‹ Ruy BlasChapitre 36 sur 98 · ACTE III, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I

Soixante-six ducats ! — c'est un pactole obscur Où, certe, on doit jeter le filet à coup sûr. Eau trouble, pêche claire.

Le Marquis de Priego {survenanf).

Ah çà, ne vous déplaise,

5 Je vous trouve imprudents et parlant fort à Taise. Feu mon grand-père, auprès du comte-duc nourri, Disait : — Mordez le roi, baisez le favori. — Messieurs, occupons-nous des affaires publiques.

T»ut s*atseyeni autour de la tabU: les uns prennent des plumes, les autres feuilUtient des papiers. Du reste^ oisiveté générale» Mû' ment de silence»

MONTAZGO {Basa Ubilla),

Je vous ai demandé sur la caisse aux reliques lo De quoi payer l'emploi d'alcade à mon neveu. Ubilla {bas).

Vous, vous m'aviez promis de nommer avant peu Mon cousin Melchior d'Elva, bailli de l'Ebre.

MONTAZGO {se récriant).

Nous venons de doter votre fille. On célèbre Encor sa noce. — On est sans relâche assailli...

Ubilla {bas).

15 Vous aurez votre alcade.

MONTAZGO {bas). Et VOUS votre bailli.

Ils se serrent la main, COVADENGA {se levani).

Messieurs les conseillers de Castille, il importe. Afin qu'aucun de nous de sa sphère ne sorte, De bien régler nos droits et de faire. nos parts.

20 Le revenu d'Espagne en cent mains est épars.

C'est un malheur public. Il y faut mettre un terme. Les uns n'ont pas assez, les autres trop. La ferme Du tabac est à vous, Ubilla. L'indigo Et le musc sont à vous, marquis de Priego.

25 Camporeal perçoit l'impôt des huit mille hommes, L'almojarifazgo, le sel, mille autres sommes, Le quint du cent de l'or, de l'ambre et du jayet.

A Montazgo.

Vous qui me regardez de cet œil inquiet. Vous avez à vous seul, grâce à votre manège,

50 ItUY BLAS.

L'impôt sur Tarsenic et le droit sur la neige; Vous avez les ports secs, les cartes, le laiton. L'amende des bourgeois qu'on punit du bâton, La dîme de la mer, le plomb, le bois de rose !... — S Moi, je n'ai rien, messieurs. Rendez- moi quelque chose !

Le Comte de CaMPOREAL {éclatant de rire).

Oh ! le vieux diable ! il prend les profits les plus clairs. Excepté l'Inde, il a les îles des deux mers. Quelle envergure ! il tient Mayorque d'une griffe. Et de l'autre il s'accroche au pic de Ténériffe !

COVADENGA (/échaujfanf),

lo Moi, je n'ai rien !

Le Marquis de Priego {nanf).

Il a les nègres !

Tous se lèvent et parlent à la fois ^ se querellant,

Montazgo. Je devrais

Me plaindre bien plutôt. Il me faut les forêts !

COVADENGA {au marquis de Priego),

Donnez-moi l'arsenic, je vous cède les nègres !

Depuis quelques instants^ Ruy Bias est entré par la Porte du fond et assiste à la scène sans être vu des interlocuteur*. Il est vitu de ve* lours noir^ avec un manteau de velours écarlate : il a la plume blanche au chapeau et la toison d'*or au cou. Il les écoute d'' abord en silence: puis^ tout à coup^ il s* avance à pas lents et paraît au milieu eTeux au plus fort de la querelle,

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