BIBLIOTHÈQUE DE LONGUERUE
Louis Dufour de Longuerue naquit en 1642 à Qiarleville, où son père, Pierre Dufour de Longuerue, seigneur de Goisel, commandait pour le Roi.
On parla de lui dès son enfance, comme d'un nouveau Pic de la Mirandole. Sa réputation fit même tant de bruit à cet égard, que le Roi témoigna le désir de s'entretenir avec lui.
Le fait est que, devenu homme, il tint un rang élevé parmi les savants de ce siècle savant.
Dès qu'il fut en âge de prendre un état dans le monde, le Roi lui donna l'abbaye de Sept-Fontaines et plus tard celle de Saint-Jean-du-Jars-lès-Melun.
Sa maison du faubourg Saint-Jacques était ouverte à tous les érudits, et Longuerue avait même formé, dans sa bibliothèque, une espèce de petite académie où se débattaient, entre amis, les questions dont s'occupaient alors les esprits lettrés.
Le Longuéruana fut même composé en grande partie des souvenirs que ses amis avaient conservés de ces conversations. Le ton en était souvent enjoué et familier, et on y riait volontiers.
Longuerue avait une expression favorite qu'il ne manquait jamais d'appliquer à chaque méchant ouvrage dont on venait à parler : Carta cacata, disait-il, et le livre était jugé tout aussi vertement que le sonnet d'Oronte.
Un jour c'était le Traité des Animaux de Bochart, qu'on avait fnis sur le tapis. Ce livre plein d'erreurs énormes est
rempli de figures d'animaux que l'assemblée s'occupait à examiner.
— Quel est, demanda le professeur Ducoudray, la plus grosse béte dont les figures sont représentées dans cet ouvrage?
L'un nomma l'éléphant, l'autre un autre.
— Eh ! non, Messieurs, c'est celle-ci, répliqua Ducoudray, en ouvrant le livre à la première page, où se trouve le portrait de l'auteur.
Longuerue avait conçu un si grand amour pour ses livres et ses réunions d'amis, qu'il écrivait un jour à l'un de ces correspondants : « Je ne sors plus pour avoir toujours mes livres auprès de moi. »
Il rapporte lui-même une particularité, qui n'est pas sans intérêt pour l'histoire de la reliure.
« J'ai, dit-il, un Trésor grec d'Estienne qui a quelque chose d'unique ; c'est qu'il est relié en deux gros volumes, avec de la corde à boyaux, et comme ces filets prêtent, quelque massif qu'il soit, le volume s'ouvre dès qu'on le met sur une table, jusqu'au fond comme s'il n'avait que cinq ou six feuilles.
« Un de mes amis en voulut faire de même de la Concordance de Calvasis; mais Le Vasseur, quoique le plus habile relieur de Paris, n'en put venir à bout et lui gâta son livre. »
Longuerue est mort le 22 novembre 1733.
Le catalogue de sa bibliothèque a été publié à Paris en 1735, in-12.