CHAPITRE SIXIÈME
brûle? » Souvent aussi, elle répétait cette parole de saint Jean : « Dieu est amour, et celui qui demeure çn Dieu demeure dans l'amour. » Puis elle ajoutait : « C'est comme cela que je suis, je suis dans l'amour ; j'y nage, j'y nage ! »
Plus d'une fois, elle donna à entendre qu'elle espérait mourir d'amour. Il est certain que cette ardeur dévorante contribua puissamment à consumer une vie qui, selon les apparences, ne devait pas sitôt finir. Ses sœurs se le disaient entre elles : « Si notre sœur Jeanne-Françoise continue, elle n'ira pas loin. » Une des religieuses les plus saintes et les plus expérimentées, presque effrayée de ces ivresses spirituelles, lui dit un jour : « Vous êtes comme le vin nouveau 1 » C'était vrai, Jésus-Cbrist, l'Époux divin, voulait le boire ainsi à la table de son Père.
À l'occasion de la mort d'une de ses compagnes, qui s'était endormie paisiblement entre les bras du Seigneur, elle dit ces paroles , où sa douce et sainte âme apparaît tout entière : « Pour moi, si Dieu m'appelait aujourd'hui, j'irais à lui sans crainte, sans regret ; car je l'ai toujours aimé lui tout seul, et je ne lui ai jamais rien refusé. Même au milieu des joies et des fêtes de famille, les seules où je trouvais de la douceur et où je prenais ma bonne part de plaisir ,
mon Jésus avait aussi la sienne, je la lui faisais grande, ainsi qu'il me la demandait. Du reste, j'avais peu de mérite en cela, puisque j'étais sûre que les petits sacrifices qu'il m'imposait, me seraient payés par d'abondantes consolations intérieures. — Ce n'est pas moi qu'il en faut louer, ajouta-t elle en voyant l'émotion de celle qui l'écoutait, c'est mon bon Jésus ! 'C'est lui qu'il faut remercier ; car c'est sa grâce qui m'a faite ce que je suis ! C'est lui qui m'a mis au cœur l'amour dont je l'aime et qui m'a fait le- préférer à tout. »
Elle garda un instant le silence, comme absorbée en Dieu, puis elle reprit : « Cependant, si je mourais aujourd'hui, j'aurais un regret, celui de ne m'ôtre pas assez humiliée. Je vois positivement que ce trait de ressemblance avec mon Sauveur me manque. Jusqu'ici je n'ai pensé qu'à l'aimer ; maintenant, je sens qu'il veut que je m'anéantisse avec lui. » Puis, s'interrompant brusquement: «Voulez-vous prendre avec moi la résolution de ne plus chercher à nous justifier de rien ? » Sur la réponse affirmative de son amie, elle parut joyeuse et ajouta : « L'union fait la force I »
Quelques jours après, reprenant cette conversation que je rapporte tout au long parce qu'elle