‹ Rythmes et chants dans le renouveauChapitre 18 sur 23 · UN INITIÉ · texte numérisé non relu

UN INITIÉ

Je connais les liens secrets qui m'unissent à l'invisible.

Qu'est le monde des formes,

à côté de l'autre,

qui n'est qu'Amour, Amour et feu, dans le grand Amour qui est Dieu.

UN BOTANISTE dans la vallée.

Enfin vous réapparaissez,

douces aimées, ô tendres fleurs !

Voici des menthes, des muguets.

L'herbe sent bon, demain

le bois s'étoilera de jonquilles iet de jacinthes.

LE POÈTE

Oh plénitude supérieure !

Vivre la vie divine !

la révéler dans une œuvre suprême !

LE SCEPTIQUE REPENTANT

Ne plus retomber dans l'amertume de moi-même!

UNE MÈRE, assise au seuil de sa cliaumière, tenant son jeune enfant sur ses genoux

Ouvre tes jolis petits yeux clairs à la lumière du jour!

Ris et souris, mon bel amour, Le ciel est doré de promesses, la mouche danse aux carreaux verts, Ris et souris, mon bel amour, dans la lumière.

UNE JEUNE FILLE cliantC.

Oh bonheur des êtres!

L'avril vient de naître, c'est mai qui demiiin descendra la route et cueillera toutes les (leurs du jasmin.

DES LABOUREURS, près lie l'abreuvoif.

Les saints de fi^lace sont passés.

La brise est au levant.

UNE VIEILLE FEMME, à SOU petit- fils.

Commence ta prière au Bon Dieu, mon enfant.

Oh quelle joie!

Il y aura bientôt des roses blanches, des tulipes d'or rouge

et des volubilis.

LUI

Les oiseaux de l'espoir gazouillent dans les branches.

Quelle journée encor va s'offrir au bonheur f

ELLE

Jours de soleil, jours de jeunesse et de candeur 1

LUI

Tout mon cœur jeune et rayonnant s'ouvre à la vie.

D'un œil d'envie, je contemple tous ces jardins et ces ruisseaux et les petits toits bleus et rouges des hameaux.

Mes yeux suivent avec tendresse ces paysages d'allégresse, où s'ébattent les rossignols des plus doux mois.

ELLE

11 me semble entendre des voix nour, retentir dans mon âme.

de lumière et d'amour,

LUI

Le soleil, aigle d'or, sort de son nid de flamme,

il bondit dans l'espace, il gagne les hauteurs.

TLLE

Et moi, je sens bondir mon cœur ; il monte, il court, il va par les prairies, •

il s'élance vers le bonheur, il chante, il prie...

Oh clair matin !

Oh cher soleil !

Sur les coteaux

les cerisiers sont tout en th iirs.

Des cris d'oiseaux

partent en trilles d'or

des hêtres et des chênes.

Et le monde est comme un grand parc

peuplé d'invisibles l'onlaines.

L.> VIEUX POÈTE (:la>m<ji »;, [>f>uf qui 1(1 vie n\i pas eu que des sourires, récite les alexandrins qu'il vient de composer

L'anathème des cieux continue à descendre Sur mon cœur ulcéré qui saigne dans le noir. J'ai vu la terre en deuil s'eilactT sous la cendre Et mon bonheur passeï* comme le vent du soir.

Pourtant Pâques en fleurs a souri dans les branches,

Tout renaît, la lumière inonde le coteau,

L'anémone fleurit à côté des pervenches

Et l'Avril blond dan£:e et se mire au bord de l'eau.

La sève se réveille aux veines de la terre. Le rossignol, ami de la fleur du tilleul. Chante dans la douceur du vallon solitaire. Le soleil luit, mais moi je pleure et je suis seul.

Cependant je ne puis m'isoler de vos fêtes, Cher renouveau du monde, ô miracle annuel ! Malgré tout mon malheur je relève la tête Pour contempler encor la lumière du ciel.

Je me penche vers vous, doux songes de la vie !

Je veux à l'avenir jeter mon cri de foi,

Et dans mon dur exil mon âme inassouvie

O mon très cher amour, se tourne encor vers toi.

