A. — BRUITS SURAJOUTÉS
Bruits de galop.
En dehors du dédoublement du second temps, avec son bruit dit de rappel, une des modifications les plus importantes du rythme des bruits du cœur par adjonction d’un temps sonore surajouté est représenté par le bruit de galop.
Quelque rapport que semblent avoir les dédouble-
monts et les : galops, il ne faut pas les assimiler les uns aux autres. Ce sont des phénomènes d’un ordre tout différent.
L’oreille suffirait déjà à les séparer, si leur mécanisme et les circonstances dans lesquelles on les constate ne variaient pas suffisamment.
. Comme le font remarquer les auteurs, il ne faut pas confondre les bruits de galop et les dédoublements. Ceux-ci seuls dépendent vraisemblablement du défaut de synchronisme entre les valvules sigmoïdes aortiques et les pulmonaires, tandis que les premiers ressortissent à des conditions spéciales qui leur donnent un cachet particulier.
Dans le dédoublement du secondbruit, par exemple, les deux bruits se suivent rapidement l’un l’autre, avec timbre clair propre au second ton et aire de perception à la base; le bruit de galop est un rythme de la pointe, mais on peut ajouter qu’il ne s’entend en général que d’un seul côté, ce qui tout de suite montre- son indépendance avec les valvules, car il faudrait admettre que la même valvule claquât deux fois de suite.
Aperçu historique.
Le bruit de galop est une acquisition relativement récente de la séméiologie cardiaque, puisque son étude date seulement du mémoire de M. Potain, paru en 1875. Bouillaud, le connaissait déjà et le « faisait entendre jadis, eri lui appliquant ce nom de bruit de galop ». C’est donc à tort, que Fræntzel, dans
son mémoire sur le rythme de galop 1 et dans son récent traité, dénie à Bouillaud la connaissance de ce rythme et reproche aux auteurs français de le confondre avec le bruit de rappel que notre compatriote aurait seul décrit. L’auteur allemand avoue, en note, qu’il n’a pu lire la publication même de M. Potain et qu’il ne la connaît que par des comptes rendus. S’il ne s’élait pas servi que de livres de seconde main, il aurait vu que M. Potain consacre une page entière 2 à faire la distinction du bruit de rappel, par dédoublement du second bruit (dactyle), avec le bruit de galop (anapeste) par bruit diastolique surajouté, et qu’il témoigne que Bouillaud non seulement avait connu, mais aussi dénommé le phénomène. Bouillaud indiquait même son existence dans certains cas de dilatations cardiaques non liées à des lésions orificielles. -
Dès 1858, Traube l’aurait déjà décrit sans le dénommer et sans y insister, sauf dans une communication où il le désigne sous le titre de double ton diastolique et fait la distinction de ce double ton diastolique et du dédoublement du second ton.
Aux notions vagues sur la valeur séméiologique du bruit de galop, le premier mémoire de M. Potain est venu substituer la notion précise du rapport de ce rythme anormal des bruits du cœur avec la néphrite interstitielle, restée universellement adoptée, malgré les modifications successives de l’opinion
1. Ose. Fbæmtzf.i,. Ueber Galopprhythmus am Herzen. (Zeitschrift fiir klinische Medicin, 1881, Bd III.)!