‹ S'il existe des sources de l'histoire primitive du Mexique dans lesChapitre 4 sur 21 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Influence de la découverte de l'Amérique mr la civilisation moderne. État de la science à cette époque. Gloire de Colomb.

Plus de vingt ans s'étaient écoulés depuis le débarquement d'Hernandez de Cordova : la conquête du Mexique s'était accomplie dans cet intervalle, et la plupart des régions plus ou moins civilisées de l'Amérique avaient cédé tour a tour à la prépondérance des armes et de la valeur castillanes. De son côté, l'Europe avait appris a connaître et à apprécier les divers degrés de barbarie ou de civilisation qui distinguaient les populations de ces contrées, et les contemporains de Colomb et de Cortès commençaient a mettre en doute, dans leurs spéculations, la nouveauté d'un monde où ils découvraient déjà tant de vestiges d'une antiquité reculée. Jamais, depuis l'établissement des sociétés, la sphère des idées relatives au monde extérieur n'avait été agrandie d'une manière si prodigieuse; jamais l'homme n'avait senti un plus pressant besoin d'observer la nature, d'interroger l'histoire, tout en cherchant à multiplier les moyens d'y arriver avec succès.

En étudiant les progrès de la civilisation, on voit partout la sagacité de l'homme s'accroître à mesure de l'étendue du champ qui s'ouvre k ses recherches. Avec la découverte de l'Amérique, toutes les branches de la science ont changé de face et reçu une impulsion dont les hommes d'aujourd'hui ont de la peine a se rendre compte. Mais si l'on s'attache à la lecture des écrivains

de cette époque étonnante, et qne l'on compare les relations des historiens de la conquête, de Pierre Martyr d'Ànghiera, d'Oviedo, de Certes, de Gomara, etc. , aux recherches des voyageurs modernes, on est surpris non-seulement del'étendue de leur savoir, mais encore de trouver souvent, dans les ouvrages du xvi* siècle, le germe des vérités physiques et morales les plus importantes qui nous occupent encore aujourd'hui. En effet, comment les premiers voyageurs et ceux qui méditaient leurs récite n'eussent-ils pas été frappés des merveilles qui s'offraient à leurs regards? A l'aspect de ce continent nouveau, isolé au milieu des mers, comment n'eussent-ils pas été tentés d'expliquer les variétés qu'y présentait l'espèce humaine, pour essayer de les ramener à la souche primitive, de rechercher l'origine des migrations des peuples, la filiation des langues; d'étudier celles des espèces animales et végétales, la cause des vents alises et des courante pclasgiqnes, la nature des volcans, leur réaction les uns sur les autres, et l'influence qu'ils exercent sur les tremblements de terre? Ces questions, qui sont encore si loin d'avoir été épuisées, occupaient l'active curiosité des savants et des voyageurs du xvi° siècle, plus désintéressés, peut-être, et plus sincères que les savante d'aujourd'hui.

Ces étonnantes découvertes, qui s'aidaient mutuellement; ces doubles conquêtes dans le monde physique et dans le monde intellectuel étaient bien plus dignement appréciées dans ce temps-là qu'on ne se l'imagine de nos jours, et nous apprenons de la bouche même des contemporains de Colomb, avec quel profond sentiment les hommes supérieurs de cette époque reconnaissaient ce que la On du xv* siècle avait de merveilleux et de grand : « Chaque jour, écrit Pierre Martyr d'Anghiera, dans ses m lettres de 1493 à 1494 (1), chaque jour il nous arrive de nou-

(1) Cette lettre, dit Humboldtl tom.l",note 1, page 4), qui peint si (Examen critique de VMttoire de bien les plaisirs de l'intelligence, a lagiographiedu nouveau continent, \ été écrite, selon l'opinion commune,

