BIBLIOTHÈQUE DE GUY PATIN
Le P. Jacob nous apprend que la bibliothèque de Guy Patin excédait 6,000 volumes en 1 644 ; mais l'illustre épistolaire l'augmentait journellement, car il en faisait ses délices, et l'on peut suivre, dans ses Lettres à Spon ou à Falconnet, les développements qu'elle prenait pour ainsi dire de mois en mois. Dans une lettre datée de i65o, il dit avoir sur ses rayons 10,000 volumes, dont 1,600 in-folio. « Les livres de médecine, dit-il dans une
autre lettre, de philosophie et d'humanités, forment le fondement de ma bibliothèque. »
Nous avons en préparation une petite étude dont l'élaboration est pour nous l'objet du plus vif intérêt. C'est la reconstruction du Catalogue raisonné des livres de ce célèbre bibliophile, à l'aide des matériaux épars dans ses Lettres.
La bibliothèque de Guy Patin fit assez de bruit, dans la république des lettres, pour déterminer quelques auteurs à en publier un éloge. On en trouve surtout un très-étendu et que Guy Patin signale en tête d'une dissertation contre les remèdes chimiques, publiée en i65i. Victor Palu, l'un des défenseurs de l'Antimoine, y prit texte au contraire pour attaquer le rude adversaire de ce trop fameux remède, dans un libelle intitulé : Bibliotheca Patinica. Cet opuscule était devenu si rare, dès son apparition, que Guy Patin se plaint de n'avoir jamais pu s'en procurer qu'un exemplaire manuscrit.
Il appelait Y Histoire de Pline la Bibliothèque des pauvres, et assurait qu'en y ajoutant Aristote, Plutarque et Sénèque, on possédait la famille complète des bons livres anciens.
Parmi les modernes, il plaçait au-dessus de tout Rabelais, qu'il nommait Y Auteur françois; Montaigne, Erasme, Charron, l'Hospital, Scaliger, de Thou, Casaubon, Passerat, Gassendi,Muret, Saumaise, Grotius, Fernel, Naudé, Nicolas Piètre et Riolan.
« Voilà, écrivait-il, les dieuxtutélairesde ma bibliothèque,» et en effet il avait-fait faire leurs portraits pour décorer son étude.
A la mort de Guy Patin, on trouva chez lui plus de 1 5,ooo volumes, qui furent dispersés en plusieurs mains ; les enfants de son fils Robert et son fils Charles en eurent une partie
Outre un certain nombre de manuscrits précieux sur la médecine, il possédait aussi des recueils, formés par lui et par quelques amis, des bons mots de Bourbon, Grotius et Naudé. C'est sur ces notes que les Borboniana Grotiana et Naudeana furent compilés.