CHAPITRE XVIII
Résultats de ces recherches. Décadence d'une civiHsation et d'une navigation antiques. Les Phéniciens en héritent, puis les Carthaginois. Souvenirs alTaiblis des anciennes connaissances maritimes. L'Amérique dans Diodore de Sicile, etc.
Maintenant une dernière question reste à faire au sujet de tous ces peuples, soit de ceux qui existaient sur le continent américain, soit de ceux qu'on trouve si intimement liés avec eux, en Europe, en Afrique et en Asie. A quelle époque se séparèrentils, quand cessèrent les relations qui paraissent avoir relié autrefois, presque comme aujourd'hui, toutes les nations du monde? Ainsi que nous l'avons vu, au commencement de ce récit, on ne saurait en attribucrl'interruption qu'à ces catastrophes immenses antérieures à tous les souvenirs précis de l'histoire, et qui nous reportent évidemment aux époques diluviennes, dont parlent les différentes traditions de la terre. C'est à quoi semble faire allusion également le nom de Phale(j ou Pelefj^ undes descendants de Sem, suivant lu Bible, et qui signifie, ajoute l'Écriture, que ce fut de son temps que la terre fut divisée (1). Mais c'est là une
(1) C'est au sens d'un déchirement matériel des diverses contrées de la terre, à la suite d'une catastrophe physiijue, cause ainsi d'une séparation l'orcée des nations, que ferait allusion le nom de Phalcg, suivant quelques commentateurs de l'Ecriture. Ce serait à peine deux ou trois siècles avant Abraham . Car on ne peut guère tixer la chrono-
logie de la Bible antérieurement à ce patriarche d'une manière positive.
Moïse n'en donne point, et l'Eglise, en adoptant celle des Septante dans le Maiiyrolocjc. romain, a toutefois adopté la plus longue. Elle a agi avec sa prudence accoutumée et pris celle-là, faute d'une autre qui fût meilleure.
question trop ardue et sur laquelle nous ne nous appesantirons pas : notre tâche était de chercher à relier les deux mondes en comparant les traditions qui de part et d'autre ont conservé le souvenir d'antiques communications. Nous l'avons tenté; le lecteur dira si nous avons réussi (1), et si nous avons apporté suffisamment de preuves pour justifier le titre de cet essai.
A la suite de toutes les recherches que nous avons faites, dans ce dessein, nous ajouterons que ce qui semblerait résulter des documents variés que nous avons eus sous les yeux, ce serait l'idée vague d'une doctrine analogue au dogme chrétien de la déchéance, qu'on trouve répandue surtout dans les traditions mexicaines (2) et qui s'expliquerait ici par la décadence d'une
(l) A propos de ces recherches, quelques amis nous ayant témoigné la crainte qu'elles ne vinssent à se trouver en opposition avec la Bible, au sujet de la tradition du déluge universel, nous avons répondu ce que d'autres avaient ditavantnous:
que la Bible, comme la vérité, ne pouvait que gagner aux recherches scientifiques , de quelque nature qu'elles pussent être. En ce qui concerne le déluge, nous dirons que l'Eglise n'a pas plus décidé cette question que celle de la chronologie.
