CHAPITRE r
Scala. — Le couvent. — Ijcs sept postulants. — SportelH. — Vitus Curzius. — La montagne cscari)ée. — MazzinL — Mandarini. — J. B. Donato. — Pietro Roniano.
— Silvestre Tosquez. — Caractère de ce dernier. — Visite au monastère de Scala.
— Les tribulations de Marie-Céleste. —Nouvelles apparitions de la croix dans l'hostii». — Le 9 novembre 1732.] — Division des esprits. — La pierre d'achoppement.
— Rupture dos conférences. — Arrivée de Vitus Curzius. — Mortifications d'Alphonse et de ses compagnons. — Le peuple de Scala.
La petite ville de Scala s'élève sur le versant d'une montagne d'où elle domine les bourgs et les villages disséminés sur la côte* pittoresque d'Amalfi. Rien de plus gracieux que ce nid d'aigle, d'où l'on aperçoit par delà les plus beaux paysages, les flots de la grande mer, les barques des pécheurs d'Atrani et de Minori, et cet horizon mystérieux qui s'étend comme un vaste rideau cachant un autre monde. Sur ces sommets, loin des foules bruyantes, l'âme se sent pour ainsi dire plus près de Dieu. C'est vers ces monts solitaires que, le 5 novembre 1732, Alphonse de Liguori dirigeait ses pas.
Depuis plusieurs années, il s'était attaché à cette ville de Scala, qui lui rappelait tant de doux souvenirs. On l'y aimait aussi, caries habitants n'avaient pas oublié ses fortes et touchantes prédications. Ils Faccueillaient comme un ange envoyé du ciel pour les doter d'une famille de vaillants missionnaires, émules par leur sainteté de ces religieuses du Saint-Sauveur dont ils admiraient chaque jour les sublimes vertus. Son vénérable ami, l'cvéque Guerriero, n'était plus là pour lui souhaiter la bienvenue, mais son successeur, M*' Santoro, prélat d'un grand cœur et d'une haute piété, le reçut à bras ouverts, promettant de l'aider de tout son pouvoir dans Tœuvre qu'il voulait fonder.
L'hospice des religieuses devait servir de couvent provisoire aux
membres du nouvel institut. C'était une maisonnette étroite et incommode, composée d'un modeste oratoire, de trois chambres et d'une salle commune. Quelques mauvaises chaises, de pauvres paillasses pour la nuit, quelques vases de terre à l'usage de la cuisine et de la table, en formaient tout le mobilier. Notre saint éprouva des transports de joie en entrant dans cette masure, dont l'exiguïté, les murs froids et nus, et jusqu'aux ustensiles de ménage, rappelaient à s'y méprendre la maison de Nazareth. Quel bonheur de se voir enfin dans cette solitude' après laquelle il aspirait depuis si longtemps, au milieu des généreux compagnons qui n'avaient pas reculé devant les hasards et les labeurs d'une fondation naissante!
Des sept postulants recrutés pendant ces six derniers mois, César Sportelli, Vitus Curzius, Jean Mazzini, Pictro Romano, J. B. Donato, Vincent Mandarini, Silvestre Tosquez,les cinq derniers seulement se trouvaient réunis à Scala. Avant d'aller plus loin et pour comprendre les événements qui vont suivre, il est nécessaire de faire connaître au lecteur ces premiers compagnons de notre saiut.
Gentilhomme^ avocat distingué, procureur du marquis de Vasto, César Sportelli savait allier les travaux exigés par ses différentes fonctions aux exercices de la piété chrétienne. Dès l'adolescence, il s*était mis, comme sa sainte mère, sous la direction du père Falcoia, qui lui prophétisa sa future vocation. Un jour qu'il racontait à la mère la vision des bords du Tibre : « Cet enfant, dit-il en lui montrant son fils, sera du nombre des heureux missionnaires que Dieu m'a montrés.» César grandit avec ce souvenir. Aussi quand il fut question de la nouvelle milice, bien qu'ftgé de trente ans, déclara-t-îl que, pour s'y enrôler, il n'hésiterait pas à sacrifier la gloire et la fortune.
