ACTE II, SCENE III
Ru Y Blas (a/tfr/). Quoi!
Don GURITAN iàparf^obarvantRuy BUu).
Qu'a-t-il ?
La Reine {gui a tout entendu et dont le regard est resté Jixé sur
Ruy Bios).
Comme il pâlit !
Ruy Bios chancelant s' appuie sur le bras eTun fauteuil.
Casilda (tk la reine). Madame, ce jeune homme
5 Se trouve mal !
Ruy BLAS {se soutenant d peine).
— Moi, non ! mais c'est singulier comme Le grand air.., le soleil... la longueur du chemin...
A part.
— Ouvrir au roi !
// tembe épuisé sur un fauteuil. Son manteau se dérange et laisse voir sa tnain gauche enveloppée de linges ensanglantés.
Casilda. Grand Dieu, madame! à cette main
lo II est blessé !
La Reine. Blessé!
Casilda. Mais il perd connaissance !
Mais, vite, faisons-lui respirer quelque essence !
La Reine {fouHlant dans sa gorgerette).
Un flacon que j'ai là contient une liqueur...
En ce moment son regard tombe sur la manchette que Ruy Bios port*
au bras droit.
A part.
15 C'est la même dentelle !
A u mime instant elle a tiré le flacon de sa Poitrine^ et^ dans son trouble^ elle a pris en mime temps le morceau de dentelle qui y était cetché. Ruy Blas^ qui ne la quitte pas des yeux^ voit cette dentelle sortir du sein de la reine,
Ruy Blas {éperdu). Oh !
Le regard de la reine et le regard de Ruy Bias se rencontrent. Un
silence.
La Reine {apart). C'est lui!
Ruy Blas {apart). Sur son cœur!
La Reine {dpart).
C'est lui !
Ruy Blas {apart).
20 Faites, mon Dieu, qu'en ce moment je meure !
Dans le désordre de toutes les femmes s* empressant autour de Ruy Bleu^ ce qui se passe entre la reine et lui n'est remarqué de personne.
CaSILDA {faisant respirer UJlacon à Ruy Blot).
Comment vous êtes-vous blessé ? c'est tout à l'heure ? Non ? cela s'est rouvert en route ? Aussi pourquoi Vous charger d'apporter le message du roi ?
La REI^'E. {à Casilda).
Vous finirez bientôt vos questions, j'espère. La Duchesse {à casUda).
5 Qu'est-ce que cela fait à la reine, ma chère ? La Reine.
Puisqu'il avait écrit la lettre, il pouvait bien
L'apporter, n'est-ce pas ?
Casilda. Mais il n'a dit en rien
9 Qu'il eût écrit la lettre.
La Reine (ii>tfr/). Oh!
A Casilda
Tais-toi !
Casilda {à Ruy Bias). Votre grâce
Se trouve-t-elle mieux ?
Ruy Blas. Je renais !
La Reine {à ses femmes). L'heure passe,
i6 Rentrons. — Qu'en son logis le comte soit conduit.
A ux Pages^ au fond.
Vous savez que le roi ne vient pas cette nuit. Il passe la saison tout entière à la chasse.
Elle rentre avec sa suite dans ses appartements» Casilda {lartgardant sortir).
La reine a dans l'esprit quelque chose.
Elle sort Par la même Porte que la reine en emportant la petite cassette
aux reliques.
Ruy Blas {resté seul).
Il semble écouter encore quelque temps avec une j'oie Profonde les dernières paroles de la reine. Il parait comme en proie à un rive. Le morceau de dentelle^ que la reine a laissé tomber dans son trouble^ est resté à terre sur le tapis. Il le ramasse^ le regarde avec amour ^ et le couvre de baisers. Puis il lève les yeux au ciel.
20 O Dieu ! grâce !
Ne me rendez pas fou !
Regardant le morceau de dentelle.
C'était bien sur son cœur !
Il le cache dans sa poitrine. — Entre don Guritan. Il revient par la Porte de la chambre ok il a suivi la reine. Il marche à pas lents vers Ruy Bias. A rrivé près de lui sans dire un moi^ il tire à demi