CHAPITRE X
Les Cares ou Cariens. Leur nom identique avec celui des Barbar, Berber ou Varvar. Leurs institutions gynécocratiquess, Etendue de leurs relations en Asie, en Afrique et en Europe.
Si dous suivons maintenant Bélus en Orient, et que nous cherchions entre les vieilles populations de l'Asie Mineure, des lies et des côtes de la Grèce et de l'Italie, aux époques antérieures aux conquêtes des peuples indo-européens, qu'y trouvons-nous? des nations dont le souvenir est presque effacé, dont les langues nous font défaut, mais dont les mœurs, les institutions et les cultes nous rappellent sans cesse des cultes et des institutions analogues dans l'ancienne Amérique, dont les noms et les dieux, avec des noms semblables, se rencontrent dans la plupart des traditions américaines. Les plus remarquables, sans contredit, sont les Gares, qui passaient, à l'époque de la découverte du continent occidental, pour les plus belliqueux et les plus civilises de l'Amérique centrale (1), et dont le nom se répète dans des centaines de noms de peuples et de lieux, d'un bout à l'autre de l'Amérique tropicale, avec le même sens que lui donnent, dans l'Asie, les philologues anciens et modernes (8). Ce sont encore
(1) Herrera, Hisl. gen. de las In- seuls plus de trois cents noms de
dias oecid., decad. VI, lib. III, peuples ou de localités commençant
cap. xn. — Les belles ruines de par car ou cara, mot qui, dans la
l'antique cité de Gopan apparie- plupart des langues américaines,
naient aux tribus de race care. Voir était synonyme, comme en Asie,
plus haut, § 1, note 3. i' homme par excellence, guerrier,
(4) Le Diction, geogr. d'hist, etc. C'est le Karl des langues ger-
d'Alcedo et la table générale des maniques.
matières d'Herrera donnent à eux
les Cauconet, les Camion, les Amiens ou Ioniens, les Mopses ou Moxat, qui, tous, ont leurs homophones en Amérique et s'; rattachent aux Cares, de la même manière que leurs homonymes se rattachaient, dans l'antiquité, aux Gares de l'Asie. Est-ce là l'effet d'une simple coïncidence? C'est ce que les lecteurs seront s même d'apprécier plus loin.
« Quand Homère, dit le baron d'Eckstein (1), désigne les Gares comme Barbarophonoi (qui parlent la langue des Barbaras), ce mot est des plus significatifs dans sa bouche. Proféré avec le sentiment de la grande spécialité de l'idiome des Cares, il nous apprend qu'ils parlaient la langue d'une des plus vieilles branches de l'espèce humaine, la langue d'un peuple que ses voisins apjiclaien L du nom de Barbaroi, soit en Asie , soit en Afrique. Ce nom ethnique n'est devenu un lien commun que dans la bouche des Grecs et des Romains , qui l'ont reçu des Grecs. Le passage d'Homère y a contribué. Ce mot est entré dans l'usage des poètes et des prosateurs ; il a donné lieu à une abstraite généralité que le mot de Barbaras a revêtu dans l'usage des âges postérieurs. Rien de pareil chez Homère. Thucydide relève avec force, c'està-dire contrairement à l'opinion de son temps, que l'antithèse des Barbares et des Hellènes était entièrement étrangère au vocabulaire d'Homère, Homère ignore jusqu'au nom des Hellènes; nom qui ne date que du temps on les Grecs, consolidés dans leurs colonies de l'Asie Mineure, y tranchaient du maître, s'y signalaient par le mépris de leurs voisins. Les Cares étaient les plus considérables de ces voisins, les plus illustres par leur ancienne domination des mers. Ils dataient d'avant les Grecs ; ils avaient été les maîtres d'une partie des lies de la Grèce, d'une partie des cotes du Péloponnèse, de l'Acarnanie, de l'Olyrie , avant qu'il y eût des Pélasges dans ces contrées. Us régnaient dans l'Asie Mineure, à côté des Phrygiens et des Méoniens. Ils avaient cou-
(1) les Caret ou Carient de l'antiquité, 2' part. VI, dans la Revue archéologique, xv' année.