Rappelons à ceux dont la conscience pourrait s'alarmer, que la Congrégation de l'Index ayant été réunie à Rome en IG86, à propos du livre de Vossius, intitulé Disseiialio de vera xlale muiidi, le docte Mabillon , invité à donner son avis, soutint que l'opinion émise par le savant hollandais, sur ce que le déluge n'avait pas été universel, peut être acceptée ou au moins tolérée, comme ne contenant aucune erreur capitale contre la foi, ni contre les bonnes mœurs :
« Principio lisse opinio nidlalenus » continel errorem capitalem, ne- » que conlra {ides, neque contra » honos mores. Ilaque tolerari po- » test el crilicorum dispidationi » permilli. » Tel fut l'avis de Ma-
billon. La congrégation , composée de neuf cardinaux, d'un grand nombre de prélats et de religieux érairients,etdu maître du Sacré Palais, l'écouta avec une grande admiration et s'en tint à la décision du savant bénédictin français. Voir pour plus do détails les Ouvrages posthumes de Don Mabillon, Paris, 1724, pag. 59, 61, etc. Aussi la Vie de Don MabiUon, par Don Ruinart, Paris, 1709, page 127; la Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon, par Valéry, tome 1, p. 213. Je dois les détails de cette note à l'obligeance de M. Schaebel, savant allemand, résidant à Paris,
(2) C'est ce qu'exprime encore le Codex Lelellier, à propos d'/Z^popaloll, le Papillon aux couteaux d'obsidienne, donnée comme la même qulxcuina, la déesse des amours impudiques, la même, ajoute le document, qui apporta la mort au monde. Itzpap atoll est présentée aussi comme une des six constellations qui tombèrent du ciel au temps du déluge, lesquelles étaient enfants de CiUalticué et de Cillallalonac , images de la voûte céleste. Elle est identifiée avec Xochiquetzal, déesse des fleurs et de l'amour, l'habitante du paradis terrestre. « Esta fingen,
immense civilisation primitive dont on ne connaîljusqu'àprésenl, quant à l'Amérique, que des souvenirs et des traditions, mais dont l'Kgypte ainsi que l'Assyrie auraient été peut-être les reflets dans l'ancien monde. Ce qui paraît hors de doute, c'est qu'à dater du cataclysme, cause de la grande séparation des peuples, les connaissances humaines se seraient trouvées partout abaissées sur la terre, dans l'ordre matériel, aussi bien que dans l'ordre moral. De là paraissent dater, ainsi que nous l'avons observé précédemment, la plupart des systèmes idolâtriques, fondés sur les terreurs de l'homme au sortir du cataclysme, et organisés par un petit nombre de prêtres, instj'uits de la science antique, dans le but d'établir leur puissance sur les sociétés renaissantes. Avec la décadence de la civilisation s'arrêtèrent également ces étonnantes navigations où les Gares avaient pris une si large part : le souvenir même tendit à s'en effacer de siècle en siècle parmi les nations, et l'on oublia presque qu'il y avaitun autrecontinent, opposé à l'Europe et à l'Afrique. A l'exception des indices mystérieux que nous trouvons des voyages des Phéniciens et des Carthaginois entre l'Afrique et l'Amérique tropicale, en
» dit le Codex LcleUier, que estando » en aquel huerto, que comia de » aquellas rosas, que esto duro » poco, que hiego se quebro el ar- » bol. « Après cela vient l'image d'un tronc d'arbre couvert de fleurs rompu par le milieu et dont les racines sont des ruisseaux de sang.
En tète, il y a ces mots : « Tamo- » nnclian o Xuchilhjcacan; quiere » dezir en romance (langue vuly) gaire) : Alii es su casa, donde » abaxaron y donde estan sus rosas « Icvanladas. » Au bas, il continue d'une autre main : « Para dar a en- » lender que esta liesta noerabuena » y lo que hazian era de temor, pin- » tan este arbol ensaugrentado y » (juebrado por medio, como quien •n dize fiesta de travajos por aquel « pocado. » — « Este lugar que se )) dize Tamoanchan, » continue la
première main, «y Xuchitlycacan » es el lugar donde fueron criados » estes dioscs que ollos tenian, que » asi estando como dezir en el pa- » rayso terrenal, y asi dizen que » estando estes dioses en aquel lu- » gar, se desmandaron en cortar » rosas y ramas de los arboles, y f> que por esto se enojo mucho el » Tonncalniclli y la muger Tona- » rrtcnm//, y ({ue los liccho dalla de » aquel lugar, y asi vinieron unes a » la tierra y otros al infierno y estes » son los que a ellos ponen los te- » mores. » L'arbre couvert de fleurs parait être l'image d'un pays magnifKjue, détruit par quelque catas- Iropbe ; les dieux qui descendent aux enfers, sont ceux qui périssent, et ceux qui vont sur la terre, ceux qui échappent à la mort.