Son ami, Vitus Curzius, secrétaire du marquis de Vasto, no Im ressemblait guère. Orgueilleux et arrogant, ce jeune gentilhomme avait oublié les leçons puisées au sein de sa noble et pieuse famille. Il n'avait, disait-il, d'autre instrument de dévotion que son pistolet et son épée, et il en faisait un fréquent usage, car il ne comptait plos le nombre de ses duels. Les exemples de Sportelli et de sa vertueuse mère le firent rentrer en lui-même. Ardent pour le bien comme pour le mal, il fit, aussitôt après sa conversion, de très rapides progrès dans la vertu. Un songe dont il raconta immédiatement à Sportelli les mystérieux détails détermina sa vocation : « Je me voyais, dit-il, au pied d'une montagne très haute et très escarpée, dont un grand nombre de prêtres s'efforçaient d'atteindre le sommet. Je voulus les imiter, mais à peine avais-je fait un pas que le pied me manquait.
et je roulais en arrière. Plusieurs fois je recommençai ces tentatives; mais, à mon extrême déplaisir, je glissais et retombais tou?jours, jusqu'à ce qu'enfin, l'un de ces prêtres, touché de compassion, me prit par la main et m'aidât à gravir la montagne. » Les deux amis plaisantèrent sur le songe et la maladresse du songeur, lorsque, dans le courant de la journée, passant ensemble près du collège des u Chinois », ils rencontrèrent Alphonse, que Vitus ne connaissait aucunement. A peine Teùt-il aperçu que, se retournant stupéfait vers Sportelli : u César, dit-il, voilà le prêtre qui m'a tendu la main la nuitdernière pour m'aider à gravir la montagne. » Son compagnon luiapprit que ce prêtre s'appelait Alphonse de Liguori, et qu'il avait l'intention de fonder un nouvel ordre de missionnaires, « dans lequel, ajouta-t-il, je suis résolu d'entrer ». Ce fut un coup de la grâce pour Vitus; il comprit, d'après le songe qui l'avait tourmenté, qu'Alphonse était l'homme choisi par Dieu pour Taider à gravir la montagne sainte, et il résolut aussitôt de se mettre à sa suite en qualité de frère servant.
Excepté ces deux laïques, retenus encore à Naples par leurs emplois, les quatre autres postulants, tous prêtres, se trouvaient à Scala pour inaugurer la fondation. Le premier, Hazzini, n'était âgé que de vingt-six ans, mais la maturité du caractère et la sainteté de la ^e avait devancé chez lui le nombre des années. Nous savons déjà comment il fit connaissance d'Alphonse au pied des autels, et comment, pour l'encourager à fonder l'institut nouveau, il lui promit d'être son premier compagnon. » Il eût sur-le-champ tenu sa promesse, mais son directeur le retintquatre ans encore avant de lui permettre de rejoindre le saint fondateur, ce qui exerça singulièrement la patience des deux amis.
Hus heureux, Mandarini, exilé par Ripa du coUègedes «Chinois », se trouvait absolument libre de suivre la vocation à laquelle il se croyait appelé. Aussi distingué par sa naissance que par ses talents, docteur en droit et en théologie, plein de zèle et de piété, Mandarini promettait de devenir en peu de temps un missionnaire accompli.
Ce fat par son entremise qu'un de ses compatriotes des Calabres, Jean-Baptiste Donalo, entendit parler des projets d'Alphonse. Déjà membre d'une société destinée à propager la dévotion au saint Sacrement, ce prêtre savant et zélé manifesta le plus vif désir d'entrer dans le nouvel institut. On aurait pu se demander si cet empressement à passer d'une société dans une autre ne dénotait pas une certaine versatilité de caractère, mais les explications de Donato
parurent si naturelles et ses intentions si droites que sa demande fnt acceptée.
A ces trois ecclésiastiques encore jeunes s'était joint un chanoine de Scala, don Pietro Romano, depuis longtemps déjà confesseur des religieuses du Saint-Sauveur. Bon théologien, excellent prédicateur, il avait bien vite apprécié les vertus d'Alphonse et conçu le désir d'entrer dans un ordre dont il connaissait mieux que personne les mystérieuses origines.
Parmi ces postulants s*en trouvait un cinquième, sur lequel nous devons nous étendre davantage. Silvestre Tosquez était un gentilhomme de grand avenir, dont le frère occupait un poste important à la cour de Vienne. Intendant général des douanes à Tâge de trente ans, avocat éloquent, Tosquez pouvait aspirer aux premières charges de TÉtat, dont il était du reste digne par ses talents comme par sa conduite; mais il avait d'autres visées et de plus nobles ambitions. Son bonheur était de passer en oraison tout le temps qu'il pouvait dérober à ses divers emplois. Il étudiait la mystique avec plus d'ardeur que la jurisprudence, il parlait des chosesdivines avec la compétence d'un contemplatif. Son imagination ardente et son cœur de feu l'entraînaient vers ces voies extraordinaires par lesquelles Dieu conduit au sommet de la perfection certaines Ames privilégiées. D'une volonté forte et tenace, il était bien déterminé à quitter le monde pour embrasser la vie religieuse et s'élancer, lui aussi, sur les hauteurs; mais parmi les ordres existants aucun ne répondait à l'idéal de ses rêves.