tracté une alliance des plus intimes avec les Méoniens comme avec les Thraces, voisins des Mysiens,qui ont fait originairement partie de la nation des Cares. Voilà comment il a pu arriver que l'antithèse des Hellènes et des Barbares se soit fait vivement sentir dans une localité restreinte avant de devenir générale.... Ecoutons ce qu'Hérodote (1) affirme au sujet d'un peuple de Barbares, connu des Egyptiens : « Ils appellent Barbaroi, dit-il, » tous les peuples voisins qui ne parlent pas la langue d'Egypte.» Or, il n'y a pas la moindre difficulté a reconnaître ces peuples; car le nom de Barbaras s'y est encore partiellement conservé comme un nom originel, ajoute M. d'Eckstein (2) . Ce sont, d'une part, les peuples de la Nubie ; d'autre part, ceux des régions de la Libye. D'après les recherches de ce savant, on retrouvait dans une grande partie de l'Afrique septentrionale, et môme jusqu'en Espagne et en Lusitanie, des traces de cette grande famille libyenne, connue sous le nom de Barbare ou de Berbère. Le témoignage de Barth, si instruit, ajoute-t-il, des mœurs, des institutions, des idiomes de cette grande race libyenne , de la chaîne de l'Atlas et des oasis dans le voisinage de l'Egypte... nous renseigne sur la tribu varvar, une des grandes divisions de la race libyenne moderne (3). H dérive le mot varvar d'un var radical, nom de l'homme dans la langue des Touaregs. Le redoublement doit avoir le sens d'hommes par excellence, de ceux qui sont deux fois des hommes. Pour nous, répétant ce que nous disions un peu plus haut, au sujet des Cares de l'Amérique, et de l'immense extension de ce nom sur la surface de ce continent, soit comme Caracara ou Caraib dans les Antilles (4), soit
(1) Hérodot. Hist., US. II, 158.
(2) Les Cares et Cariens, part.
(3) Reisen und Enideckungen in Nord un Central Africa, etc., vol.
I, pag. 256.
(1) Voir Y Ecrit d« frère Romain
Pane, à la suite de Landa, pag. 438 , 440. Les Caracaracols sont d'entre les populations les plus antiques de Haïti et des autres Antilles. — Carib est un pluriel quiche de car et caraib de cara.
comme Carat et Canari an Honduras, comme Caret, Carabacas, Caracas, Carackinet, Caramantas, Carangues, Carcares, Carares, Caravaros, Cariaco», Carios, Çaripunta , Cariones , Cartamas, on comme Guarani, Galibi, etc. dans l'Amérique méridionale, nous ajouterons qu'il a partout le même sens d'homme, de guerrier par excellence, de vaillant, ainsi qu'en Afrique et en Asie (1). Ce sont là des noms sous lesquels sont encore connues des populations nombreuses, et qui, dès les temps les plus anciens de l'histoire américaine, jouèrent, dans les régions les plus diverses, des rôles considérables, ainsi qu'on le verra plus loin.
Dans son travail, sur les rapports des différents peuples de l'Afrique et de l'Asie , qui se rattachent aux noms de Cares , de Barbar ou Varvar, M. d'Eckstein cherche surtout à faire ressortir le trait caractéristique qni les distinguait entre les autres nations : il cherche les origines de la Gynécocratie , c'est-à-dire du règne de la femme dans la famille, de son influence dans la société civile, de son autorité dans l'État, trois choses qui paraissent découler clairementdes preuves historiques qu'il apporte, pour en constater l'existence, d'un côté, chez les vieilles races berbères et libyennes; de l'autre, chez un grand nombre de populations de l'ancienne Asie. C'est parles institutions de la Gynécocratie qu'il les rattache les unes aux autres, pour les faire descendre, plus ou moins, d'une souche commune qui, dans son opinion, serait la race brune ou chami tique du centre de l'Asie (2). Ce qui nous a particulièrement frappé à cet égard , c'est qu'en comparant les Cares ou les races qui leur sont alliées dans l'ancien monde, à celles du continent américain, nous trouvons pré-
(1) Rochefort, Hist. nat. et morale des Antilles, page 401. D'après cet écrivain, Caraib signifiait belliqueux, vaillant, doué d'une dextérité, d'une force extraordinaire.
C'est te même sens que donne au mot Guarani le père Antonio Ruii (Tesoro (h la lengua Guarani). Alors
Guarani, Carini, Caribe s la même origine que le mot uiar, guerre, ainsi que dans plusieurs langues germaniques (Al. cTOrbigny, L'nomme américain, tom. II, page 268).