dehors des invasions partielles entreprises par le nord de la Scandinavie àl'Islande et de là aux côtes septentrionales de l'Amérique, antérieurement, peut-être, et postérieurement à l'ère chrétienne, on ignore s'il a existé, par l'Atlantique, quelque communication avec le continent occidental, jusqu'au jour où le génie de Colomb est venu renouer les deux mondes.
Cette décadence de la navigation, cette interruption qui se produit insensiblement dans les relations entre les deux continents, cet oubli de l'occident ou plutôt l'obscurcissement des idées à cet égard, seraient encore l'objet de plus d'une question intéressante. Onne saurait encore s'expliquer ces choses que par des cataclysmes partiels et consécutifs, brisant l'un après l'autre des nœuds antiques, en faisant descendre de nouvelles portions de terre au fond des mers ; par des bouleversements terribles dans les continents ou des émigrations de peuples, fuyant dans l'épouvante leur patrie déchirée par les convulsions delà nature, comme celles qui obligèrent les tribus du nord de l'Asie à descendre vers l'Inde, qui de céphène alors devint arya (1). Sans doute les nations échappées au cataclysme atlantique, du côté de l'Orient, durent penser d'abord que c'en était fait à jamais de toutes les terres occidentales, et ce fut apparemment un hasard heureux, comme celui dont parle Diodore, à propos de la grande île découverte par les Phéniciens, qui leur fit reconnaître que tout n'avait pas été englouti par les flots, au delà de l'Océan (2).
Quelles que soient, d'ailleurs, les causes de la décadence de la navigation antique, il n'en demeure pas moins établi que les peuples qui nous apparaissent aujourd'hui comme les principaux navigateurs, dans les siècles passés, étaient les peuples de la race de Cham et en particulier les Cares. Des Cares, cette science passa aux Phéniciens et aux Étrusques : mais déjà elle avait
(i) Eckstein, Sur les sources de la cosmogonie de Sanchoniathon, pages 216-217 et 227.
(2) Bibliolh. hisL, lib. V, 19-20.
perdu de son caractère d'universalité. En prenant tour à tour le* rares fragments conservés dans les écrits des anciens, on la voit décliner avec les notions des terres transatlantiques, qui deviennent de siècle en siècle plus vagues et plus obscures. Les Phéniciens, craignant sans doute qu'on ne leur enlevât le monopole du commerce de l'Occident, en dérobaient, autant que possible, la connaissance aux autres nations, et l'Egypte, qui devait être mieux qu'aucune d'elles instruite de l'existence de l'Amérique, se taisait par orgueil national ou par esprit de secte, ne disant que ce que ses prêtres voulaient qu'on sût, afin d'empêcher les Grecs, trop curieux et trop bavards, d'approfondir ses origines. « Dès les temps homériques, dit Humboldt (1), les Hellènes » avaient la croyance que des pays riches et fertiles étaient situés » vers le couchant ; mais leur connaissance précise du bassin mé- » diterranéen ne s'étendait pas alors au delà du méridien de la » Grande-Syrte et de la Sicile. Toute la partie occidentale de ce » bassin, depuis longtemps parcourue par les Phéniciens, ne fut » connue aux Hellènes que depuis le voyage de Colœus de Samos, » dont Hérodote a reconnu l'importance (2) . » Leur horizon géographique s'agrandit peu à peu, de la mer Egée au méridien des Syrles, de là aux colonnes d'Hercule et hors du détroit, avec Hannon vers le sud, avec Pytheas vers le nord (3). A l'ouest, les Carthaginois suivaient en Amérique les traces des Gares, auxquels ils avaient succédé. Diodore nous l'apprend dans les termes les plus clairs. Déjà le récit de Platon nous a fait connaître ce qu'on sa-
(1) Essai sur Vhisl. de la géogr.
du N. Continrnt, tome I, page 34.
