A SA FILI.E
('.li.iiiiiiol. août 1801 ... Je suis bien content que tu sois si heureuse; profite de ta verve et de ta jeunesse. De tels souvenirs te resteront ; j'en ai quelques-uns de pareils surtout rapportés de Fontainebleau; l'un dos des derniers est un amphithéâtre à neuf heures du matin, au début du printemps, des myriades de jeunes arbres et des millions
« I.K liKCIMK MOIIKUNE «. I,\ MAlAIHi: IJ I.A Mdl'.T r.-J7 de jount's pousses dans un voile mince de vapeur bleuâtre, avec la sensali(»n de la vie universelle. Ma mère en avait de ses promenades dans leshoisde Revin |)rès de liocroy, en compai,Miie comme toi de jeunes jjens et jeunes filles de ses parents et amis.
Puisque tu me parles de tes lectures, je prie André de ne pas te réciter Verlaine et toi de ne pas lire les poésies lyriques d'Klisahelli Browning. Tout cela et Uosselti, Swinburne en Angletei're, les Concourt, Daudet, IJourget et les décadents en France, est décidément malade. Toutes ces lectures font sur l'esprit l'efTet du liaschich ou de la morphine. Ils omettent la moitié de l'art, et sont comme des boiteux qui, ayant atrophié une de leurs deux jambes, seraient très fiers de sautiller sur l'autre. Il y a toujours deux parties dans une œuvre, l'une sensible, qui sunte aux yeux, qui consiste dans l'expression vive, familière, véhémente, de la sensation personnelle et momentanée; l'autre intellectuelle, qui consiste dans une idée générale et d'ensemble, dans un plan rigoureux, dans la coordination logique de tous les éléments, de tous les effets, en vue d'un effet total et final. Ces messieurs, Daudet en tète, n'estiment et ne comprennent que la première chose, ils nient la seconde, ffuile d'y pouvoir atteindre; ce sont des peintres impressionnistes qui méprisent l'analomie, la j)erspective et le modelé; ils passeront, comme une mode; jamais artiste n'a subsisté que par la réunion des deux facultés, et la seconde est encore plus essentielle que la première, si l'on veut durer et être compris. — Je prie André de te lire tout