(2) Les Cares ou Cariens dans l'antiquité, II" part. i.
coté, avec les insulaires des Antilles (1), et, de l'autre, avec les Égyptiens et les Berbères (2). Le nom de Brbr, donné d'ailleurs aux pyramides d'Egypte, à cause des princes quiles édifièrent (3) , les ressemblances frappantesque l'histoire elles découvertes récentes nous signalent entre ces princes et les races libyennes, dont on croit retrouver le type dans les peuples primitifs de l'époque la plus civilisée des Memphis (4), tout aujourd'hui semble se réunir, pour montrer dans les fondateurs de l'antique civilisation égyptienne, une race atlantique, issue, probablement, de ces envahisseurs de l'ouest, dont le cataclysme dut arrêter le développement et dont les Hycsot auraient été le dernier flot (5).
Ces notions, rapprochées les unes des autres, finiront, peutêtre, par jeter quelques lueurs surl'histoireprimitivede l'Afrique et conséquemment de l'Europe occidentale. Nous avons parlé de la parenté qui paraît exister entre les idiomes des nations libyennes et la langue des Basques ; entre celle-ci et la langue desanciens Ibères. Ajoutons, pour compléter ces notions, en vue des relations que le nom et les institutions des Caret établissent entre
(1) Pierre Marlyr d'Anghiera, De Insulis, etc.
(2) Pruner-Bey, Sur l'origine de l'ancienne race égyptienne, dans les Mêm. de la Société d'Anthrop., tome I, page 401. — Eckstein, tes Caret elles Carient, etc., 2 e part.
IX. — Berthelot, Mémoire sur les Guanchet, dans les Mêm. de la Société ethnologique de Paris, tomel, 1811. — Barn&rd Davis, Sur les déformations plastiques du crâne, dans lesUém.de la Société d'Anthr.
1863, tome I, page 379.
(3) Eckstein, £m Caret etCariens, 2* part. vm.
(4) Je renvoie encore au Mémoire si intéressant et à la fois si savant de M. Pruner-Bey Sur l'origine de l'ancienne race égyptienne, passim.
(5) Si cet empire atlantique, dont
le prêtre de Sais entretenait Platon, a pu étendre son influence jusqu'en Egypte, qui sait si ce n'est pas de là qu'il faut dater le commencement de Menés! Les Hycsot seraient les épaves de ces invasions, restées en Afrique après le bouleversement.
Les belles statues et les sphinx trouvés par M. Mariette dans les fouilles de Tanis, ont bien plus le caractère berbère et américain que sémite ; les poissons dont les premiers font offrande à Soutecb, rappelleraient d'ailleurs l'océan d'où ils sont sortis, et les dieux Makaresou poissons, autres symboles du dieu.
Voir les deux lettres de M. Mariette- Sur les fouilles de Tanis, dans. la Revue Archéologique, datées du Caire du 20 décembre 1860 et du 30 décembre 1861.
les nations du monde entier, ce que Str&bon nous fait connaître au sujet des femmes ibénennes qui paraissent avec les hommes sur les champs de bataille (1) : il nous les montre, surtout chez les Cantabres, ainsi que chez un grand nombre de peuples de l'Afrique {2}, investies de privilèges spéciaux, exerçant la puissance, ainsi qu'on le voit même en Egypte. En Cantabrie, elles
les autres races anté-pélasgiques deg côtes de la Grèce et de l'Italie, ainsi que des fies de l'Archipel (1). »
C'est, du reste, dans les rapports des Gares et ceux des peuples atlantiques qu'il faut chercher à découvrir les vestiges de l'ancienne histoire des deux mondes . Le mystère de la langue étrusque s'éclaircira, peut-être aussi, par ses rapports avec quelqu'un des idiomes libyens ou de ceux de l'Amérique. Les faibles traces par lesquelles on s'est efforcé de la rattacher aux langues indo-européennes, n'inspirent aucune confiance. « Les Étrusques, a dit depuis longtemps Denys d'Halicarnasse, ne sont semblables à aucune autre nation pour le langage et les mœurs. Le peuple de Raz, comme ils s'appelaient eux-mêmes (S}, ne se distinguait pas moins des Italiens latins ou sabelliens et des Grecs, par leur apparence que par leur langue ; au lieu des proportions élégantes et symétriques des Italiens, les sculpteurs toscans ne nous présentent que des figures courtes et trapues, avec de grosses têtes et de longs bras. Leur religion, d'un autre côté, présente un assemblage éCrange'de combinaisons mystiques des nombres, de pratiques sauvages et terribles, » où l'on croit retrouver tous les mystères des religions du Mexique. Mais, ainsi que chez lesChichimèques, chez les Natchez , chez les nations nahuas de Pannco, de Teo-Colhuacan et au royaume de Quito (3), la femme est reine, comme elle l'était également en Egypte (4) : elle a son rôle en face de l'homme, du roi ; elle est prêtresse, inspiratrice, législatrice et oracle. Les jeunes Mes étaient des hétaïres sacrées, esclaves du temple d'une déesse de la pyramide, d'un foyer de la tombe. C'est le pendant exact de ce qui est rapporté des filles des rois et des grands, dans cette
(1) Les Caret ou les Carient, etc.
