Voyez ci-dessus, page
place. L'intérêt matériel n*en est pas moins le mobile principal qui préside aux unions, et Ton diffère très somment la noce jusqu'à ce que le conjoint ait gagné de quoi yivre. Ajoutons que, selon les circonstances et la position sociale de la famille, le père de la promise se fait donner par son futur gendre un certain nombre de chameaux, d'ânes, de moutons ou de chèvres, dont, au jour du mariage, il rend une partie à titre de dot.
La célébration du mariage se fait d'ailleurs à la mode arabe ; on promène l'épouse sur un chameau dûment paré, avec une escorte de femmes et de jeunes filles qui chantent les chants d'usage ; puis le mari emmène sa moitié chez lui, l'y garde sept jours, après quoi il la rend à ses parents, et s'en va pour sa part conduire ses chameaux au vert, ou bien entreprend, au Borkou, a Kawàr, au Fezzan, un voyage d'affaires, d'où il ne revient quelquefois qu'au bout de plusieurs années. Pendant ce temps, la jeune ménagère demeure sous le toit paternel ; mais plus tard^ si le mari fait une nouvelle absence prolongée, elle reste à la tète du logis commun. Il va de soi qu'étant donnés et les conditions du climat, et le genre d'existence, et aussi ces longs et fréquents voyages des Toubous, les unions ne sont pas d'ordinaire très fécondes.
D'après une coutume locale, qui a force de loi, l'homme qui s'est rendu coupable d'un meurtre ne peut dans aucun cas se racheter en payant l'amende {Dia); il est obligé de s'expatrier, et n'a le droit de revenir que si enfin, comme il arrive souvent à la suite de longues années d'exil, la famille de la victime consent, moyennant une forte rançon, à lui rouvrir l'entrée du pays. J'ai dit qu'avec l'humeur coléreuse et fière des Tedâs, les violences de langage et d'action aboutissaient d'ordinaire à des luttes sanglantes. Quant aux vols, aux diffamations, et aux autres délits de moindre importance, ils sont punis d'amendes plus ou moins fortes, selon la gravité de Tinfraction et les ressources du délinquant. Pour l'adultère et la séduction, crimes assez rares du reste, le coupable est livré à la vengeance de l'époux ou du père offensé.
On a vu que tout Maina, ayant l'âge; et la considération suffisantes, pouvait trancher les questions litigieuses, sans que Tintervention du Dardai fût en aucune façon nécessaire. Dans les cas particulièrement épineux, comme il s'en présente souvent* chez un peuple à ce point chicaneur, on fait appel à plusieurs arbitres, ou l'on porte l'affaire par devant l'assemblée des nobles,
qui, après d'interminables discussions et débats, réussissent d'ordinaire à l'arranger. Toute leur sagesse vient-elle à échouer, on s'adresse au missionnaire snousi de l'oasis de Wau, lequel fait fooction de cadi, et statue en dernier ressort.
Chez les Tedâs, comme chez tous les peuples oii règne le régime patriarcal, on trouve la vénération de l'âge ; les enfants respectent le père, et le jeune frère son aîné. Quanta la femme, 8ans être astreinte dans la famille à une réserve aussi pudique que chez les Touaregs^ elle n'en montre pas moins, quelle que soit sa liberté d'allures à l'extérieur, une grande retenue vis-à- Tisde son mari. Elle ne prend jamais son repas en sa présence, et ne mange non plus jamais avec lui ; elle ne lui parle qu'en détournant le visage et il lui répugne de le nommer devant d'autres personnes. Aussi le nom de l'homme marié finit- il peu à peu par se perdre, et est remplacé par une périphrase. Les parents même de la femme semblent avoir conscience de la situation extrêmement délicate qui leur est faite en face de l'époux. Pour les beau-père et belle-mère, de même que pour les frères et sœurs, celui-ci devient un individu qu'il faut s'abstenir soigneusement de désigner sous son propre nom^ à moins de nécessité absolue. Se trouve-t-il dans une réunion d'hommes, et son beau-père vient-il à paraître, il se lève aussitôt et s'éloigne; est-ce son beau-frère qui survient, et celui-ci l'aperçoit-il, le mari ne bouge point ; mais l'autre passe son chemin. En revanche, il ne s'assied pas dans une société où se trouve son beaufrère; mais, relevant son litham, il passe outre. S'il a des enfants, et qu'on ait besoin de le désigner, on use de cette circonlocution : « le père de tel ou tel fils, » ou « le père de telle ou telle fille. »
Venons maintenant au costume et à l'armement, que, durant mon séjour forcé à Bardai, j'ai eu occasion d'étudier sur une multitude de curieux venus de toutes les vallées.
