ACTE III, SCENE IL
Oh! léve-toi ! viens voir ! — Les bons font place aux pires. Ce royaume effrayant, fait d'un amas d'empires, Penche...Il nous faut ton bras ! au secours, Charles- Quint !
Car l'espagne se meurt, car TEspagne s'éteint 1 5 Ton globe, qui brillait dans ta droite profonde, Soleil éblouissant qui faisait croire au monde Que le jour désormais se levait à Madrid, Maintenant, astre mort, dans l'ombre s'amoindrît, Lune aux trois quarts rongée et qui décroît encore,
lo Et que d'un autre peuple effacera l'aurore! Hélas ! ton héritage est en proie aux vendeurs. Tes rayons, ils en font des piastres ! Tes splendeurs, On les souille ! — O géant ! se peut-il que tu dormes ? On vend ton sceptre au poids ! un tas de nains difformes
15 Se taillent des pourpoints dans ton manteau de roi ; Et l'aigle impérial, qui, jadis, sous ta loi. Couvrait le monde entier de tonnerre et de flamme. Cuit, pauvre oiseau plumé, dans leur marmite infâme !
Les conseillers se taisent consternés. Seuls^ le marquis de Priego et le comte de Camporeal redressent la tête et regardent Ruy Bias avec colère. Puis Camporeal^ après avoir parlé à Priego^ va à la table^ écrit quelques mots sur un papier ^ les signe et les /ait signer au marquis.
Le Comte de Camporeal {désignant le marquis de PHego et remettant le papier à Ruy Bias).
Monsieur le duc, — au nom de tous les deux, — ^voici 20 Notre démission de notre emploi.
Ruy BLAS {prenant U papier froidement).
Merci !
Vous vous retirerez, avec votre famille,
A Priego.
Vous, en Andalousie, —
A Camporeal.
Et vous, comte, en Castille.
25 Chacun dans vos états. Soyez partis demain.
Les deux seigneurs sHnclinent et sortent fièrement^ le chapeau sur la tête. Ruy Bias se tourne vers les autres conseillers.
Quiconque ne veut pas marcher dans mon chemin Peut suivre ces messieurs.
Silence dans Us assistants. Ruy Bias s'assied à la table sur une chaise ^ dossier placée à droite du /auffnU royal^ et s'occupe à décaçhffçr
une c&rrtspondance. Pendant qu'il parcourt les lettre» V une apris V autre t Covadenga^ Arias et Ubilla échangent quelques paroles à voix basse,
Ubilla {à Covadenga^ montrant Ruy Bias),
Fils, nous avons un maître.
Cet homme sera grand.
Don Manuel Arias. Oui, s'il a le temps d'être.
COVADENGA.
Et s'il ne se perd pas à tout voir de trop près. Ubilla.
5 II sera Richelieu !
Don Manuel Arias.
S'il n'est Olivarez !
Ruy BLAS {après avoir parcouru vivement une lettre qu^il vient d'* ouvrir).
Un complot ! qu'est ceci ? Messieurs, que vous disais-je ?
Lisant,
— ... " Duc d'Olmedo, veillez. II se prépare un piège " Pour enlever quelqu'un de très grand de Madrid."
Examinant la lettre.
10 — On ne nomme pas qui. Je veillerai. — L'écrit Est anonyme.
Entre un huissier de cour qui s*approehe de Ruy Bios avec ftnc PrO'
fonde révérence.
Allons ! qu'est-ce ?
L'Huissier. A votre excellence
J'annonce monseigneur l'ambassadeur de France. Ruy Blas.
15 Ah ! d'Harcourt ! Je ne puis à présent. L'Huissier {s' inclinant). Monseigneur,
Le nonce impérial dans la chambre d'honneur Attend votre excellence.
Ruy Blas. A cette heure ? impossible.
L* huissier s'*incline et sort. Depuis quelques instants^ un Page est entré, vêtu d^une livrée couleur éUfeu à galons d^ argent^ et s*est approché de Ruy Bias,
Ruy Blas {t apercevant).
20 Mon page ! — ^Je ne suis pour personne visible. Le Page {bas).
Le comte Guritan, qui revient de Neubourg.,,
Ruy Blas {avec un geste de sursise).