» veaux prodiges de ce monde nouveau, de ces antipodes de » l'Ouest qu'un certain Génois, nommé Christophe Colomb, Tient » de découvrir. Notre ami Pomponius Lœtus (1) n'a pu retenir » des larmes de joie, lorsque je loi ai .donné les premières non- » velles de cet événement inattendu. » Puis il ajoute avec une verve poétique : a Qui peut s'étonner aujourd'hui parmi nous » des découvertes attribuées à Saturne, à Cérès et à Triptolëme? » Qu'ont fait de plus les Phéniciens, lorsque, dans des régions n lointaines, ils ont réuni des peuples errants et fondé de non- » velles cités. H était réservé à nos temps de voir accroître ainsi » l'étendue de nos idées et de voir paraître inopinément sur l'ho- » mon tant de choses nouvelles. »

La gloire de Colomb est, en effet, de celles dont rien ne saurait diminuer l'éclat, quelle que soit, d'ailleurs, dans l'avenir, l'étendue des découvertes réservées encore a lascience. En supposant même qu'on vienne à trouver les preuves les plus incontestables des rapports qui ont pu exister anciennement d'un continent a l'autre, le nom de Colomb n'en restera pas moins au-dessus de celui de tous les navigateurs anciens et modernes. En parcourant une mer inconnue, en demandant la direction de sa route aux astres par l'emploi de l'astrolabe, récemment inventé, il cherchait l'Asie par la voie de l'ouest, non, dit Humboldt, en aventurier qui s'adresse au hasard , mais d'après un plan arrêté, fruit de l'expérience et des études les plus variées. Le succès qu'il obtint était une conquête'de la réflexion. La gloire de Colomb, comme .celle de tous les hommes extraordinaires qui, par leurs écrits on par leur activité, ont agrandi la sphère de l'intel-

à la fin de décembre 1493. (Opus Epittoiarum Pétri Marlyrit Anglerii Mediolanentis, Prolonotarii Apostoliai , Priori* Ârchiepiscopatus Granatensis, nique à coruiliis rerumlndicamm Hispanicis. Amstelodami, 1670. Ep. cui , page 84.

(1) Pomponius Lœtus, le célèbre propagateur de la littérature classique romaine, généralement assez mal vu d'une portion du clergé romain, à cause de la liberté de ses opinions religieuses. (Voir Humboldt, loc. cil.)

ligence, ne repose pas moins sur les qualités de l'esprit et la force du caractère, dont l'impulsion réalise le succès, que sur l'influence puissante qu'ils ont exercée presque toujours, sans le vouloir, sur les destinées du genre humain.

En cherchant dans un ouvrage précédent (1) à éclaircir quelques-unes des traditions cosmogoniques du continent américain, par des rapprochements avec les mythes cosmogoniques du monde ancien, et les souvenirs d'une antique navigation, nous n'avons donc jamais conçu la pensée que nos recherches pussent rabaisser, en quoi que ce soit, les immenses services que Colomb a rendus au monde moderne. Lui-même, dans un siècle d'héroïsme et d'érudition renaissante, se plaisait dans les souvenirs de l'Atlantide de Platon etde la célèbre prophétie de Sénèque, dans un chœur de la M idée : il rapprochait constamment lui-même ses découvertes des mythes géographiques de l'antiquité et du moyen âge, auxquels il fait plus d'une fois allusion dans sa correspondance (2). Nous n'hésitons donc pas à continuer notre travail, dont nous faisons sincèrement hommage à la mémoire de ce grand homme, heureux si, dans les horizons nouveaux que la science ouvre chaque jour, nous parvenons à approfondir quelques-uns des mystères cachés sous les voiles de la cosmogonie mythique des deux mondes, et a y découvrir quelques souvenirs historiques de leurs antiques relations.

(l)Popol-Vuh.— te Livre sacré «il (î) Humboldt, Bitt, de lagéogr. Us mythes de l'antiquité amèri- du Nuuv. Continent, section precaine, dans l'Introduction. I miôre, passim.

Page 1