page 197. — Brugsch, Vie. Géogr.
der Nachbarlxnder Egyptens, pag. 83-88.
(2) Momsen, Hist. Romaine, trad.
édit. du Bruxelles. Tom. I, clmp.9.
(3) Caluncba, Goronica moralitada de la provincia de San Augustin del Peru, tom. 1, pag. 473 .
(4) Voir mon Popot Vuh, etc.
page clxvui, etc.
race de princes berbères qui envahirent l'Egypte et bâtirent les pyramides. C'est exactement ce qui est raconté des jeunes filles de souche lydc-carienne , qui contribuaient à l'érection des monuments funèbres des rois , en se prostituant aux marchands et aux étrangers, dans le foyer du temple de la déesse.
En voulant rattacher les Étrusques aux Lydiens, les écrivains qui se sont occupé de cette matière, cherchaient tout simplement à les faire sortir d'une souche sémitique. Mais s'il y a le moindre fondement à faire sur le récit de cette irruption de peuples, sortant, à l'ouest, de la mer Atlantique, c'est évidemment à ces races mystérieuses qu'il faut les ramener sous beaucoup de rapports. S'ils sont sortis de l'Asie, ce ne peut être que par suite de leur origine première, après de longues migrations, ou bien, par les Cares, avec lesquels ils avaient des liens de parenté; c'est aussi par ces liens antiques que se trouvent alliés tous les hommes de race brune, tels que les Mongols, les Américains et les Égyptiens, dont la souche commune se retrouvera, peut-être, un jour, dans les régions de l'Asie centrale. Tous ces peuples, ainsi que ceux que nous avons énumérés plus haut, sont issus de race chamite, et sont ainsi parents à des degrés plus ou moins éloignés : ils appartiennent à la même formation primitive chez laquelle, selon M. d'Eckstein, la gynécocratie ou l'empire des femmes fut établie comme le principe fondamental de la société (1).
Quant aux Cares que les savantes recherches de cet écrivain nous montrent, presque comme les maîtres du vieux monde, avant les Aryas et les prédécesseurs des Phéniciens sur toutes les mers, fautr-il s'étonner que nous les rencontrions également sur toute l'étendue de l'Amérique? faut-il s'étonner que nous trouvions leur nom mêlé aux cosmogonies antiques, aux plus anciennes légendes, aux invasions les plus considérables, comme
(1) Bokstein. Les Cares ou Cariera, 2' part, page 197
à la fondation des empires, aux jours les plus fabuleux de l'histoire de ces contrées? Nous les y trouvons à des époques diverses, avec leurs institutions et leur culte. D'où venaient-ils originairement? étaient-ils de la même race que ces populations qui, sons le nom d'Atlantes, envahirent l'Europe et l'Afrique, dans les temps antérieurs à la grande catastrophe diluvienne, qui sépara les deux mondes, à l'Occident et a l'Orient; ou bien, furent-ils conduits, par suite de cette catastrophe, à se disperser et à émigrer à lafois,d'AsieenAfriqueetenEurope,etd'Asie en Amérique? Dans l'opinion deM. d'Eckstein, cette catastrophe aurait certainement réagi sur les destinées de l'Afrique:!) : elle aurait, ainsi qne nous le pressentions tout a l'heure, amené dans l'Egypte les rois libyens, fondateurs des pyramides, et causé l'apparition des Cares sur les côtes de la Méditerranée, en Libye et en Palestine. Ces mêmes causes auraient déterminé ultérieurement l'occupation des lies de la Méditerranée, après quoi se seraient formés les premiers établissements qui surgirent sur divers points de la Grèce anté-pélasgique et de l'Italie an té-latine ; les Cares auraient fini, de cette manière, par constituer une puissance maritime carienne sur les cotes de la Cilicie et de la Lycie, aussi bien que du coté de la Lydie et de la Phrygie primitives (2).
