BIBLIOTHÈQUE DE MOLE
Mathieu Mole, premier préskient du Parlement de Paris, possédait une des plus belles bibliothèques de France. Elle était sur le pied de celles des Séguier, des de Mesme, etc. Il affectionnait les beaux livres, rares et curieux ; il les connaissait parfaitement, et dépensait des sommes considérables pour s'en procurer.
Ce grand homme savait se servir des livres et, par conséquent, en tirer ce qu'ils pouvaient contenir de bon; c'est d'après ses idées et sur ses conseils que Duchesne entreprit la collection des historiens de France. Les mss. de la bibliothèque de M. Mole lui furent d'un grand secours pour cette publication.
2ii. BIBLIOTHÈQUE DE MOLIÈRE.
M. Aimé Martin, dans sa belle édition de Molière, a écrit une étude sur ce grand homme, et il se plaît à y décrire les livres qu'il suppose avoir dû composer la bibliothèque d'un tel écrivain.
Cette recherche devait, en effet, tenter la fantaisie d'un biographe qui, comme Aimé Martin, connaissait Molière dans son déshabillé le plus intime.
Mais depuis la publication de ce document dépure imagination, un chercheur, M. Eudore Soulié, a eu la rare bonne fortune de mettre la main sur l'inventaire légal fait après le décès 4e Molière, dans ses deux domiciles de la rue Richelieu etd'Auteuil. Le chapitre relatif aux livres, tout en donnant raison à la plupart des suppositions de M. Aimé Martin, constitue un véri-
table catalogue de la bibliothèque de Molière, sauf, sans doute, les petites pièces facétieuses, les livres de lecture courante et de petit format que leur peu d'importance et leur valeur insignifiante auront fiait classer dans les lots et les et cœtera.
Voici le catalogue des livres de la bibliothèque de Molière, tel qu'il résulte des pièces notariées recueillies et publiées par M . Eudore Soulié :
Dans sa maison d'Auteuil :
Plutarque, 3 vol. in- fol.
Hérodote, in-fol.
Diodore de Sicile, % vol. in-fol.
Caesar, Commentaires, in-4*.
Horace, œuvres, in-4 # .
Ovide, Métamorphoses, in-foL
Valère Maxime, in-fol.
Montaigne, œuvres, in-fol.
Balzac, 2 vol. in-fol.
Rohault, Traité de physique, in-4 .
Voyage du Levant, in-4 # .
Dans l'appartement de la rue Richelieu
La sainte Bible, avec figures, in-fol.
Dioscoride, 2 vol. in-fol.
Lucien, œuvres, in-4 Q .
Héliodore, in-fol.
Térence, comédies, in-fol.
Virgile, œuvres, 3 vol. in-fol., en latin, avec les commentaires de La Cerda.
Sénèque, 2 vol. in-fol.
Tite-Live, 2 vol. in-fol.
Juvénal, in-fol.
Cassiodore, Traité de 1 ame, in-fol.
La Mothe-le-Vayer, œuvres, 2 vol. in-fol.
Scudéry, Alaric, in-fol.
Corneille, 2 vol. in-fol.
Antiquités romaines, in-fol.
Calepin, Dictionnaire italien et latin, 2 vol. in-fol.
Divers ouvrages comiques français, italiens, espagnols, etc.,
240 vol.
Poésies de divers auteurs, quelques volumes.
Dictionnaires et Traités, 20 volumes.
Histoires de France, d'Espagne, etc., quelques volumes. Relations de voyages, 8 vol. in-4.
En tout, environ 400 volumes.
La répartition de ces ouvrages dans ses deux bibliothèques de ville et de campagne suffirait seule pour indiquer, dans la vie intellectuelle de Molière, la part qu'il faisait au travail professionnel et aux délassements littéraires.
A Paris, au centre de ses occupations, il réunit les ouvrages dont la lecture est pour lui un enseignement et un guide : les philosophes qui donneront l'élan à sa pensée, les poètes, les comiques, les satiriques, les romanciers qui éveilleront son imagination et lui apprendront l'art d'aiguiser les traits de son esprit.
C'est Virgile, le maître incomparable de la composition littéraire; c'est Térence, c'est Juvénal, c'est Corneille, Tite-Live, Sénèque, et enfin Lucien, l'inimitable railleur, an et délicat, dont les écrits caractérisent si bien le goût attique, et dont l'ironie douce effleure l'épiderme sans jamais le déchirer.
A Auteuil, au contraire, sous les ombrages favorables au repos et aux saines méditations, il se complaît dans un entretien fécond avec les historiens de la Grèce et de Rome, avec Horace, avec Ovide, et surtout avec Balzac et Montaigne, dont la lecture charme son esprit et son cœur par le bon sens et l'honnêteté de leur philosophie; tandis qu'elle séduit son goût par la perfection d'un style sans pareil.
La découverte de ce catalogue, si incomplet qu'il soit, ouvre des horizons nouveaux aux études des historiens littéraires, et contribuera pour une large part à une connaissance plus approondie, plus intime surtout de l'illustre auteur du Misanthrope.
2i2. BIBLIOTHÈQUE DE MONCHAL.
.M. de M on chai, maître des requêtes de l'hôtel du Roi, frère de M. de Monchal, archevêque de Toulouse, était un collectionneur actif et éclairé de livres rares.
Sa bibliothèque avait de l'importance.
2i3. BIBLIOTHÈQUE DE LA MONNOYE.
Bernard de La Monnoye, né le 1 5 juin 1641, mort en 1728, connaissait à fond tous les livres rares, curieux et recommandablés par quelque endroit; personne n'était plus versé que lui dans l'histoire littéraire, et ce qu'il y avait d admirable, dit l'auteur de son Éloge, c'était l'exactitude et la précision avec lesquelles il possédait tout cela.
On sait par le témoignage de Gravelot, le dessinateur, que M. de La Monnoye, ayant mis de grosses sommes en livres — car il avait une admirable bibliothèque — et ayant vu engloutir sa fortune dans le désastre de Law, fut obligé d'offrir sa bibliothèque en vente. M. Glucq de Saint- Port, informé de cette circonstance, s'empressa de l'acheter moyennant une somme de 10,000 livres, dont il lui servit la rente; mais il eut la générosité d'exiger que La Monnoye en conservât l'usage sa vie durant.
Le remboursement du capital eut lieu après la mort de La Monnoye, en faveur de son fils.
M. le duc de Villeroy, apprenant vers la même époque la situation plus que médiocre de ce savant homme, constitua en sa faveur une pension viagère de 600 livres, quoiqu'il ne le connût pas personnellement. Lorsque La Monnoye voulut l'en remercier, M. de Villeroy l'interrompit aux premiers mots en disant : « C'est moi, Monsieur, qui suis votre débiteur (*). »
Les livres de M. de La Monnoye, élégamment reliés en veau
(1) Ces renseignements sont extraits d'une lettre de La Monnoye, du 18 mars 1822, dont M Prosper Blanchemain a bien voulu me signaler l'existence .
fauve, portent aux angles des plats un petit ornement doré, et sur la page de garde la devise A Delio Nomen, anagramme de son nom.
Ils se retrouvent fotrs dans le catalogue de la vente de M. Glucq de Saint-Port, dressé par Boudot. Paris, PruuH, 1749, in-8°.