‹ Sa vie et sa correspondanceChapitre 96 sur 141 · Sur l'ilisinire ilo I;i lilli'r.iliiii' ;iiif:l;iiso · texte numérisé non relu

Sur l'ilisinire ilo I;i lilli'r.iliiii' ;iiif:l;iiso

500 CUr,r,E.Sl'Û.NDANCE

physiologie et à la géologie. De même qu'il y a des rapports fixes, mais non mosurablos quantitativement, entre les organes et les fonctions d'un corps vivant, de même il y a des rapports précis, mais non susceptibles dévaluation numérique, entre les groupes de faits qui composent la vie sociale et morale. J'ai dit cela expressément dans ma préface, en distinguant les sciences exactes et les sciences inexactes, c'esl-à-dire les sciences qui se groupent autour des malliémaliques et les sciences qui se groupent autour de l'histoire; toutes deux opérant sur des quantités, mais les premières sur des quantités mesurables, les secondes sur des quantités non mesurables. La question se réduit donc à savoir si l'on peut établir des rappoils précis non mesurables entre les groupes moraux, c'est-à-dire entre la religion, la philosophie, l'état social, etc. d'un siècle ou dune nation. Ce sont ces rap|)orts pi'écis, ces relations générales nécessaires, que j'appelle lois avec Montesquieu; c'est aussi le nom qu'on leur donne en zoologie et en botanique. La préface expose le système de ces lois historiques, la connexion générale des grands événements, les causes de ces connexions, la classification de ces causes, bref, les conditions du développement et des transformations humaines. Cet exposé est-il vrai? C'est là-dessus (ju'à mon retour, je solliciterai votre jugement et votre critique. Vous citez comme exemple mon parallèle entre la conception psychologique de Shakespeare et celle dt' nos classiques français, et vous dites que ce ne sont pas là des lois; ce sont des types,

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et j'ai fait là ce que font les zoologistes loi's(|Lie, prenant les poissons et les nianiniifèrcs par exemple, ils extraient do toute la classe et de ses iinioinbrables espèces un type idéal, une forme abstraite commune à tous, persistante en tous, dont tous les traits sont liés, pour montrer ensuite eonmient le type unique, combiné avec les cireonslances spéciales, doit produire les espèces, (^'est là une conslruclion scientifique semblable à la mienne; je ne prétends pas plus fpi'eiix deviner, sans l'avoir vu et disséqué, un élre vivant; mais j'essaie comme eux il'indiquer les types généraux sur lesquels sont bâtis les êtres vivants, et ma méthode de construction ou de reconstruction a la même portée, en même temps que les mêmes limites.

Pardonnez cette défense à un auteur, ou plutôt vous n'avez pas à pardonner, et je crois pouvoir dire en conscience (pie là-dessus lan'iour-propre d'auteur n'est pas en jeu. Je tiens à mon idée parce que je la crois vraie et capable, si elle tombe plus tard en bonnes mains, de pi'oduii'e de bons fruits. Elle traîne par terre depuis Montesquieu, je Tai ramassée, voilà tout. Pour le talent dont vous me louez, je n'y crois guère et j'ai vu de trop près les vrais artistes, les tètes fécondes capables d'enfanter des figures vivantes, pour admettre que j'en sois un.

Je serai à Paris dans une douzaine de jours, et je tà( lierai d'aller vous voir presque aussitôt. J'espère que la santé de Madame Havet est meilleure et que la vôtre se soutient. Pour moi jt^ me suis raccommodé après m'être

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cassé cil i)hisi(Miis morceaux, et je làclie de inainleiiir

le tout ensemble.

Croyez, mon cher maître, à tout mon respect et à mon sincère attacliemenl.

A SA Mi'.RC

l'aiis. lOiiiiii tSOi

Je me porte bien, j'ai rapporté sept pelits volumes de notes; je pense en tirer quelque chose. Je compte aller ces deux mois-ci aux bibliothèques pour compléter mon voyage par des lectures; j'ai maintenant l'idée générale du pays et de son histoire, on pourrait faire un voyage connue les Pyrénées, mais plus au courant de la plume et plus en grand. Je vais 'consulter mes amis.

J'avais grand besoin de revenir, d'abord |)Our être chez moi, l'auberge et le déplacement continu Unissent par être insupportables, mais encore pour faire mes affaires. Je viens de lire les articles pai'us, ils ne sont pas fort aimables, et si le livre s'est vendu, ce n'est pas leur faute. Mais surtout je vois que mes amis, Sainte-Beuve, Prévost-Paradol, Schérer, Montégut, m'ont oublié! Il faut être toujours sur la brèche; j'y suis à présent .

