‹ Rymaille sur les plus célèbres bibliotières de Paris en 1649; avec des notes et un essai sur les autres bibliothèques particulières du tempsChapitre 134 sur 193 · BIBLIOTHÈQUE DE MÉNAGE · texte numérisé non relu

BIBLIOTHÈQUE DE MÉNAGE

Gille Ménage commença très-jeune sa bibliothèque. 11 n'était encore qu'un petit avocat à Angers, qu'il passait déjà ses heures de loisir chez un libraire du Palais de cette ville, recueillant les ouvrages les plus célèbres des anciens et des modernes, — ce que nous appelons aujourd'hui bouquiner.

Michel de Marolles rapporte avec une aimable bonhomie, qui n'est pas complètement dépourvue de vanité, la joie qu'il eut un beau matin de l'an i635, en rencontrant « ce fort honneste jeune homme qui achetoit à côté de lui son Lucain de l'édition de 1623. »

Ménage a vécu parmi les livres, et il y a puisé du savoir tant et tant qu'il n'y avait presque plus de place dans son esprit pour les idées qui lui étaient propres.

« Tout cela est admirable, lui dit un jour Mme de RambouiL let qui lavait écouté pendant une heure, mais ne pourriez- vous - présent nous dire quelque chose dç vous? »

— io5 —

Une seule fois peut-être il faillit oublier un instant ses livres . ce fut pour Mme de Sévigné.

Les beaux bras et les belles grâces de cette aimable femme d'esprit pensèrent mettre le feu à ce magasin d'érudition.

Il avait, d'ailleurs, de 'singulières manies et servait souvent malgré son savoir, de bouffon involontaire dans les sociétés.

Une de ses grandes manies était l'étymologie. Dieu sait combien il en a tiré, non pas au clair, mais... aux cheveux.

Quand le mot brocanteur commença à être usité, Ménage fut au désespoir de ne point parvenir à en déterminer l'origine.

On a prétendu que ce chagrin empoisonna ses derniers jours.

Au moment de mourir (23 juillet 1692), Ménage fit son testament et légua sa belle et bonne bibliothèque aux Jésuites de la maison professe de Saint-Louis.

Les auteurs latins, grecs et italiens occupaient une grande place dans la bibliothèque de Gille Ménage, les grecs surtout, car il professait un culte pieux pour cette langue. C'est au point que la première question qu'il adressait à quiconque lui présenttait un homme de mérite était infailliblement celle-ci :« Entendil le grec? » Molière riait beaucoup de cette affectation et Longuerue affirme qu'il avait donné primitivement à ses deux savants ridicules, Trissotin et Vadius les noms de Tricotin et Magius, ce dernier nom formant un diminutif de Menagius.

io8. BIBLIOTHÈQUE DE MÉRIDAT.

Nous rappelons cette bibliothèque d'après Le Gallois, qui la mentionne avec éloge, mais sans détails. M. de Méndat était conseiller au Grand Conseil.

Page 1