(2) f/isL, lib. IV, cap. clii, éd.
Sleph., IG18, pag. 273. Voss, en se fondant sur l'épofjne de la colonisation de Cyrène, place rexpédilion de Colœus, avant la rlix-huitièmc olympiade, plus de 708 ans avant notre ère (Kril. Blàller, tom. II, p. 335 et 3i4). D'après les recherches de Lelronne, l'expédition des
Samiens tombe dans la première annt^'O de la trente-cinquième olympiade.
(3j Un travail moderne d'un grand inti'^rèt archéologique et géographique a prouvé que le Thulé, où aborda Pylhéas, et qu'il décrit, ne peut être que l'Islande (Nilsson, Die ureinwohner des Scandinavisclwn Nordens, Ilamburg, 1863, pag. 102 et 109).
vait de l'Atlantide; ceux de Plutarque et de Théoponipe sur le grand continent Cronien ou transatlantique ne laissent presque rien à désirer, si on les compare à la description du Groenland et de l'Amérique du nord (1). Voici maintenant en quels termes Diodore décrit l'Amérique méridionale :
(( Après avoir parlé des îles situées en deçà des colonnes d'Her- » cule, nous allons décrire celles qui sont dans l'Océan. Du côté » de la Libye, on trouve une île dans la haute mer, d'une étendue » considérable, et située dans l'Océan. Elle est éloignée de la n Libye de plusieurs journées de navigation, et située à l'occi- » dent. Son sol est fertile, montagneux, peu plat et d'une grande » beauté. Cette île est arrosée par des fleuves navigables. On y » voit de nombreux jardins plantés de toutes sortes d'arbres, et n des vergers traversés par des sources d'eau douce. On y trouve » des maisons de campagne somptueusement construites et dont » les parterres sont ornés de berceaux couverts de fleurs. C'est » laque les habitants passent la saison d'été, jouissant volup- » tueusement des biens que la campagne leur fournit en abon- )) dance. La région montagneuse est couverte de bois épais et )) d'arbres fruitiers de toutes espèces; le séjour dans les mon- » tagnes est embelli par des vallons et de nombreuses sources. )) En un mot, toute l'île est bien arrosée d'eaux douces qui con- » tribuent, non-seulement aux plaisirs des habitants, mais en- » core à leur santé et à leur force. La chasse leur fournit nombre » d'animaux divers et leur procure des repas succulents etsomp- » tueux. La mer, qui baigne cette île, renferme une multitude » de poissons, car l'Océan est naturellement très-poissonneux. » Enfin l'air y est si tempéré, que les fruits des arbres et d'autres » produits y croissent en abondance pendant la plus grande partie » de l'année. En un mot, cette île est si belle qu'elle paraît plutôt n le séjour heureux de quelques dieux que celui des^hommes (2).
(1) Voir le Popol-Vuh, introd., page xGix et suiv.