Or six mois avant l'époque où nous sommes arrivés, se trouvant un jour avec Mandarini, son confident, il lui raconta que, pendant un séjour à la cour de Vienne, Dieu lui avait fait voir en songe un institut dont les membres, vrais imitateurs de Jésus-Christ, vêtus du même habit que lui, prêchaient comme lui l'Évangile aux pauvres. « Chose curieuse! ajouta-t-il, ces mômes ouvriers du Christ que j'ai vus des yeux de l'àme il y a huit ans, m*ont été représentés de nouveau pendant la neuvaine de la Pentecôte, au moment où je suppliais Notre-Seigneur de me faire connaître ma vocation. Quand surgira ce nouvel institut, j'y entrerai sans délai et de grand cœur. »
Vivement impressionné par cette communication, Mandarini lui apprit rintention d'Alphonse de fonder une société d*ouvriers évangéliques, destinée précisément à imiter Jésus-Christ et à prêcher aux pauvres. « J'ai promis de faire partie de cette société, ajouta Mandarini : pourquoi ne seriez-vous pas des nôtres? » L'enthousiaste Tosquez, au comble de la joie, accepta d'emblée cette proposition.
el quelques jours après, sur Tavis d'Alphonse, il se rendit à Castellamare pour s'entretenir de sa vocation avec M^*^ Falcoia.
In caractère de cette trempe convenait bien peu à un institut spécialement dévoué à Tévangélisation des pauvres âmes abandonnées, mais Tévêque ne put, dans une courte entrevue, pénétrer à fond le séduisant personnage. Enchanté tant de sa personne que de ses dispositions à la vie religieuse, il vit dans ce favori de la cour un protecteur envoyé providentiellement à la congrégation naissante pour la soutenir au besoin contre les attaques des méchants et les tracasseries des hommes d'État. Il n'hésita pas à lui permettre de visiter le couvent de Scala et de s'entretenir avec les religieuses, spécialement avec la sœur Marie-Céleste, afin d'étudier l'œuvre de Dieu et de s'initier à la sainte vie qu'il devait mener bientôt. C'était une imprudence, dont le saint vieillard ne tarda pas à se repentir.
Le couvent de Scala parut à Tosquez un véritable paradis. Il fut si ravi de ses entretiens spirituels avec les sœurs, surtout avec celles que Dieu favorisait de ses intimes communications, qu'il passa plusieurs jours au monastère, et ne se contenta pas de celte première visite. Ses relations devinrent d'autant plus faciles que l'évèque Santoro l'accueillait comme un ami, car il connaissait de longue date ses éminentes qualités et sa vie irréprochable. Le digne prélat accorda même à ses instances une grâce que les religieuses brûlaient d'obtenir, c'est-à-dire l'approbation authentique de la nouvelle J^gle, que son prédécesseur, mort presque subitement, avait négligé de libeller par écrit. Naturellement la grande piété, les doctrines mystiques, l'éloquence entraînante de Tosquez, son entier dévouement à leur œuvre charmèrent les religieuses. Elles n'avaient pas assez d'éloges pour ce laïque qui leur prêchait la perfection comme un docteur de l'Église. « C'est une recrue providentielle que Dieu vous envoie , écrivait la sœur Marie-Céleste à don Alphonse : Tosquez sera votre conseiller. Quand Dieu comble un homme de tous les dons de la nature et de la grâce, c'est qu'il veut faire de lui non seulement un saint, mais un guide dans les voies de la sainteté. » Plus calme, la sœur Marie-Colombe, tout en préconisant les vertus de Tosquez, le croyait trop attaché à son propre jugement; « mais, ajoutait-elle naïvement, aucun homme n'est parfait sur cette terre. » Alphonse rendait justice à Tosquez; toutefois il comprit que son influence pouvait être nuisible aux religieuses et surtout à Marie- Céleste, dont il connaissait les secrètes tribulations.