Souris donc, ô nature ; chantez, flûteaux des sources ! La voile rose et blanche est déjà sur la mer ; L'écho de la fontaine a joint ses mains de mousse Et réveille en tremblant tout mon vieux cœur amer.

J'aime ! le ciel est plein d'une grâce nouvelle, La fleur du hêtre étoile l'ombre du sous-bois. Mon espérance en pleurs ouvre tout grand ses ailes Et mon âme profonde entend encor ses voix.

Et pour mieux me mêler à la ferveur des choses,

Je m*agenouille sur la plaine à son réveil,

Et j'orne ton autel de lilas et de roses,

O Printemps qui souris dans les yeux du soleil.

Dans un jardin près de la ville, UN COUPLE éprouvé par la vie, dialogue de la façon suivante :

Détache de ton front ce bandeau de fleurs

[mortes, c'est la saison d'aimer, Avril frappe à ta porte...

Rejette au loin les floraisons du désespoir

et l'hiver, avec sa couronne d'astres noirs.

Souris aux clairs ruisseaux du printemps vert et pâle ;

écoute dans l'azur les musiques florales et les grelots légers

des violettes sous le> bois.

ELLE

J'écoute dans mon cœur l oiseau bleu d'autrefois, me chanter sa romance en trilles d'or et de silence.

LUI

Pourquoi rester sous le manteau de ta douleur î

Habille toi de feuilles tendres et de fleurs.

Cueille l'iris et les pervenches étoilées

et les beaux muguets blancs

sonnant par les vallées

les noces de la terre heureuse et du soleil. Le front rouge des houx flambe dans Tair vermeil.

Oui, mon cœur à son tour s'embrase d'espérance.

LUI

Vois, la rose à l'œillet odorant se fiance ; le monde est un grand parc offert à nos amours

où nous déroulerons le rosaire des jours,

pieux,

sous la rosace dor du ciel de flamme.

Déjà le vent léger

frissonne dans mon âme ; il s'exalte sur nous,

subtil comme Ariel, le vent, danseur ailé des carrefours du ciel.

LE COUCOU reprend au lointain:

cou... cou...

cou... cou...

cou... cou...

u?» PETIT GARÇON, couront devant son âne.

Hi, hi, hi !

Trotte mon baudet :

tu as quatre jambes, je n'en ai que deux et je trotte mieux que toi.

LUI

Le bonheur s'ouvrira sur toi. chère compagne,

parmi i'airpur des vallons bleus et des campagnes.

Le soir il fera doux, et nous dirons tous deux

des mots d'amour

aussi fervents que des aveux.

Le CHANT DE L ALOUETTE, à la finie du ciel.

Tire vire lire tire H tire li.

LE MYSTIQUE

J'éprouve une volupté indicible

à gravir léobt^lle d'a/ur des songes bénis, il me laisser emporter

par les grandes houl'^s «le ri-îlini.

LE POÈTE

Ho ! que mon cœur

se réjouisse !

que ma langue fasse éclater sa joie !

LE MUSICIEN

O Inspiration, ouragan de force et de joie!

Le ciel sera paré de feux comme une église, et sous le prisme d'or

du couchant qui s'irise,

je verrai l'avenir,

tout constellé d'espoir, se mirer dans le lac profond de tes yeux noirs.

Notre mystique amour fleurira sur la terre

tout parfumé d'encens et de divin mystère.

LUI

Des syrtes lumineux s'ouvriront devant nous ;

je te contemplerai, longuement,

à genoux.

Je serai ton élu, toi tu seras mon ange.

Je te dirai des mots profonds, des mots étranges...

LE MYSTIQUE

La réalité m'apparaît féconde,

liée à ce qui ne se voit pas.

LE POETE

Amour et vie !

Ferveur et joie

LE MYSTIQUE

Me perdre en Toi !

Vivre en Toi !

Aimer en Toi I

LE POETE r.T LE MUSICIEN

O Inspiration, ouragan de force et de joie î

LUI

Nous lixorons tous deux,

hors du temps qui s'enfiiil,

les yeux blancs du mystère au masque noir des nuits,

et perdusdans la paix nocturne qui s'embrase, éblouis de tendresse

et défaillants d'extase,

nous entendrons chanter

dans rinfini du ciel, les sept notes de feu

du cantique éternel.

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