(2) « Quelle est celte île, dit le savant annotateur de notre traduc-
') Jadis cette île était inconnue à cause de son grand éloigne- » ment du continent, et voici comment elle fut découverte : les » Phéniciens exerçaient de toute antiquité un commerce mari- )) time fort étendu; ils établirent un grand nombre de colonies » dans la Libye et dans les pays occidentaux de l'Europe. Leurs » entreprises leur réussissaient à souhait, et, ayant acquis de » grandes richesses, ils tentèrent de 'naviguer au delà des co- » lonnes d'Hercule, sur la mer qu'on appelle l'Océan. Ils fon- » dérent d'abord sur le continent, près des colonnes d'Hercule, » dans une presqu'île de l'Europe, une ville qu'ils nommèrent » Gadira. Ils y firent toutes les constructions convenables à cet » emplacement. Ils y élevèrent un temple magnifique consacré » à Hercule et instituèrent de pompeux sacrifices d'après les rites » phéniciens. Ce temple est encore de nos jours en grande véné- » ration. Beaucoup de Romains célèbres parleurs exploits y ont » accompli les vœux qu'ils avaient faits à Hercule pour le succès » de leurs entreprises. Les Phéniciens avaient donc mis à la voile » pour explorer, comme nous l'avons dit, le littoral situé en » dehors des colonnes d'Hercule, et, pendant qu'ils longeaient la » côte de la Lil)ye, ils furent jetés par des vents violents fort loin » dans l'Océan. Battus par la tempête pendant beaucoup de jours, » ils abordèrent enfin dans l'île dont nous avons parlé. Ayant » pris connaissance de la richesse du sol, ils communiquèrent » leur découverte à tout le monde (1) . C'est pourquoi les Tyrrhé- » niens, puissants en mer, voulaient aussi y envoyer une colo-
tion de Diodore; quelle est celte île dont parle ici Diodore? Est-ce l'Atlanlide (le Platon, ou même l'Amérique? Quoi qu'il en soit, je ne saurais partager l'opinion de Miot , d'après laquelle le récit de Dioilorc ne serait qu'une tradition fabuleuse, embellie par l'imagination des liistoriens et des [loetes. Il me semble que la description que Diodore fait du climat et du sol de cette ile in-
connue peut, sous plusieurs rap- [lorts, s'applicpier aux îles Canaries ou aux Iles Açorcs (mais ni les Canaries, ni les Açores n'ont de grandes rivières navigables). » Diod.
Iliblioth. liisL, trad. de M. Ferd.
lloefer, lib. V, 19-20.
(1) Ceci peut être légèrement exagéré : les Phéniciens n'étaieni pas si bavards.
— i-il —
)) nie; mais ils en furent empêchés par les Carthaginois. Ces » derniers craignaient d'un côté qu'un trop grand nomhre de leurs » concitoyens, attirés par la beauté de cette île, ne désertassent » leur patrie. D'un autre côté, ils la regardaient comme un asile » où ils pourraient se retirer dans le cas où il arriverait quelque » malheur à Carthage(l). Car ils espéraient qu'étant maîtres de » la mer, ils pourraient se transporter, avec toutes leurs familles, » dans cette île qui serait ignorée de leurs vainqueurs. »
Un passage, presque en tout semblable, mais beaucoup moins détaillé, existe dans le pseudo-Aristote,qui attribue la découverte de l'île aux Carthaginois, que Diodo^e ne nomme qu'après avoir parlé des Phéniciens et de la volonté des Tyrrhéniens d'y fonder une colonie. Le faux Aristote ajoute que ce fut la crainte de voir les colons secouer la dépendance et nuire ainsi au commerce de la mère-patrie, qui engagea le Sénat à sévir, en portant peine de mort contre quiconque serait tenté de naviguer de nouveau dans cette île (2). Le savant auteur de la géographie d'Aristote, Ronigsmann, conjecture que le philosophe de Stagire, en parlant des anciens traités de commerce conclus entre les Carthaginois et les Tyrrhéniens, a voulu désigner le traité romain dontPolybe nous a conservé la traduction (3) ; mais Diodore, dans le passage en discussion, fait sans doute allusion à une époque beaucoup plus ancienne. Beckmann, commentateur des Mirubiles Aiiscultationes^ a discuté, de son côté, l'opinion des philologues qui ont cru reconnaître le Brésil ou d'autres parties de l'Amérique dans ces deux passages. Wesseling, après avoir traité ces interprétations de très-douteuses, finit pourtant par ajouter qu'on pourrait y trouver des indices de l'Amérique, comme ayant été plus ou moins connue des Carthaginois.
