BIBLIOTHÈQUE DE MAROLLES
La bibliothèque de Michel de Marolles, abbé de Villeloin, était celle que M. de Cornac, son prédécesseur, avait léguée à l'abbaye et dont M. de Marolles obtint la jouissance, sa vie durant, moyennant qu'il payerait une rente, affectée à des messes, égale à celle qu'un autre abbé, M. de La Rochefoucault, avait instituée dans le même but.
Ayant obtenu cette bibliothèque, il fit construire, moyennant 1000 écus, une galerie pour la loger, et il l'orna des portraits des plus doctes personnages de tous les temps. Ces portraits furent exécutés par un peintre de Lyon, nommé Vande, qui était de passage dans le pays. Il y avait fait ajouter i5o écussons portant les armoiries des principales villes de l'Europe, placés le long des murs au-dessous des solives. M. de Marolles enrichis-
sait sa bibliothèque d'excellents livres que les meilleurs auteurs, ses amis, lui offraient (on en trouve le catalogue dans le 3 e volume de ses Mémoires publiés par l'abbé Gouget, 1755, in- 12), et d'extraits manuscrits faits par lui ou sous ses yeux. Ainsi, par exemple, André Duchesne trouva un grand secours, pour sa collection des historiens de France, dans les curieux extraits des titres de Nevers relevés par M. de Marolles.
On sait qu'à ses livres M. de Marolles avait ajouté une colleclection d'estampes, portraits, sujets historiques, vues, costumes, ornements, oiseaux, architecture, cartes, plans, etc., dont la partie la plus curieuse est entrée dans la bibliothèque du Roi.
Voici comment il en parle lui-même :
« Dieu m'a fait la grâce que, pour aimer les images, je n'y ai point mis de superstition, et j'en ai fait un recueil si prodigieux, qu'elles se montent à plus de 70,000; mais c'est d'images en taille-douce sur toutes sortes de sujets. Je commençai à m'adonner à cette sorte de curiosité dès l'année 1 644 : et je l'ai si bien cultivée depuis ce temps-là, et avec si grande dépense pour moy qui n'ay pas beaucoup de bien, que je puis dire sans exagération en avoir de tous les maîtres qui se sont pu trouver, qui sont au nombre de plus de 400. »
Plus loin, il ajoute qu'il a préféré la passion des images à celle des tableaux qu'il ressentait aussi, parce que la première s accorde mieux avec le goût des bibliothèques et qu'elle sert à les» accroître et les perfectionner.
La bibliothèque de Michel de Marolles avait eu pour fondement celle qui lui venait de son père Claude de Marolles. EUe était peu nombreuse, mais composée de bons livres parmi lesquels on peut citer : la traduction d'Homère de Certon, le Grand Olympe, les Métamorphoses d'Ovide de la traduction de F. Habert, Ronsard, du Bartas, Robert Garnier, le Plutarque d'Amyot, Montaigne, ÏHistoire de France de du Haillan, YAmadis de Gaule, etc.
Michel dé Marolles enfant avait dévoré toute cette pâture poétique et dès l'âge de 9 ans il savait déjà faire valoir ce qu'il avait appris et s'en prévaloir assez judicieusement dans la conversation de grandes personnes.
Ainsi, au baptême de Claude de Rochefort, fils de François de Rochefort, baron de Luçay, et l'arrière grand-père de notre contemporain Henri de Rochefort, Michel de Marolles Ait fort loué de la compagnie pour avoir appliqué à la marraine de l'enfant, M 08 Charlotte d'Estampes de Vallençay — depuis M»" de Puy- *ieux — une belle comparaison tirée de la fable d'Eole et les Zéphirs.
Outre la passion des collections, M. de Marolles avait la démangeaison de faire imprimer — l'expression est de Ménage ; — il faisait imprimer jusqu'à des listes de ses amis et connaissances, avec leur adresse.
Ménage disait encore de lui : « Ce que j'estime des ouvrages de M. de Villeloin, c'est qu'il sont reliés avec une grande propreté, dorés sur tranche : cela satisfait beaucoup la vue. »