‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 164 sur 207 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

à s'accuser d'exagération. Je me dis ce qu'on m'aurait dit, que la lampe irait bien au-delà de la nuit, et le lendemain quand je la trouvai éteinte, mon cœur se serra avec une douleur non libre de trouble. La faute de tout cela est le vague et quelquefois la lenteur des opérations de mon âme. Il y a plus ici que l'incident même ; j'ai trop indulgé une sorte de bercement de la pensée, de la volonté, qui ne court pas au fini de l'action, à son accomplissement en temps utile. Je suis comme cela pour ce que j'aime le mieux; les entraves et les souffrances y ont beaucoup contribué. Mais plus que jamais il est nécessaire de rendre à l'âme son empire sur mon être, et puiscpi'il n'y a plus de combats intérieurs, il faut que toutes les puissances morales s'exercent à l'obéissance rapide.

» L'incident du livre oublié est aussi un petit châtiment et une épreuve. Si j'avais dit, le samedi soir, l'office de la veille du dimanche des Rameaux, le li\Te n'aurait pas manqué de se trouver là; si, dès le matin, mon attention avait été fixée sur la spécialité du jour, j'aurais été avertie de mon oubli. Ah! qu'il en est peu d'innocents! Si j'étudiais davantage les choses que je regarde comme importantes, pour leur faire porter toutes leurs conséquences, je recueillerais de meilleurs fruits. »

Le fragment suivant, jeté, comme les autres, sans date, sans indication quelconque à la suite d'une liste de commissions, doit infailliblement se rapporter à la notification de l'arrêt qui motiva le départ pour la Russie :

« Le terrible jour, avant l'heure de la visite attendue, retirée dans ma chapelle, en récitant, parmi mes prières,

mon petit office du Crucifix, je priai avec une ardeur toute particulière et une impression tout à part, si bien qu'en sortant, près de la porte, je m'arrêtai, et me retournant vers le tabernacle avec un indicible mouvement d'amour, je me dis : Mon Dieu ! je ne vous ai jamais prié ainsi! Une lieure après j'étais dans un abîme dangoisses, et à travers le chaos de mes déchirements, ma pensée se reporta rapidement vers la prière qui m'avait ravie, et je me dis : C'était le viatique de la Douleur! »

Une telle piété ne pouvait manquer d'engendrer la charité; M""^ Swetchine considérait l'une et l'autre comme inséparables, et nous allons l'entendre s'en expliquer avec un des hommes les mieux faits pour la comprendre.

Au début de ses rapports avec M""* Swetchine, M. de Melun hésitait encore entre des études sur le passé qu' i devait transformer en une histoire du concile de Trente, et cette vocation charitable à laquelle il donna bientôt une préférence si féconde. En 1836, il lisait à la fois Fra Paolo Sarpi et la vie de saint Vincent de Paul ; M"^ Swetchine lui écrivait :

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