Depuis un certain temps cette sœur souffrait intérieurement de voir l'évoque de Castellamare interpréter à sa façon la règle que Dieu
lavait révélée. Si Dieu a vraiiuent inspiré cette rè, comme Alphonse et Falcoia le reconnaissent, il ne d( mis d'en altérer substantiellement les dispositions. plai,&rnait à Falcoia d'innovations qui lui paraissaien l'u'uvrede Dieu, il lui répondait avec sévérité que 1 des révélati(»ns particulières, et qu'après tout ses révr peut-être que des illusions, ce qui mettait à la tort' de la pauvre sœur. Elle eut le tort de raconter à ' tions au sujet de son directeur. Au lieu deTexhori celui-ci prit parti contre P'alcoia et blâma sa m la règle. De là, division dans le couvent enti partageaient la manière de voir de Marie-Céb; valent mauvais tout avis contraire à celui de
.VlpUonse i*essentit une peine très vive do qiiez dans des questions qui n'étaient nulb' Aussi s'efTorça-t-il, et à plusieurs reprise Falcoia sur le dommage que Timpruc:
aux religieuses éblouies de son prestig trop tai*d, à ces représentations. Dans i parvint à calmer les agitations etàéto tranquille, écrivait-il à son jeune compris la siiîur Marie-Céleste, me se quez se montre également de boi assouplira ce caractère. » Ces aasui dissiper des craintes hélas! trop fc
Tel était Tétat des esprits quan gnit À Scala ses cinq compagnr»; institut. Les trois jours suivan préparation à la cérémonie trois jours, se renouvela, au s j^r-
chapelle des religieuses, le ii deux mois auparavant. On une croix laminenae domicroix les instnuiMDts de
miracle symbolique, que le saint fondateur a choisi pour armes de sa congrég-atieu cette même croix du Christ, accompagnée des instruments de la Passion L
Le dimanche 9 novembre, dédicace de la basilique du Saint-Sauyeur, Alphonse et ses compagnons se rendirent à la cathédralede Scala pour l'inauguration solennelle du nouvel institut. L'évéque de Gastellamarc célébra le saint sacrifice pour attirer sur le petit troupeau les béaédictions divines, puis on chanta le Te Deum d'action de grâces au Dieu qui crée sans cesse de nouveaux ouvriers pour travailler à sa vigne.
Les jours suivants furent consacrés à délibérer sur le but del'œuwe et sur les règles propres à la constituer. Dans ces conférences, que présidait Tévéque de Castellamare, on admit d*un commun accord que les révélations reçues devaient former la base des règles et constitutions, et que, par conséquent, les exercices de chaque jour seraient calqués sur la règle des religieuses. Ces deux troncs, issus donc même racine, vivraient aussi de la même vie. H$iis, en dehors de ces points fondamentaux, restaient une multitude de détails sur lesquels les révélations se taisaient ou réclamaient une interprétation. Dieu avait daigné tracer les principaux linéaments de Tinstitut, mais il laissait aux hommes le soin d'en organiser le fonctionnement. Tout en cherchant le bien commun et sans nier ce principe, les esprits se divisèrent sur la manière de l'appliquer aux graves questions d'où pouvait sortir la vie ou la mort de la congrégation ^laissante.
Comment devait s'exercer l'apostolat indiqué dans les révélations? Alphonse croyait qu'il fallait le borner à Tévangélisation des peuples, les missions et les retraites. Tout au plus admettait-il qu'on ^* occupât des petites écoles aux lieux mêmes des fondations. Ses ^^mpagnons, Mandarini, Tosquez et Donato, voulaient adjoindre à ^prédication l'enseignement secondaire, bien qu'il y eût, comme ^11 le leur faisait observer, surabondance d'éducateurs de la jeunesse ^t pénurie de missionnaires dévoués à l'instruction du peuple.
Tosquez et Mandarini prétendaient imposer aux futurs missionnaires l'habit rouge et le manteau bleu. Pour ressembler à Jésus- *^irist, il fallait à leur avis porter le costume attribué par la tradi- *^oii au Sauveur du monde. Alphonse soutenait avec Falcoia qu'un P^il accoutrement, si contraire aux usages du pays, exciterait * ^tonnement des populations et les railleries du clergé. Sans tran-
^ • Hamucrit d*ane religieuse de Scala.
cher la question, il obtint du moins que, pour le moment, on é^ terait une singularité capable de discréditer ou même de tuer nouvel institut.
Des divergences analogues se manifestèrent sur d*autres poim:^ts graves. Alphonse tenait à la récitation de Toffice en commun, Don^i^ y était opposé. En général, ce dernier avait peine à comprencSre d'autres règles que celles de son ancienne communauté. Relativement au vœu de pauvreté, chacun abondait dans son sens. Tosquez exigeait le dépouillement absolu des ordres mendiants, tandis que d'autres s'effrayaient des moindres privations.
