy Bias. Parmi eux le comte d*Albe^ très superbement paré.

Don Salluste lui présente Ruy Bias.

Un mien cousin, César, Comte de Garofa, prés de Velalcazar.

Les seigneurs échangent gravement des révérences avec Ruy Bias interdit. Don Salluste^ au comte de Ribagorza.

5 Vous n'étiez pas hier au ballet d'Atalante ? Lindamire a dansé d'une façon galante.

// s^ extasie sur le pourpoint du comte d*Albe.

C'est très beau, comte d'Albe !

Le Comte d'Albe. Ah ! j'en avais encor

Un plus beau. Satin rose avec des rubans d'or, lo Matalobos me l'a volé.

Un Huissier de Cour {au/ond\

La reine approche.

Prenez vos rangs, messieurs.

Les grands rideaux de la galerie vitrée s'ouvrent. Les seigneurs s^ échelonnent près de la porte. Des gardes ^ont la haie. Ruy Blas^ haletant^ hors de lui., vient sur le devant comme pour s^y réfugier. Don Salluste Vy suit.

Don Salluste {bas, à Ruy Bios).

Est-ce que, sans reproche,

Quand votre sort grandit, votre esprit s'amoindrit } 1$ Réveillez-vous, Ruy Bias. Je vais quitter Madrid.

Ma petite maison, prés du pont, où vous êtes,

— Je n'en veux rien garder, hormis les clefs secrètes, —

Ruy Bias, je vous la donne, et les muets aussi.

Vous recevrez bientôt d'autres ordres. Ainsi 20 Faites ma volonté, je fais votre fortune.

Montez, ne craignez rien, car l'heure est opportune.

La cour est un pays où l'on va sans voir clair.

Marchez les yeux bandés. J 'y vois pour vous, mon cher !

De nouveaux gardes paraissent au fond,

L'Huissier {à haute voix).

La reine !

Ruy BLAS {à pari).

25 La reine ! oh !

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^cr^ //. 25

Za reine, vitue magHtfiquetnent^ paraît, entourée de damés et dégages, sou* un dais de velours écar late porté par quatre gentilshommes de chambre, tête nue. Ruy Bios, effaré, la regarde comme absorbé par cette resplendissante vision. Tous les grands d" Espagne se couvrent, le marquis del Basto, le comte d^Albe, le marquis de Santa-Cruz, don Salluste. Don Salluste va rapidement au fauteuil, et y prend le chapeau, qu'il apporte à Buy Bias,

Don Salluste {à Ruy Bias, en lul mettant le chapeau sur la tête).

Quel vertige vous gagne ?

Couvrez-vous donc, César. Vous êtes grand d'Espagne.

Ruy BLAS {éperdu, bas à don Salluste).

Et que m'ordonnez-vous, seigneur, présentement?

Don Salluste (/«i montrant la reine, qui traverse lentemtnt la galerie).

De plaire à cette femme et d'être son amant.

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