‹ Sa vie et sa correspondanceChapitre 62 sur 141 · I. Sur les Essah de critique et d' histoire · texte numérisé non relu

I. Sur les Essah de critique et d' histoire

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faitcs-iiioi la grâce d'attendre encore deux mois; je l'avais mal l'ail, dans de mauvaises conditions. 11 y avait tout au plus une soixantaine de pages que j'aurais signées volontiers; je n'osais encore, et puis c'était ini Guide. On le réimprime, et je l'ai relait de fond en comble; aussitôt publié, j'aurai grand j)laisir à vous l'offrir et à mettre Tite-Liic dans le paquet.

Les articles sur Flécbier et Platon n'ont ])oinf été faits ni préparés à l'École; mais Platon est extrait en grande pallie de ma tbèse latine. Tile-Live est neuf, les beaux yeux de l'Académie l'ont seuls iiispii'é.

Merci de vos conseils et de votre discussion, quoique à demi indiquée. J'y pense, et pour vous le prouver, je vais vous marquer en deux mots comment j'essaierais de me défendre.

Si par système on entend une hypothèse, Voltaire a mille fois raison; supposer quehiue chose de non observal)le, la matière annelée de Descartes, ou la inonade de Leibnitz, est ridicule, et la science tous les jours se purge de ces belles choses indigestes.

Mon système, si l'on veut lui inlliger ce nom, n'est qu'une loi, c'est-à-dire un fait général, observé un grand nombre de fois sur plusieurs siècles, nations ou individus. Selon toutes les règles de l'induction scienliiique, on peut l'admettre pour les autres cas non étudiés encore. Ce n'est pas là une supposition, une hypothèse gratuite, une invention.

Toute mon andjilion est de demander [)0ur cette méthode une place au soleil; j'admiie les peintr(>s, je n'ai

ANNÉES ls:.7-l«.VJ KM

pas le lalciil (le lèlre; je ne suis qu'anatornisle, et je soutiens seuleinenl qu'à côté des pinceaux on peut tolérer les scalpels.

i*our ce qui est de mes sympathies, je n'aime point à crier mes confidences connue M. de Lamartine, en plein vent, avec tambours et trompettes. Trente millions de conlidents sont trop pour mon goût; voilà pourquoi je lais, dans ce que j'écris, abstraction de ce que j'aime; la dernière page du livre n'était point ironique, mais sincère, f.ette manière de s'abstiaire console; on oublie le présent et beaucoup d'autres choses, .le vous jure ({u'on a souvent besoin d'oublier.

A propos, me permettez-vous de léparer un oubli de votre part? Je n'étais point élève à Charlemagne; l'élève dont vous me décrivez la figure n'était point moi; j'y perds sans doute, mais tant pis. Votre serviteur, cher Monsieur, était à l'École Normale en deuxième année, au coin du banc à votre droite et regardait votre cravate blanche, pendant ({uo ce pauvre lîieder, qui croyait n'avoir sur le dos qu'une seule rédaction, s'en trouva vingt-trois à propos de Woll' et d'Ilomèi-e. Moi, je fis un travail sur le 1*^' livre de ï Iliade; j'ai encore vos coups de crayon; j'avais alors, et j'ai encore un grand nez, des lunettes bleues, cl un ardent amour pour les raisonnements philosophiques. Une fois, en pleine conférence, j'ai discuté avec vous sur la liberté I Reconnaissez votre homme à son signalement, et si jamais une permission de (juelques jours vous ramène à Paris, soyez assez bon pour m'en avertir; j'irai me

H. TAINï. CORItliSPONlIANCK. H. 11.

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faire vérifier par vous, et j'aurai le plaisir longtemps altendu de vous serrer bien affectueusement la main.

A EDOUARD DE SUCKAU

Paris, 2'J avril 1858 Mon cher Edouard, je t'ai pardonné ton silence de quatre mois, pardonne-moi mon silence de six mois. Je suis fort loin d'èlre guéri, comme lu l'as cru; je travaille deux à trois heures par jour, le matin, et avec de grandes précautions; le reste du temps, je me l'i-otlc d'eau froide, je dors, je digère longuement à table, je fais quelques visites, et je donne quelques rares le(;ons; je me couche à neuf heures, et je ne vais dans le monde qu'en cas d'extrême nécessité. Voilà ce qui m'empêche d'écrire; encore une fois pardonne-moi.

J'ai présenté Marc-Aurèle' à M. Villemain et à M. Guizot; je tâcherai par M. Meissonier- de le faire présenter à M. Emile Augier; M. Simon parlera à M. de Rémusat. Je compte sur Prévost pour d'autres académiciens. Malheureusement, M. Villemaiii n'a pas l'air bien disposé. Il m'a dit qu'on n'avait jamais couionné qu'une thèse, celle de Kastus% à cause du travail énorme (ajoute la volonté de Cousin), et que d'ailleurs tu n'avais pas parlé des gens du xyi*^ siècle qui ont parlé de Marc-

1. Le livre de Jl. de Suckau, présenté pour un prix d'Académie. '2. Le peintre Ernest Meissonier.

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