La lance {Edi boid, la grande lance), longue de sept à neuf pieds, avec un fer qui varie d'un pied et demi à deux pieds, est un instrument presque toujours importé de l'étranger, du Borkou, de rOuadaî, du Bornou ou du Baguirmi. Le javelot {Edi ienei, la petite lance), d'une longueur de six pieds environ, avec une partie métallique d'un pied et demi, a généralement sa tige de fer pourvue de dents et de crochets qui en font un engin des plus offensifs. Une autre arme de jet, qu'on appelle Midschri, a trois empans de longueur, avec des appendices tranchants qui varient
de forme et d'inclinaison. Pour la facilité du maniement, la pa^ tie supérieure en est enveloppée de courroies ou de ficelles. Le poignard {Loî)^ à peu près de la dimension de notre couteau de chasse, s'assujettit au poignet gauche au moyen d'un rond de cuir large de trois doigts. Dans son étui se trouve d'ordinaire une petite gatne de supplément pour un petit couteau dont le manche est en forme de pincette. Ce dernier instrument sert principalement à extraire les épines qu'on a dans le pied. Le glaive [Akâsou)^ large et à deux tranchants, avec une poignée en croix, vient d'Europe et surtout d'Allemagne (Solingen). Tous les Tedâs n'en portent pas. Le bouclier enfin, de forme à peu près elliptique, avec une partie supérieure plus large, va depuis le sol jpsqu'à la hauteur des yeux. Fait d'une simple peau d an-
Lances et épieax des Tedàs.
tilope, il n'est que d'une assez médiocre défense, même contre les javelots en usage.
Les Tedâs s'entendent à lancer leurs traits avec beaucoup de force et de sûreté, à une distance de quinze mètres environ. Levant la main un peu au-dessus de la hauteur de l'épaule, ils impriment à l'arme un vigoureux mouvement de rotation qui emprunte une force énorme à la densité élastique du bois d'acacia sajal dont est fait d'ordinaire le manche du javelot. Celui-ci est projeté horizontalement, et, brandi d'une main exercée, il doit faire de terribles blessures. Tout jeune du reste, le Toubou est exercé à l'usage des armes. On donne aux petits garçons des lances de moyenne grandeur et des javelots de bois aiguisés en pointe, qu'ils ne quittent jamais ; puis, à mesure qu'ils grandissent, ou leur confie des engins plus sérieux, jusqu'au jour
où ils entrent enfin en possession d'un appareil complet de combat.
Les femmes elles-mêmes portent souvent à la hanche sous leurs vêtements un poignard de la longueur de la main, et ces viragos décidées ne se gênent nullement pour résoudre à Toccasion leurs querelles, non pas seulement avec le poing ou le bâton, mais encore avec des armes effilées. J'ai vu à Bardai deux femelles en colère passer .ainsi des gros mots à Taction, et si le poignard ne fut pas Vultima ratio des combattantes, cela tint à ce qu'on les sépara juste à temps.
J'ai décrit à propos des Toubous qui habitent le Fezzan le genre de costume que porte la peuplade, et les atours dont se parent les femmes : il me reste à dire, pour finir, quelques mots de l'industrie nationale. Celle-ci se borne, en dehors de la construction de ces huttes si propres que j'ai mentionnées, à la
Armos do Jet des Ted&s.
confection des ustensiles les plus nécessaires de ménage et de voyage. De la peau de leurs chèvres, qu'ils tannent au moyen des fruits du karad, les Tedàs font des outres et des pièces d'habillement ; ils savent aussi, avec des os et des noyaux de dattes, préparer un goudron qu'ils emploient pour rendre les outres plus résistantes et pour traiter les maladies de peau des chameaux. A l'aide du branchage des palmiers, les femmes tressent des nattes, avec les fibres de leur feuillage elles fabriquent des cordes. La selle chamelière locale diffère de Vhâwia en usage dans la Tripolitaine *, en ce qu'elle est faite de deux fourches en bois d'acacia qui s'adaptent en manière d'agrafes en avant et en arrière de la gibbosité de l'animal et qui sont assujetties l'une à l'autre par des bâtons croisés latéralement. L'appareil entier,