VI. — A la Lune
Soutiens mon essor poétique, Astre favori de mon cœur ; De ta clarté mélancolique Je chante l'aimable splendeur.
Auprès de ce bocage sombre, Fuyant le tumulte et le bruit, Ma lyre vient frémir dans l'ombre De ta silencieuse nuit.
Déjà, dans sa marche imposante, Ton globe, aux yeux de l'univers, Ainsi qu'une lampe éclatante, Monte lentement dans les airs ; Et tandis qu'il plane et s'avance Dans l'immense espace des cieux.
Le calme, la paix, le silence Précèdent ton char radieux.
Lorsque du haut de ta carrière Tu brilles dans le firmament, Et que de la nuit solitaire Tu perces le noir vêtement.
Attentif, auprès du rivage.
Je contemple dans les roseaux Ta riante et mobile image.
Qui brille et flotte sur les eaux
Salut, ô lumière adorée.
Astre propice et bienfaisant ; Salut, de la voûte éthérée Subhme et divin ornement ; Tant que les cordes de ma lyre Pourront résonner sous mes doigts, Je te consacre mon délire Et tous les accents de ma voix.
Et quand de Dieu l'arrêt sévère, Entre les glèbes du vallon.
Aura déposé ma poussière, Puisse encor ton faible rayon.
Au voyageur sensible et tendre Montrer le simple monument.
Et l'herbe qui couvre la cendre De ton chantre et de ton amant.