BIBLIOTHÈQUE DE CORBIN
Jacques Corbin, avocat au Parlement, mourut en i653. Il est auteur d'une traduction de la Bible, d'une Histoire des Chartreux et de fort méchants vers.
Il plaida dès l'âge de quatorze ans, sur quoi Martinet fit cette épigramme :
Vidimus attonito puerum garrire senatu.
Bis pueri, puerum qui stupuere senes.
4 i. BIBLIOTHÈQUE DE MOREAU.
René Moreau, docteur et professeur royal en médecine. Il avait, dit le P. Jacob, une bibliothèque accomplie pour les livres de médecine et de philosophie. Guy Patin affirme, dans une de ses Lettres à M. Spon, que Moreau n'avait jamais eu d'ouvrages de théologie, et qu'il marquait une grande aversion pour toute controverse de religion.
Il laissa sa bibliothèque à son fils le médecin, dans sa part d'héritage, sur l'estimation de i5,ooo francs. Celui-ci s'empressa de la mettre en vente, et quatre libraires associés la prirent pour la somme de 24,000 francs. Ces libraires profitèrent de la foire pour la mettre en étalage le lundi 19 février 1660 ; mais avant qu'ils eussent commencé à la vendre, M. Fouquet, procureur général, leur acheta en bloc tous les livres de médecine, moyennant 10,000 francs.
Les libraires firent sur l'ensemble de cette bibliothèque un bénéfice de 4,000 écus.
En apprenant que ces ouvrages précieux étaient exposés dans une boutique de la foire, Guy Patin ne put s'empêcher de citer ce fragment devers de Lucain, parlant de Pompée: « Magni hominis umbra. »
Moreau, le fils, ne garda de la bibliothèque de son père que les ouvrages composés ou annotés par lui. Colomies cite une École de Salerne, de Jean de Milan, beaucoup plus ample que les éditions publiées jusqu'alors, et qu'il supplie Moreau de rendre publique.
Parmi les raretés qu'il avait conservées, La Caille cite un manuscrit qu'on lui a fait examiner, et qui est surtout intéressant par le grand prix qu'y avaient attaché ses premiers possesseurs, comme on le faisait d'ailleurs à tous les manuscrits antérieurs à l'introduction de l'imprimerie.
Cet ouvrage avait pour titre le Pèlerinage de la vie humaine, par le P. Guillaume de Guilleville, religieux de Chaalis en Valois. A la fin du volume était écrit un acte de donation dudit livre fait par Lantimer, de Gisors, à Guillaume Tuleu, procureur de THôtel-Dieu de Paris, à la date du 2 novembre 1447, à la charge, qu'à perpétuité, l'Hôtel- Dieu de Paris assurerait des messes audit Lantimer, à sa femme et à ses enfants, à son
père et à sa mère, à ses amis et bienfaiteurs, et spécialement à son parrain, feu maître Nicolle Ducar, de son vivant chirurgien du roi Charles VI!. C'est probablement à FHôtel-Dieu que Moreau le père avait obtenu cette rareté pour sa bibliothèque.