{]) Ecksiein, toc. cil. \mogonie de Sanchoniathon , p.
(2) Sur ht toweet de la Cos- 1 209.
gar, ou car, que l'on retrouve dans les noms d'un si grand nombre de nations. Les traditions antiques du royaume de Quito nous montrent les Caras, débarquant de l'Océan Pacifique au Rio Esmeraldas, d'où ils s'étendent dans l'intérieur où leurs chefs établissent plus tard la dynastie des Scyris (!) : on en voit d'autres apparaître en plusieurs endroits des cotes du Pérou et du Chili, où Us fondent des villes qui portent leur nom, et c'est à un chef cara sorti delà vallée de Coquimbo que les souvenirs antiques du lac de Titicaca attribuent le massacre des hommes blancs de Chucuyto (2). Les innombrables États d'origine care ou caraïbe, qui existaient encore à l'époque de la conquête, soit & l'intérieur de l'Amérique, soit sur les côtes que baignent les deux mers, attestent l'antique puissance de cette race prodigieuse (3).
a Le culte des dieux Macares est celui des Gares, premiers dominateurs de la mer, ajoute M. d'Eckstein (4), comme il fat très-anciennement aussi celui des Lydiens, des Phout, des Ibères, en tant que navigateurs des cotes de la Méditerranée et des rivages de l'Atlantique, tout cela bien longtemps avant qu'il passât aux Pélasges, après avoir été le bien commun des Cares et des Phéniciens. Ce culte naquit sur les rives de l'Océan Indien et domine dans les régions du Guzzurate, duKatch, des bouches de l'Indus, des cotes de la Gédrosie, de la Perside, du golfe Per-
(!) Velasco, ftist. du royaume de Quito, trad. Ternaux , lib. I, | t.
(2) H errera, Hist. gen.dec. v, lib.
III, cap. 6.— Danslemémeehapitre, l'auteur parle d'une ville de Changara, commandée et défendue, dans la suite, par des amazones contre un chef contraire aux Cares, et qui, suivant Z ara te, aurait été la tige des IneasduPêrou:cequirappelleli existence de la gynêcocratie carienne.
(3) Voir tous les auteurs qui ont traité de l'histoire de la découverte
et de la conquête , principalement de l'Amérique méridionale.
(4) Eckstein, Sur Us sources de la cosmogonie de Sanchonîalhon, page 150.— C'est ainsi que dans les vestiges des traditions de Haïti, on voit Guahagiona enlever les femmes et les transporter à Halinino (Martinique), Ile de la mer des Antilles, puis jouir d'une autre dans l'Océan, etc. Voir plus bas l'Ecrit du frère Romain Pane, pages 434-435.
sique et de l'Arabie, jusqu'aux extrémités des régions éthiopiennes. Le nom de Makara fleurit partout et cela avec un sens précis, dans les légendes du Guzzurate.
» Partout où nous rencontrons les dieux Macares, nous les découvrons avec le double caractère, 1° de dieux des lies Fortu-
qui s'élève au-dessus des autres, le Cipactti des Mexicains, le premier signe, représenté par un cétacé formidable, appelé aussi Ymax (1) en quiche et Ymix dans la langue yucatèque. Macar, dans le quiche encore, signifie symboliquement l'amour et l'embrasseraient d'une prostituée (2). Or, peut-on rien qui corresponde plus franchement à l'idée de la divinité des Cares de l'Asie, navigateurs sur toutes les mers, fondateurs des institutions gynécocratiques et des temples, dont des prostituées étaient les prêtresses? Remarquons également que ce sont les lieux où les Cares paraissaient avoir établi le plus solidement leur domination, dans les provinces situées entre le Darien et le golfe de Maracaibo, que le nom de Macar a survécu aux révolutions de la nature et du temps, dans celui de Macar-Ona, que gardèrent jusqu'à leur entier assujettissement aux Espagnols, les rois des tribus de Bouda, de Malambô et de Tayrona (3). Ce sont ces provinces, où le nom de presque chaque localité importante commence en car, cara ou cari, dont les montagnes à'Abibe, d'ibraime, A'Abraiva, si riches en métaux et en bois précieux, dont les côtes étaient naguère si célèbres par leurs pêcheries de perles, que se conserva, avec le titre de Macar-Ona t \e souvenir des
ont quelquefois une origine si étrange.
