‹ Ruy BlasChapitre 76 sur 98 · ACTE r, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE r, SCENE III

RUY BLAS {désespéré).

Madame, hélas ! Qu'avez-vous fait ?

Don SALLUSTE {i avançant à peu Unts vers la reine).

Je vous tiens. — Mais je vais parler, sans lui déplaire. A votre majesté, car je suis sans colère. Je vous trouve, — écoutez, ne faisons pas de bruit, — 5 Seule avec don César, dans sa chambre, à minuit. Ce fait, — pour une reine, — étant public, — en somme, Suffit pour annuler le mariage à Rome.

Le saint-pére en serait informé promptement. Mais on supplée au fait par le consentement, lo Tout peut rester secret.

Il tire de sa poche un parchemin qu'il déroule et quUl présente à la

reine.

Signez-moi cette lettre Au seigneur notre roi. Je la ferai remettre. Par le grand écuyer au notaire mayor.

Ensuite, une voiture, où j'ai mis beaucoup d'or,

Désignant le dehors,

15 Est-là. — Partez tous deux sur-le-champ. Je vous aide.

Sans être inquiétés, vous pourrez par Tolède

Et par Alcantara gagner le Portugal.

Allez où vous voudrez, cela nous est égal.

Nous fermerons les yeux. Obéissez. Je jure 20 Que seul en ce moment je connais l'aventure ;

Mais, si vous refusez, Madrid sait tout demain.

Ne nous emportons pas. Vous êtes dans ma main.

MontratU la taàle^ sur laquelle il y a une écritoire.

Voilà tout ce qu'il faut pour écrire, madame.

La Reine {atterrée^ tombant turU fauteuil),

24 Je suis en son pouvoir !

Don Salluste. De vous je ne réclame

Que ce consentement pour le porter au roi.

Bcu^ à Ruy Blas^ qui écoute tout immobile et comme frappé de la

foudre.

Laisse-moi faire, ami, je travaille pour toi.

'A la reine.

Signez.

La Reine {tremblante, à pari).

29 Que faire ?

Don SALLUSTE (x« ptnckafU à son oreille et lui présentant une plume).

Allons! qu'est-ce qu'une couronne?

Vous gagnez le bonheur, si vous perdez le trône. Tous mes gens sont restés dehors. On ne sait rien De ceci. Tout se passe entre nous trois.

Essayant de lui mettre la plume entre les dotais sans çu"* elle la répousse

ni la prenne,

5 Eh bien?

La reine^ indécise et égarée^ le regarde avec angoisse.

Si vous ne signez point, vous vous frappez vous-même. Le scandale et le cloître !

La Reine {accablée). O Dieu !

Don Sallvste {montrant Xuy Bias). César VOUS aime, lo II est digne de vous. Il est, sur mon honneur.

De fort grande maison. Presque un prince. Un

seigneur Ayant donjon sur roche et fîef dans la campagne. Il est duc d'Olmedo, Bazan, et grand d'Espagne...

Il pousse sur le parchemin la main de la reine éperdue et tremblante^

et qui semble prête à signer.

Ru Y BLAS {comme se réveillant tout à coup).

Je m'appelle Ruy Bias et je suis un laquais!

A rrackant des mains de la reine lapiume^ et le parchemin qu'il déchire,

15 Ne signez pas, madame! — Enfin ! — ^Je suffoquais! La Reine.

Que dit- il ? Don César !

Ruy BlAS {laissant tomber sa robe et se montrant vêtu de la livrée. Sans épée).

Je dis que je me nomme Ruy Bias, et que je suis le valet de cet homme !

Sè tournant vers don Salluste.

Je dis que c'est assez de trahison ainsi, 20 Et que je ne veux pas de mon bonheur ! — Merci ! — Ah ! vous avez eu beau me parler à l'oreille ! — Je dis qu'il est bien temps qu'enfin je me réveille. Quoique tout garrotté dans vos complots hideux, Et que je n'irai pas plus loin, et qu'à nous deux, 25 Monseigneur, nous faisons un assemblage infâme. J'ai l'habit d'un laquais, et vous en avez l'âme !

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