([) Dans le discours que Quelzal- ] (2) Aristot., De Mirab. AuscuU.-i ;-oliuatl adresse à ses compagnons, I cap. lxxxiv, pag. 836. Bœkk.
en les laissant, il semble faire allusion à l'idée émise ici par Diodore, Cf. Popol- Vulu Intr. p. lxxxv etsuiv
(3) hetronne, ûSinsle Journal des Savants, février-mai 1825, p. 236.
Après avoir discute avec sa sagacité accoutumée les opinions diverses qui se sont produites de son temps pour identifier la situation de l'île, décrite par Diodore, l'auteur de VHistuire de la géogi^aphie du Nouveau Continent ajoute : (( Il est impossible, je pense, de s'arrêter à une localité déterminée au milieu de tant de descriptions incertaines. La tradition est ancienne, car le trait « de l'asile ofTert dans le cas d'un renversement de fortune, ou de la chute de Carthage, » n'appartient qu'à Diodore, et pourrait Lien être un ornement oratoire, ajouté après la destruction de la cité de Didon. Ce même asile s'offrit, du moins en espérance, à Sertorius (1), lorsqu'à l'embouchure du Bœtis, il vit entrer un navire revenant <( de deux îles atlantiques qu'on croyait éloignées de dix mille stades. » Les liécits Merveilleux, qui sont la seule source à laquelle nous pouvons remonter, ont été compilés, pour le moins (2) avant la fin delà première guerre punique, car ils nous dépeignent la Sardaigne tyrannisée par les Carthaginois. Le mystère dont ceux-ci avaient intérêt d'envelopper leurs navigations lointaines, ne permet que de vagues conjectures. »
C'est dans cet ouvrage et dans d'autres du même genre, aujourd'hui perdus, mais dont les traces se trouvent dans la plupart des classiques anciens, que les Grecs et les Romains curieux puisaient les renseignements qu'ils désiraient sur cette matière intéressante (3). Mais ces renseignements, bien que
(1) Plutar., In vila Serlor., cap.
vin. — Sallust., Fragm., 489.
(2) Mannert, Geogr. der Allen, pan. I, pag. 44, 77.
(3) Voici, entre autres passages curieux, celui où Silène l'acoiite à Midas (yEliun. III, llislor.) : u Eu- » ropani, Asiam, l^ybiani, insulas » Oceano circumfiisas esse ; extra » eascontinenlem quaindam inlinita?
w magnitudinis q'.ff; nulrial grandia )) aiiimajia et homincs duplo mtijo- » res et longaîviores quam noslri
» sint. Ibidem esse magnas civitates, » diversa vitre instilula et leges » nostris contrarias. » Et plus loin:
« Ilanc terram possidere grandem » vim auri et argent!, ila ut inter » illos ])opulos minoris pretii sil » (juam apud nos ferrum. » — De son côté, Marcellin disait: « InAl- » lantico mari Europaîo orbe potior » insu la, » et Avienus : « Fertiles )) in Oceano jacere terras, ullra(jue )) eum rursus alia lillora alium ja- » cere orbem. »
vagues souvent, présentent encore assez d'indices pour nous faive douter quelquefois si les Romains eux-mêmes, à la suite des Étrusques et des Carthaginois, ne connurent pas, par leur expérience personnelle, ce continent enveloppe de tant de fables et d'obscurités. On peut néanmoins s'imaginer qu'en général les philosophes et les curieux se contentaient de discuter scientifiquement sur ces questions , sans en aborder le côté pratique, ni se soucier des intérêts immenses qu'une connaissance plus approfondie de ces contrées aurait pu faire surgir et favoriser. Privées des ressources de l'imprimerie qui a tant aidé à la diffusion des lumières, surtout depuis la découverte de Colomb, les populations s'inquiétaient sans doute fort peu de ces régions lointaines abandonnées au monopole de quelques marchands ; et il devait en être alors du commerce extérieur de l'Atlantique à peu près comme il en fut pour les nations européennes au moyen âge, relativement au commerce des Vénitiens dans l'Inde.