J'ai passé dix jours à Venise; c'est la ville qui m'a fait le plus de plaisir, parce qu'elle est dans l'eau et que j'aime l'eau par-dessus tout. Ajoute que, de toutes

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los pointures, c'est colle que je sons le mieux. J'avais une leltiv; pour M. Localelli, diroctoni' do la Gazelle officielle; il mi'ii donné beaucoup de ronseignernents slatisti(jUOs et politiques. De là je suis allr à Vérone et à .Milan; j(> no suis resté (pie doux jouis à Milan, je n'ai pu roniellre ma lollre d'inlioduclion à la conitesso M.... Kn rovanclio, j'avais trouvé à Venise une niaïquiso milanaise (pii depuis six mois liabilail l'iiùlol pour sa sanlé; l'air de Venise est liés doux, el l'Iiiver à Milan est très rude; elle a l'oil liieii n'iiiplacé. sans le savoir, la comiosso M....

De là je suis allé aux lacs, j'ai passé un jour el demi sur celui de Corne et un jour et demi sur io lac Majeur. Ce dernier, el le voyage do retour à travers le Sinq)lon, voilà les plus belles impressions que j'ai rapportées dllalio. Los grandes clioses naturelles me plaisent plus que les monuments. Ces vallées qui lerminont les Alpes du côté do l'Italie sont d'une fraîcbeur incomparable, et le cadre de montagnes neigeuses qui les enserre fait encore mieux ressortir leur beauté et leur é(dal.

A M. CORNELIS DK WITT

Pari<, 17 mai 1864 Mon clier Cornélis,

J'arrive à point d'Italie pour recevoir la petite leçon do tolérance que Mgr l'Kvéquo d'Orléans et ses amis

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ont bien voulu nio donncM' '. [)e cot nccidcnt. il nie reste l>eaur{»u|) de i'econn;iissance pour M. (iuizol; c'est à peu près l'issue oi'dinaii'e de mes caiiilidatures; j'espère que tu le lui diras de ma part.

Tu ('ûmj)rends bien que si les théories morales avaient été en cause, je ne me serais |)as j)résenlé; mais, d'après les paroles de M. Bordin, le prix était uniquement et expi'essément réservé à l'ouvrage qui réunissait « les connaissances les plus étendues, et le mérite de style ». Cela posé, comme j'avais lu la plus vaste littérature de l'Europe, passé sept ans dessus, et qu'on ne disait jjoint mon livre ennuyeux, j'étais excusable d'envoyer mon livre au concours.

Quant aux phrases que tu blâmes, mon cher ami, considère seulement une chose : crois-tu qu'on ferait le métier que je fais, si l'on ne croyait son idée vraie? >'on, cent fois non. Mieux vaudrait mille fois être banquier, épicier; au moins on gagnerait de l'argent, on aurait une maison, une famille, le teint frais, et le plaisir de digérer pacifiquement au dessert. .Nous n'avons qu'une seule compensation, la croyance intime que nous sommes tondjés sur quelque idée générale très large, très puissante, et (|ui d'ici à un siècle gouvernera une province entièi'e des études et des connaissances humaines. Autrement ce serait faire un métier d'oie que de juger pour la centième fois Shakespeare, ou d'aller l'amasser d'illustres inconnus conmîe lîarnnv ou

1. 1,0 refus du \>\\\ lioi'din ;'i l'At:iil('>iii'(' IV:iniMis(\

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Sidney pour les déleircr ol les iiiellre en file. Nous ne valons, nous no vivons, nous ne travaillons, nous ne résistons que grâce à notre idée philosophique. Or la mienne est que tous les sentiments, toutes les idées, tous les étals de l'ànie humaine sont des produits, ayant leurs causes et leurs lois, et (|uo tout lavenir de l'histoire consiste dans la recherche de ces causes et de ces lois. L'assimilation des recherches historicjues el psychologiques aux recheiches i)hysiologiques et chimiques, voilà mon ohjet et mon idée maîtresse; que les deux classes de laits soient d'ordre et dignité différents, je n'y contredis pas; mais quant au mode de génération, j'ai passé dix ans à prouver la ressemblance; j(! le doime ma parole (pic je n'ai jamais songé en écrivant à faire du scandale; j'ai toujours cherché l'expression la plus exacte. la plus nette, bref la formule; je n'ai jamais cherché autre chose; et je crois que le droit et le devoir d'un écrivain est, coûte que cofiio, lorsqu'il a bien lélléchi, d'exprimer sa pensée avec toute la précision et toute la force possible, sans songer aux alerniaicMienis et aux (■onipromis.

J'ai ti'ouvé à mon retour la petite icllrede Madame de Witt; je l'en remercie et je profiterai de ses remar-

(jUCS ' .

J'ai passé (rois mois en Italie, voyant et interrogeant le plus possible, je complète en ce moment mon voyage pai- mes lectures; je lâcherai d'en tirer quelque chose.

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