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IX CUUUESPONDANCK
sienne: le danger ne serait réel que si on livrait batailh
aux environ? de Tour?, ville ouvert»' comme Orléans.
A M. ALEXANDRE DKNLEI.Li:
Tours, 15 octobre 1870
La sortie que les Parisiens ont faite, et que vous voyez célébrer dans la pi'oclamation de Gambetta, ne paraît pas avoir été très avantageuse; on ne parle ni de prisonniers, ni de canons encloués. — De plus, les Prussiens, qui sont maîtres d'Orléans, ne rebroussent pas cbemin, ils avancent: Libon croit que c'est plutôt vers Bourges. — Après avoir bien réflécbi, je pense que s'ils viennent à Blois, il nous faudia quitter Tours et aller à Bordeaux.
Je viens d'écrire une proclamation aux Prussiens poui' le ministère des Affaires étrangères; on la traduira en allemand. Les derniers renseignements que me donne en ce moment Libon sont plutôt rassurants et ajoutent à nos cbances de rester.
A SA MERE
Toiiis, to octobre IS'O
Les Prussiens ont pris Orléans et un de leurs détachements a passé la Loire. S'ils viennent à Blois, pro-
LA GLRRI'.i: 111
haMeiuent je m'tMi irai à Bordeaux; ma raiî^oii est qu'ils ont jeté dos bombes dans Orléans, et imposé um» contriltution de 8 millions avec menaces de pillage. Sils en font autant ici, je serais en peine de mes femmes. Cependant il est possible qu'ils marchent sur Bourges; de plus, il y a, derrière la Loire, 100 000 Français (chiffre officiel) ; le général Bourbaki vient de nous arriver, et nos troupes augmentent sans cesse; enfin, ils ont eu deux échecs sous Paris: ils ont été refoulés pai' des sorties. Ainsi, il y a de l'espérance pour nous. Selon plusieurs personnes bien informées, il leur sera difficile de canonner Paris et même les forts. La grosse artillerie de marine démolit tout de suite leurs travaux de terre, et ne leur laisse installer aucun canon; donc la batterie de mon beau-frère n'est pas exposée en ce moment; ma sœur peut compter sur mes renseignements, je vois Libon et les gens des Affaires étrangères: je viens aujourd'hui de faire pour eux une adresse aux soldats allemands qu'on va publier en français et en allemand.
J'ai reçu par ballon une lettre de mon oncle Alexandre. datée du l^"" octobre. Il dit que les dispositions de Paris sont très bonnes et qu'il y a des vivres pour longtemps.il paraît que neuf ballons sont prêts à partir de Paris en s'échelonnant de jour en jour. Le gouvernement d'ici correspond avec Paris par des pigeons que les ballons apportent (trois paires dans cluupie ballon). .... Le siège durera certainement encore deux mois.
A SA MERE
Tours, 28 oclol)ro 1X70
.... Gabriel Monod, que j'ai connu à Paris, est passé ici: il est infirmier volontaire, il a pansé les blessés aux batailles de Metz et de Sedan.
Toujours la même incertitude ici; nous partirons si les Prussiens occupent Vendôme ou Blois.
.... Je vous ai dit que javais écrit à M. Questel*. La lettre lui sera remise en mains propres par M. Lefèvre- Pontalis, député de Seine-et-Oise, mon ancien collègue des DéhaU. qui a une passe prussienne. Dans ma lettre à M. Questel, il y en avait une pour mon beau-frère Letorsay, avec prière instante de la faire remettre soit par M. Maurice, médecin à Versailles, soit par un paysan, un marcband ambulant.... Je suis bien chagrin de ne pas trouver d'autre moyen; Libon n'envoie rien à Paris que des pigeons pour le gouvernement. On essaie, dit-on, un ballon aujourd'hui, lancé du Mans; mais cesl comme si on lançait un duvet de chardon en l'air avec l'espérance qu'il ira à iO lieues de là passer juste audessus de tel point. Et encore je ne vois pas comment Paris peut avoir comnmnication avec Orsay, puisque les sorties ne vont pas au delà de Bourg-la-Reine et que tout le rest»^ est occupé par les Prussiens. Je vais causer encore avec
1. Oueslel ;Chaiies-Au',^ustc], arcliitocle du palnis d<' Versailles, uiembre do flnstitut (1807-1888 .
LA (iUKKHE 21
Lil>on, mais de ce côté je n'espère rii'ii, s.iiil peut-être faire parvenir une deuxième lettre à Versailles.
L'Angleterre, la Russie et les neutres demandent de leur chef à la Prusse un armistice pour convoquer une Constituante, sans préjuger en rien des bases de la paix. J"ai causé ici avec le directeur des Affaires étrangères: il y a quelque chance de ce côté. Si vous apprenez pailes journaux que M. Thiers a reçu un sauf-conduil prussien pour aller de Tours à Paris, ayez bonne espérance de la paix. Ce fait sera significatif; mais le saufconduit n"a pas encore été donné. Je viens d'écrire pour le ministère des Affaires étrangères un article sur Tarmistice et la situation', qu'on publiera en anglais à Londres. Je tâche de rendre service dans la mesure de mes movens.
A SA MERE
Tours. 4 novoi libre 1870 Vous savez les troubles de Paris^; j'ai quelques espérances de paix, à cause de l'intervention des Puissances et du vote de Paris qui a eu lieu hier% et qui, certainement, donnera une majorité énorme à Trochu. Favre, etc. — Ici, je saisies nouvelles à la source. Gam-
î. Reproduit dans les DeDiiers Essais de ('.rili(pie et d'hisloire. 2. I.e soulèvement du 51 octobre.
Tk IMébiscite du 5 novembre qui doiiii;i au gouvernement r)58 00lt mi contre 6-2000 non.
'22 COIIRESPONDANCE
botta et les autres sont découragés, sentent qu'il faut céder. M. Thiers a porté à Paris toutes les nouvelles de la province et dépeint l'état des choses. Il négocie en ce moment, je pense qu'il y a chance pour un armistice ; Trochu, Favre, etc., étant autorisés, appuyés par le nouveau vote, comprendront, je crois, la nécessité. — Il y a 120000 Français au Mans; mais les Prussiens sont trop nombreux, trop bien disciplinés pour qu'on puisse espérer une victoire; nous serions dévorés ville à ville. — Provisoirement, il faut se résigner. La paix dépend du degré de bon sens qui se trouvera dans Paris.
J'écrirai demain à Virginie' : c'est malgré moi qu'elle est allée à Nevers; avant de la laisser partir pour Brest, il faut que je m'informe de la sécurité de la voie. Pour Bordeaux, qui est fort agité, je ne le lui conseillerai pas; Xevers étant une ville ouverte, je crois qu'elle ferait bien d'y rester. Si notre armée ne se replie pas sur Tours et n'expose pas la ville aux chances d'un bomljardement, nous y resterons.
Sur Bazaine, rien de certain encore; il faudra une enquête contradictoire pour savoir s'il a trahi effectivement.
Je vais mettre à la poste pour le ballon la lettre de Sophie, mais c'est tout à fait vain.... Cependant il arrive parfois que Libon peut insérer dans une feuille portée par pigeon une adresse avec ce mot : « Les vôtres bien portants. » Je vais essayer auprès de lui.