L ERMITE DES HAUTEURS
Brisant leur prison de glace, les eaux se répandent dans la prairie ;
l'Astre annonciateur
des promissions glorieuses
paraît, et son visage émerveille les heures. 11 rayonne et sourit, et sa vue est un enchantement.
Il féconde la terre nourricière
dont le flanc tressaille en proie à la multitude des existences nouvelles.
La sève comme un vin généreux monte dans les branches rajeunies,
explose en feuilles et en fleurs.
Oh don inépuisable ! Oh magnificence !
La foudre se réveille
dans les hauteurs du ciel ;
la nuée fécondante s'embrase.
Le moucheron mène sa ronde dans un rayon,
la montagne est comme une mère qui va enfanter, et dans la vallée le fluteau des bergers retentit
en trilles d'allégresse.
Oh mon àme, goûte avec plénitude ce matin d'un beau jour ! élève-toi avec l'alouette à la cime du ciel,
et prie :
le monde n'est pas que le rêve d'un rêve, et la voix qui parle à l'esprit de l'homme
est pleine de tendresses cachées.
CHŒUR DES ESPRITS DE ZJl TERRE ET DES EAUX
Disséminés dans le vent ou dans l'élément liquide, nous animons toutes choses de l'éclair de notre joie.
C'est nous qui veillons sans fin sur la naissance des sources, et sur l'Ame des prairies qui frissonne en la rosée.
Battons des ailes en cadence sur l'éveil fleuri des jardins, animons l'écho des sous-bois de nos chansons et de nos rires.
Par la terre réveillée au grand souffle du printemps, emmêlons nos bleus essaims à l'essaim doré des guêpes.
LE POÈTE
La Lumière aux sept notes de feu chante dans mon âme. Oh grande lyre céleste, tu vibres sous les doigts du Créateur, dont le Verbe est un enchantement.
Je t'écoute sous le ciel offert à tous les prodiges.
J'ai quitté le logis sombre et dur
où dans la rigidité de l'hiver,
les symboles de la vie et toutes les ligures qui manifestent l'invisible me fixaient comme des fantômes.
Aujourd'hui c'est la vie palpitante qui se révèle... Un émoi religieux s'empare de tout mon être,
le souflle de l'amour m'a traversé de part en part, et Celui qui est m'apparaît visible dans son éternité vivante.
UN BLRGER chante
En triangle, les oies sauvages se dirigent vers le nord.
Heureux présage !
L'été avec sa face d'or va danser dans le paysage.
UN SCEPTIQUE REPENTANT
Je descends vers les prairies et les sources jaillissantes où l'écharpe d'Iris ondule et s'illumine.
m Til.MKS ET CIIAMS I)A>S LE IlENOUVEAU 11
Les guenilles du doute tombent; j'ai comme
un nouveau vêtement, parfumé de l'odeur des violettes
et tout fleuri de narcisses et de muguets. L'amère expérience des livres ne vaut pas cette révélation printanière.
Oh misère de moi-même, vas-tu prendre lin!
goûte la fraîcheur naïve des choses simples;
la nature est une jouvence, où se retrempe l'esprit lassé de se torturer en vain!
O esprit qui nie, magnétisme du mal,
que deviens-tu dans toute cette affirmation
Je suis las de tes énigmes, de tes sophismes, de tes incantations et de tes insidieux syllogismes. 0 soleil, ô grand exorciste, tu me débarrasses
de ce démon du doute qui tant atlligeait mes pensées.
Ta conjuration de lumière
a chassé mes ombres...
Le possédé des philosophes, l'envoûté des systèmes
se délivre.
L'aiiirmation se manifeste sur la terre,
et le ciel est conmie une immense aurore sur le monde rajeuni.
l'ermite des UAlTEUnS
Oh renaissance du Seigneur!
Oh lumière de la vérité !
Il est sorti des ombres de la mort !
Il s'est délivré de l'emprise ténébreuse, il a soulevé la pierre
[du sépulcre, il a bondi dans l'éternité rayonnante .
Oh passage radieux de la mort à la vie ! Mon âme, réjouis toi
et chante ton allégresse !
