‹ Rymaille sur les plus célèbres bibliotières de Paris en 1649; avec des notes et un essai sur les autres bibliothèques particulières du tempsChapitre 190 sur 193 · BIBLIOTHÈQUE DE L'ABBÉ DE LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

BIBLIOTHÈQUE DE L'ABBÉ DE LA CHAMBRE

L'abbé de La Chambre, fils de Marin Cureau de la Chambre, offrit au monde lettré un singulier exemple de ce que la réputation seule d'homme de goût et de bel esprit peut faire pour celui qui la possède. Il fut élu à l'Académie française sans avoir jamais rien écrit.

1. Note communiquée par M. Bosvieux, juge au tribunal de Schlestaldt.

Ce n'est pas que l'envie lui en eût manqué. Il avait même composé un livre fort curieux sans doute sur la vie et les ouvrages du cavalier Bernin qu'il avait beaucoup connu à Rome. Mais quand il revint en France avec l'intention de le faire imprimer, il se trouva que les œuvres du célèbre artiste n'étaient plus à la mode et, dans la crainte de n'avoir pas de lecteurs, il renonça à son projet.

Son ami Bonaventure d'Argonne (Vigneul-Marville) affirme que, s'il n'a jamais produit que trois ou quatre sermons, c'est uniquement à sa paresse naturelle qu'il faut s'en prendre. Il avait des idées à revendre, et, comme il était né généreux, il les donnait avec libéralité à ceux qui voulaient les utiliser.

On pourrait dire de ce bon abbé qu'il était un académicien consultant.

Il voulait qu'en écrivant on effaçât beaucoup, assurant que « les ratures sur un manuscrit sont des mouches qui siéent bien aux Muses. »

La grande inclination de l'abbé de La Chambre, dit Vigneul- Marville, était pour les livres italiens et espagnols, et sa bibliothèque était pleine des plus rares et des plus beaux.

Il y joignait les tableaux, les estampes et les sculptures antiques, et il avait ouvert un véritable musée dans sa maison du quai Conti, où les amateurs avaient toutes les facilités possibles pour les venir admirer.

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