Lettre du 9 juillet
Mazzini est dans le même cas. Qu'il ne fasse rien cependant sans le conseil d'hommes prudents ». Il faut croire que cette décision, bien que très théologique, parut inopportune, car le pieux postulant dut attendre une année encore avant que les portes du couvent s'ouvrissent devant lui.
Pendant que Mazzini pleurait sur cette prolongation de son exil, un prêtre de Castcllamare, don Joseph Cerchia, que la grâce appelait au couvent, ne pouvait se résoudre à quitter le monde. Homme de doctrine, de zèle et de piété, il se sentait entraîné vers Alphonse et son institut. Plusieurs fois il avait assisté aux missions en qualité de prêtre auxiliaire; plusieurs fois même il avait pris l'engagement de se rendre à Scala pour correspondre enfin à une vocation qui paraissait certaine, mais toujours il reculait devant ce sacrifice : il ne pouvait quitter sa mère ni sa chère cité de Castellamare. Après la mission de Ravello, il avait bien promis à Alphonse de s'exécuter, mais quand vint le moment fatal, il demanda un nouveau répit, en citant pour s'excuser la parole de Notre-Seigneur : L esprit est prompt^ mais la chair est faible. Rien de plus touchant que les lettres d'Alphonse à cette pauvre victime de la sensibilité naturelle : « Comment! lui dit-il familièrement, cest ainsi que vous vous tirez d'affaire : Spiritus quidem promptus, caro autem infirma. Et voilà toute votre reconnaissance envers Marie, qui vous a comblé de bienfaits, voilà le fruit de ces grands désirs de vous donner tout à Dieu! Venez vite à Scala, />r^5/o, presto y presto. Vous me parlez de famille, de mère, de frères, de parents, et moi je vous dis : « Oubliez votre peuple et la maison de votre père *. » A qui ne laisse pas tout pour Dieu, Dieu ne se donnera pas. Voici le moment des missions, nous avons besoin de vous. Vite, vite, vous ferez plus de bien qu'à Castellamare 2. » Don Joseph n'arrivait pas; dix jours après Alphonse le presse de nouveau : « Nous partons en mission le mois prochain, ne manquez pas au rendez- vous, et mettez-vous bien dans la tête que vous nous arrivez, non plus comme prêtre auxiliaire, mais comme un homme qui pour Jésus-Christ a laissé maison, famille et patrie. Sans cela, adieu la sainteté. Celui qui pour moi ne sait pas renoncer à son père et à sa mère^ ne peut être mon disciple. Vous faisiez le brave autrefois, vous alliez faire pour Dieu monts et merveilles, et aujourd'hui?... Arrivez donc sans plus de délai. Inutile d apporter ni argent ni bagages : on trouve à