BIBLIOTHÈQUE DE GILBERT GAULMIN
Gilbert Gaulmin, doyen des maîtres des requêtes, était bon poëte latin et écrivait même en grec. Il était très-Versé dans l'étude des langues orientales et, par-dessus tout, grand nouvelliste. Il avait l'habitude de pérorer au Luxembourg au milieu d'un groupe de curieux empressés à l'entendre.
On a de lui des ouvrages traduits du grec en latin, entre autres le roman d'Ismène et Isménias, dont il possédait un manuscrit et qu'il publia en 1 6 1 8 Ses épigrammes latines eurent une sorte de célébrité. En voici une qui est toute bibliographique et trouve naturellement sa place ici. Gaulmin la composa à l'occasion de
la vente des livres de Mazarin, ordonnée par le Parlement; l'indignation du bibliophile y parle encore plus haut que la mauvaise humeur du partisan de Mazarin.
Juliades toto libros dum colligit orbe Et vocat Aonisrs ad sua tecta Deas, Tecta, Deas, Libros in fa mi Curia lege Vendidit, in medio : prostituitque foro.
Hoc sceleris praetium, saevi commercia pacti, Diraque promissas auctio monstrat opes.
Nec mirere nefas, emptus prcbat empta senatus, Vendidit hic libros, vend ère Jura solet .
On a de Gilbert Gaulmin un poëme latin sur V Immortalité de l'âme. Il le composa à la Bastille où il demeura quelque temps prisonnier d'État.
Colomies rapporte à ce sujet un fait assez bizarre qu'il tenait du P. Jacob, auteur du Traité des Bibliothèques.
Gaulmin avait d'abord commencé ce poëme en grec, mais la nuit suivante il rêva qu'un ancien auteur grec avait écrit sur ce sujet un traité en vers, qui se trouvait manuscrit dans la bibliothèque royale de Stockolm. Il s'informa auprès de Grotius, alors ambassadeur de Suède, et il se trouva que le fait était réel.
La Bibliothèque de Gaulmin, l'une des plus riches de son temps, contenait i , 100 manuscrits orientaux dans les différentes langues de l'Asie, et 60 5 volumes imprimés dans les mêmes langues. C'est dans la précieuse collection formée par Gaulmin que Colbert trouva plus tard le principal fonds de sa bibliothèque particulière; mais il est juste de dire que ce ministre acheta seulement pour son propre compte les pièces qu'il n'avait pas cru devoir retenir pour la bibliothèque du Roi. Parmi ceux qui entrèrent dans le cabinet du Roi, il y avait 461 manuscrits arabes, persans et turcs ; 127 hébreux et 2 grecs.
Les initiales de Gilbert Gaulmin, ou quelquefois son nom tout entier, se trouvent toujours sur l'angle de droite du titre des livres qui lui ont appartenu.