Évidemment l'autorité seule pouvait trancher ces différents, mais qui représentait Tautorité? C'était précisément la grande pierre d'achoppement. Mandarini, Tosquez et Donato n'acceptaient en M-^^aucune manière les interprétations de Falcoia. Conformément aux craintes de Marie- Céleste, Tévêque de Castellamare leur paraissait tenir trop peu de compte des révélations sur la règle. D'ailleurs, il ne possédait, à leur avis, aucun titre pour s'ingérer dans cette affaire. Après tout, le chef de l'institut, désigné par Dieu lui-même, c« n'était pas Falcoia, mais Alphonse deLiguori. Volontiers peut-être — ,, . se fussent-ils rangés aux opinions de ce dernier, s*ils ne Teusseut considéré comme un simple écho des opinions de Falcoia.
Sur ce point capital, le saint fondateur avait une manière de voit diamétralement opposée à celle de ses compagnons. Disposé ^^ tout son cœur à créer Tœuvre rédemptrice que le ciel daigoa^^ lui confier, il croyait devoir accepter en tout la direction de l'honcà^^ choisi par la Providence pour lui expliquer les vues de Dieu sur cette œuvre. A son avis, l'évoque de Castellamare, directeur do ^ sœur Marie-Céleste au moment des révélations, était l'interprèt^-i^^ de ces mêmes révélations. Loin donc de trouver à redire aux cM)0seils et directions de Falcoia, il remerciait tous les jours le ciel ^^ lui avoir donné ce saint vieillard pour diriger ses pas dans c^^e grande mais difficile carrière d'apôtre et de fondateur.
En partant de principes si opposés, on ne pouvait aboutir, lO*^ gré la bonne volonté de chacun, qu'à des divisions sans fin. A^^® Tévêque de Castellamare conseilla-t-il à son jeune ami de rompre ^^ conférences, d'éviter toute discussion avec ses compagnons, et ^^ s'armer de patience au milieu des contrariétés qui naîtraient \X^^' vitablement de cette situation tendue. C'était un orage que -^ démon suscitait pour étouffer dans son germe un institut destia^ lui ravir un grand nombre d'âmes, mais Dieu ne permettrait pa---^ qu'il réussit. En tout cas il fît promettre à son pénitent, au nom d€^^
Tobéissancc, de tenir ferme contre toute entreprise des opposants, et, an besoin, de rester seul au poste d'honneur. Telle était bien la volonté d'Alphonse, dont la fermeté croissait avec le péril, comme l'oiseau qui, secoué par la tempête, se cramponne d'autant plus à la branche qui le porte. « Aujourd'hui 15 novembre, écrivait-il en prévision de nouvelles luttes, je fais le vœu de ne jamais quitter Tinstilat, à moins que le directeur de ma conscience ne m'y oblige. De plus, je fais le vœu de ne jamais consentir au moindre doute sur ma vocation et d'obéir en tout à Falcoia*. » Le démon peut maintenant déchaîner les ouragans : la volonté du fondateur, rivée à celle de Dieu, ne subira pas la moindre vacillation. On verra par la suite de ce récit que si la congrégation existe, elle le doit à ce vœu héroïque.
Malgré ces différends, où chacun du reste soutenait de bonne foi l'opinion qui lui paraissait la plus agréable à Dieu, la petite communauté s'établit dans une régularité parfaite. Cinq jours après son érection, Vitus Curzius était venu s'adjoindre au petit troupeau en qualité de frère servant. Le fier gentilhomme avait distribué ses vêtements aux pauvres, décidé à vivre pauvre lui-même, mais il comprit bientôt qu'il est plus facile de se dépouiller de ses vêtements que de son caractère. A peine introduit au milieu de ceux qu'il pouvait à bon droit appeler ses égaux, on lui commanda de servir à table. Cette humiliation, à laquelle il ne s'attendait pas, le mit hors de lui : « Moi, disait-il, servir à table, laver la vaisselle, avilir ainsi ma naissance! » Il se révoltait à cette pensée, quand un prêtre vint s* unir à lui pour servir ses frères et laver ensuite les plats à la cuisine. Ce prêtre, c'était Alphonse, dont la noblesse éclipsait celle du pauvre Vitus. A ce spectacle, il s'indigna contre lui-même : « Or- S'weilleux, se dit-il, tu rougis de servir, et voici qu'Alphonse de Liguori se fait le serviteur de tous! » Depuis lors, humble et sou- '^is, il se livra de tout cœur à l'action de la grâce, appuyé sur l^lomme qui, réalisant son rêve mystérieux, le prit réellement par 1^ main pour le conduire, par des sentiers ardus, au sommet de la Jointe montagne ^.