‹ Sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 77 sur 136 · A .M. JOU.N DURAND · texte numérisé non relu

A .M. JOU.N DURAND

P.iris. '2'J iioveiiilnv 1N71 Mes .Vo/cs .s///' rAtujIclcrrc ([m oui paru dans la Temps voni élre pul)liées en volume; aussilôl qu'il aura paru, je vous l'enverrai; j'y ajouterai un peu plus tard une brochure sur le Suffrage à deux degrés qui va d'abord paraître en articles dans un journal, et une traduction d'après un ouvrage anglais presque inconnu et très curieux, qui contient les lettres d'une dame anglaise ayant résidé en France de ITIJ'J à 1705. Là-dessus la correspondance de votre comi)atriote Gouverneur Morris est des plus instructives; je cherche à me procurer les correspondances analogues des résidents américains sous l'Empire, la Restauration et Louis-Philippe, sans pouvoir encore y parvenir. Si vous pouvez me donner des renseignements là-dessus, me dire les noms des résidents et si leur correspondance a été publiée, je

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VOUS en serai t'ort obligé. Je tiens beaucoup aux jugements politiques que les Anglais et Américains compétents ont portés de visu sur la France; ils sont en politique ce que nos dilettanli et nos critiques sont en fait d'art.

Vous me demandez mon opinion sur l'état de nos affaires. — J'étudie notre bistoire depuis 1781) pour en avoir une. En attendant, je crois pouvoir dire que le |)Ouvoir de l'Assemblée est assuré, si elle ne se divise pas trop bruyanunent et si elle ne fait pas de trop grosses fautes, ce que j'espère. L'essentiel est de ne pas l'efaire la guerre avant dix ans, et de ne pas se mêler à la gi'osse partie que la Prusse va probablement jouer contre la Russie au printemps procbain. Les bonnnes les plus raisonnables me paraissent souhaiter la continuation des pouvoirs de M. Thiers, une loi électorale qui corrige la mauvaise organisation de notre suffrage universel, une Chambre Haute élective, le service militaire pour tous. Si Henri V mourait, il est probable que tous les personnages considérables en province, légitimistes, orléanistes, propriétaires ou industriels influents, s'allieraient pour conduire à peu près dans le même sens les affaires locales et générales, alors peu importerait que le chef du pouvoir fut un président à terme plus ou moins long, ou un roi constitutionnel. L'essentiel est que les classes éclairées et riches conduisent les ignorants et ceux qui vivent au jour le joui'. Non seulement les affaires reprennent, mais il y a un vif l'éveil de Tespril public, du senliiiient nalioiial.

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Beaucoup de gens se reprennent de goût pour 1m politique; ils ont de la bonne volonté, et donnent de l'argent. Nous sommes en train de fonder à Paris par souscriptions privées une École libre pour renseignement des sciences politiques. Je vois quantité de personnes qui sentent que leur devoir et leur intérêt sont de ce côté. J'ai donc un commencement d'espérance; en somme, les deux ennemis de la liberté sont chez nous les Rouges et les Bonapartistes.

Je serais bien curieux de savoir le détail complet d'une élection chez vous; nous ne connaissons que vos lois et point du tniil la mécanique réelle de lenr aeliDii, j'imagine rjuil y a là un roman de llalzac.

Vous êt«^s bien heureux, cher Monsieur, d'être à la campagne dans une maison à vous; c'est tout mon rêve.

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