(1) Ymox se traduit encore' par espadon, sorte de monstre marin, dans le Vocabulaire de la langue quiehée.
(2) Voir la note précédente (2).— Du mot car, quiche, se dérivent une foule de mots servant à indiquer l'obscénité, la prostitution, etc.
plus ou moins, comme le mot poissarde en français. A propos du mot Makarah, Eckstein ditqu'il n'a pas de racine dans l'idiome des Aryat :
« 11 aura appartenu à la vieille race des Ethiopiens de l'Orient et de l'Occident, ajoute-t-il, en passant d'eux et de leur culte aux Sémites et aux Aryas. Movers en a largement traité dans le premier volume
de son important ouvrage ; mais il a la manie de vouloir tout ramener à un type strictement phénicieo. »
(Sur tes sources de la cosmogomt de Sanchoniathon, pages 1 50-151-) Qu'eût dît Eckstein, s'il avait connu les sources américaines de ce nom!
(3) Gaslellanos, Elegias de varones Huîtres de Indias , en la BiWde Autores esp. Madrid , !)♦"■ Part. II, canlo 3% page 533. Ce nom est répété à plusieurs reprises, tantôt comme titre, tantôt comme nom propre, et il est donné aussi interverti en Maracona et Marona, peutêtre par licence poétique, aux montagnes où ces chefs commandaient.
Le nom du lac ou golfe Maracatw n'est lui-même que le nom de Macaraibo interverti.
Limnées fameuses des Tayronas, ou se forgeaient les armures d'or dont se couvraient tous les rois de l'Amérique (1).
Macar, disons-nous, était aussi le même que Melcarth, l'Hercule phénicien (2) que les médailles antiques, trouvées à Cadix, représentent aussi par deux poissons (3), symboles également
Chose remarquable, d'ailleurs, c'est du moment de son apparition que date la mesure du temps ; c'est pourquoi on l'appelle encore Ce Acatl, Une Canne, nom du jour où se montra pour la première fois Tïahuizcalpan-teuctli ou l'Etoile du matin, après les convulsions de la terre abîmée par le déluge (1). C'est ce serpent qui ondule en replis monstrueux autour de l'édifice qu'on admire à Uxmal, sous le nom de Palais des Vestales, et entre les mâchoires duquel se montre une tête couronnée dn diadème royal (2). Ce serpent est orné de plumes : c'est pourquoi on l'appelle Quetzalcohuatl, Gucumatz ou K ukulcan. Au moment où le monde s'apprête à sortir du chaos de la grande catastrophe, on le voit apparaître, « comme le Créateur et le Formateur, lorsqu'il s n'y avait encore que l'eau paisible, que la mer calme et seule » dans ses bornes;,... enveloppé de vert-et d'azur, il est sur l'ean » comme une lumière mouvante (3). »
(1 ) Cad. Mex. Tell. Rem. fol. 17. verso. — a L'homme, le Tchakchuschah, issu du neuve del'Oxus, el d'origine fluviale, y invente une science , une industrie. Le jour ou la canna sert d'hiéroglyphe^ et pour la mesure du temps. L'heure de vingt-quatre minutés reçoit le oom d'une nadi , nàdikâ ; elle est indiquée sur la tige du jour aquatique, elle y est gravée ou incrustée comme une mesure du temps. Le nadimandalam est l'expression de l'équa- 'teur céleste ; le nadi-nakchatram est l'étoile de la naissance de l'homme, etc. Le nadi-taranga est l'astronome, l'astrologue qui calcule les ondes dans le mouvement des temps, s (Eckstein, Sw les sour-
ces de la Cosmogonie de Sanchoniathon, page 249.)
(2)8tephens, Incidents of travel inYvcatan.vol. I, page 302. — Voir aussi les photographies de M. Charnay et son ouvrage Cités et ruines américaines.
(3) Popol-Vuh, Livre Sacré, etc.
page 7. Les mots qopa ha zakteloh,
être
lu-
mière mouvante ;donsle Popol-Vuh nous traduisons comme une lumière grandissante, ce qu'exprime le mot saktetoh qui signifie le reflet d'une lumière brillante, mais tremblotante sur l'eau, légèrement ridée; c'est bien là l'idée d'une étoile réfléchie sur la mer par un beau temps.