ESPRITS PRINTAMERS
Menons nos joyeuses rondes
sur les cimes des montagnes,
déployons au vent du ciel
nos cortèges frémissants.
La terre neuve s'illumine
au retour des jours heureux.
Avec les roses nouvelles
et les muguets des vallons,
épanouissons nos ailes.
Que notre chant soit un baume
pour les souffrances de l'âme !
que le deuil et le remords
disparaissent pour un temps.
Parfums des bois et des prés,
soyez le Léthé divin
qui délivre des tristesses.
Et par les zéphyrs odorants,
berçant les ramures vierges,
tressons des guirlandes jolies
pour couronner le front des Heures.
LE SCEPTIQUE REPENTANT
Comme la nature sous la prison de glace de l'hiver, mon cœur dormait enseveli sous le poids
des philosophies mensongères.
O pauvre homme déshumanisé,
quelle misère était la tienne î Tu desséchais ion âme dans le vide des abstractions, et tu cherchais le grand arcane,
triste alchimiste de l'esprit î Combien de nuits ne passas-tu pas à méditer
sur les algèbres de la pensée,
cherchant la vérité dans les signes et les horoscopes et le mensonge des divagations figurées î
Morne alchimie cérébrale ! quadrature du cercle, hyperboles, quintessence
de ta misère, géométrie spirituelle,
produit du songe et du néant !
déraison des raisonnements, illogisme des logiques ; jeux de grammaire,
vocables vides !
La vérité commence à t'apparaîlre sous son voile de couleur, et sous la couronne
fleurie du renouveau :
préfigure de rétrrnel printemps où s'épanouira la rose de rànie.
Tu vis maintenant, au lieu d'imaginer la vie,
et le l)onhcur paraît à tes yeux aussi beau que 1 aurore aux portes enchantées d'Eden.
UN MYSTIQUE
O essences contemplées dans la pure lumière ! Oh ravissement et transport de moi-même !
il me semble qu'avec les chœurs célestes je me mêle au rayonnement divin !
je suis Tinitié de tes mystères,
ô nature, et le bienheureux admis aux suprêmes contemplations.
Je te saisis dans ton unité,
faite de pluralité et de variété, O principe et source de toutes les beautés du monde,
forme des formes !
UN BERGER, étendu sous un hêtre, joue de la flûte et chante
La jeune fleur du saule
frissonne dans la brise ;
comme elle mon amour
est frissonnant d'émoi.
Chante, flûte rustique,
le plus dansant des mois.
Mon troupeau cherche l'ombrage
des ifs et des coudriers,
tandis qu'au loin sous les tilleuls
répond à mes accents
l'oiseau caché de l'espérance.
r.vrriMKS i:t ^|^^^T< dans le renouveau 15
LN CHASSEUR, {Kimii Ics guérets
Va dans la rosée, mon chien, guette et chasse...
La perdrix sort des buissons,
Le lièvre broute le serpolet
et la jeune luzerne.
Va mon chien, ce soir tu te reposeras aux pieds de ton maître,
dans la pièce chaude
parfumée de l'odeur du civet et du rôti.
DES LABOUREURS, causnnt entre eux
— Le beau temps est assuré, hier, dans le crépuscule, les moucherons tourbillonnaient en colonnes,
le coucou et les rainettes chantaient, et la lune, à son quatrième jour, souriait claire et rayonnante.
— L'été sera bon, les guêpes font leurs nids en pleins champs.
— Ce matin après l'ondée,
les nuages tout rosés descendaient sur la vallée.
— Le bon temps est assuré !
LE SCEPTIQUE REPENTANT
L'arbre de la science ne porte que des fruits ayant un goût de cendre ;
trop longtemps j'en ai fait
la triste expérience !
maintenant, je suis guéri de mon^mal.
O fruits rouges de la vie, comme vous enchantez le cœur
une présence inefTable s'y livre, comme dans le miracle dune sainte communion.
UN CHAT, accroupi au soleil
Le temps s'écoule avec douceur, moi comme un jouisseur je ronronne le dos en boule.